Politique culturelle

Vers la fin de la distinction public/privé au théâtre ?

Vers la fin de la distinction public/privé au théâtre ?

15 octobre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Anne Hidalgo et Fleur Pellerin voulaient-elles calmer le feu des intermittents en colère en déclarant lors du cinquantième anniversaire de l’Association pour le soutien du théâtre privé (ASTP) qu’il fallait « décloisonner » les théâtres privés et publics ?

Dans un article publié dans Le Monde, les propos de la ministre de la Culture et de la Maire de Paris sont rapportés : « Il n’est pas question d’opposer ces deux secteurs, ni de les comparer ou les assimiler. Le théâtre français marche sur deux jambes, c’est ce qui fait sa force. Pour préserver cet équilibre, il faut encourager le travail en commun », et pour Anne Hidalgo : « il n’est pas possible à Paris de faire la distinction entre privé et public ; tous concourent à faire que le théâtre a sa place dans tous les quartiers ».

Et pourtant, chez ce bonhomme la stature est bancale. Du côté du public nous avons des programmations et des troupes payées pour jouer. Du côté du privé, nous avons des troupes qui paient pour jouer, suivant la règle du très scélérat minimum garanti qui oblige les compagnies à de la location déguisée, dans un lieu comme les Déchargeurs par exemple, la compagnie doit verser 300 euros par soir au théâtre. Le théâtre public est par définition subventionné, cela ne veut pas dire que le privé ne l’est pas.

L’ASTP reçoit de l’argent des pouvoirs publics. Il fonctionne de la sorte : « La taxe sur les spectacles d’art dramatique, lyrique ou chorégraphique est l’instrument principal du système de solidarité organisé par l’ASTP pour soutenir la création, la production et la diffusion théâtrale dans le secteur privé ».

Instaurée au 1er janvier 2004 par le parlement (loi de finance rectificative du 31 décembre 2003) et approuvée par les instances européennes, cette taxe de nature fiscale est un impôt affecté : elle est donc obligatoire et ne peut être considérée comme une simple cotisation.

La taxe est perçue au taux de 3,5% sur la billetterie hors taxes des spectacles d’art dramatique, lyrique ou chorégraphique organisés sur le territoire français, départements d’outre-mer compris. Elle est donc incluse dans le prix du billet de sorte que chaque spectateur s’en acquitte automatiquement. L’organisateur du spectacle responsable de la billetterie est ensuite redevable de la taxe qu’il a ainsi collectée. »

Le fonds de soutien reçoit des subventions du ministère de la culture (3,5 millions) et de la Ville de Paris (2,7 millions). Grâce à l’ASTP, de nouvelles créations peuvent voir le jour.

Nous vous en parlions ici trés largement, la question est le manque de visibilité sur le poids financier demandé aux compagnies. Alice Dubois écrivait alors dans ces pages : « Mais comment cela fonctionne exactement ? Le principe est simple : lorsque une jeune compagnie signe avec une salle, elle s’engage à verser chaque soir une somme forfaitaire, ce fameux « minimum garanti ». Celui-ci ne se base pas sur le nombre d’entrées. Il est dû, que la salle soit pleine ou vide. Généralement fixé entre 150 à 250 euros hors taxes par soir pour des salles de 50 à 100 places, il peut vite devenir un enfer pour certains qui s’endettent très rapidement. A raison de trois représentations par semaine sur 2 mois, les sommes peuvent atteindre des sommets ! Certains comme le Théâtre des Déchargeurs vont même jusqu’à vous demander en plus, à la signature du contrat, un budget « communication » de plusieurs milliers d’euros. Celui-ci étant destiné à payer le théâtre pour promouvoir votre travail… Car évidemment, à part vous-même, personne ne se chargera d’aller chercher le public.

Mais le système est encore plus implacable. Car une fois ce minimum garanti payé, la compagnie doit reverser 50% de ses recettes au théâtre ! C’est ce qu’on appelle « le partage de recettes ». Au final, ce qui reste ne sert même pas à payer les comédiens….Voilà la réalité. Ces deux systèmes varient selon les théâtres mais le contrat, avouons-le, n’est jamais à l’avantage des artistes car un directeur de salle reste un commerçant. Il n’est pas rare de voir des spectacles quitter brusquement l’affiche car les artistes se sont endettés »

Les déclarations conjointes de Fleur Pellerin et Anne Hidalgo semblent donc être un vœu pieu. Evidemment, tous les goûts sont dans la nature et tout public doit trouver son bonheur. Mais non, Privé et Public ne sont pas les deux jambes d’un individu, ils sont les deux faces, opposées d’un même miroir.

Visuel : TPA

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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