Politique culturelle

Les « odyssées » de la 73e édition du Festival d’Avignon

Les « odyssées » de la 73e édition du Festival d’Avignon

27 mars 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est en local et en streaming qu’Olivier Py a présenté à la FabricA la programmation du 73e festival d’Avignon qui se tiendra pendant vingt petits jours, du 4 au 23 juillet 2019. Un objectif : « désarmer les solitudes » par un fil d’Ariane pluriel, les odyssées.

Un renouvellement esthétique

La conférence de presse s’est ouverte par les prises de parole des élus locaux. L’occasion pour le département du Vaucluse de rappeler son apport financier : 625 000 euros.  Olivier Py a nommé les nombreux financeurs, publics et privés qui soutiennent le festival et permettent son existence.

Du côté des spectateurs, l’événement bénéficie d’un net renouvellement. 19 % ont moins de 30 ans et le festival compte 20 % de nouveaux publics chaque année. La 73e édition compte 43 spectacles, dont 33 créations. Le Festival est coproducteur de 26 spectacles. En tout, ce seront 400 rendez-vous  et 280 levers de rideau qui auront lieu. La jauge reste stable autour de 112 000 billets à la vente.

Rambert et Rebotini dans la Cour d’honneur

C’est un programme, illustré de façon vive par Miryam Haddad, extrêmement théâtral, qui laisse peu de place à la danse et à la performance, qui s’annonce. Les modernistes auront tout de même de quoi se nourrir avec une ouverture et une clôture qui s’annoncent géniales. Le roi de la scansion des mots, Pascal Rambert, ouvrira le festival en occupant la Cour d’honneur par son Architecture qui retracera l’histoire du XXe siècle,  avec sur scène un casting dément : Arthur Nauzyciel, Jacques Weber, Laurent Poitrenaux,  Emmanuelle Béart, Audrey Bonnet et Stanislas Nordey. Avignon offre le concert de clôture à Arnaud Rebotini. Il jouera dans le Palais 120 battements par minute en compagnie de Don Van Club le 23 juillet.

Du point de vue chorégraphique, le programme navigue entre le très classique et le contemporain. Le figuratif Akram Khan présentera Outwitting The Devil, toujours dans la Cour. Pour chercher des formes neuves, il faudra se tourner vers le Sujet à vif renommé Vive le sujet ! Ce programme est une alliance entre la SACD et le Festival et propose des rencontres d’artistes. La nouvelle idée est que l’on demande au sujet de choisir son collaborateur artistique, jusque-là le mariage était imposé. Marie Payen, Madeleine Fournier ou Alexis Forestier sont attendus.

La proposition de Faustin Linyekula, Histoire(s) du théâtre, sera à voir dans la Cour minérale de l’Université. Il s’agit d’une transmission de Milo Rau qui a demandé au chorégraphe congolais de penser une suite très personnelle à La Reprise. Nos adorées Celia Gondol et Nina Santès seront également en début de festival aux Hivernales avec un concert chorégraphique et synesthésique, A Leaf.

Dans sa volonté d’exclure les solitudes, mais aussi de briser des murs, Olivier Py continue son travail auprès des prisonniers. Cette année, il monte Macbeth philosophe avec le Centre pénitencier Avignon-Le Pontet, à La Chartreuse-CNES de Villeuneuve-Lez-Avignon. Un autre acte qu’Olivier Py affirme, c’est l’utilité et la nécessité de faire entendre les tragédies grecques. Il a demandé à Jean-Pierre Vincent de monter L’OrestieL’Odyssée sera jouée et lue en feuilleton au Jardin Ceccano dans la mise en scène de Blandine Savetier.

« L’odyssée, c’est la rencontre de l’étranger »

La parole de l’exil, celle des déplacés, sera très présente avec son corollaire, les héritages. Oskara de Marcos Morau s’inspire des danses traditionnelles basques. Et cela s’annonce sublime. Beaucoup de pièces racontent des histoires de trajets. Maëlle Poésy  rassemble des témoignages de migrants dans Sous d’autres cieux. Roland Auzet met en scène Nous, l’Europe, banquet des peuples de Laurent Gaudé, « un récit qui tente de faire un parcours ».

Les artistes étrangers sont nombreux cette année. Les Belges Ontroerend Goed vont transformer La Chartreuse en tripot pour £¥€$, une performance interactive interdite aux moins de 16 ans ! Rimini Protokoll présentera aux Carmes Granma. Les Trombones de La Havane qui interroge l’héritage de Fidel Castro. La Chine est aussi fortement présente avec trois spectacles dont La Maison de thé de Lao She par Jinghui Meng raconte le pays au début du XXe siècle et cela s’annonce spectaculaire. Et bien sûr, Olivier Py ne se tait pas en ce qui concerne la captivité de Kirill Serebrennikov. Le metteur en scène russe sera présent au moins par son spectacle au titre glaçant : Outside qui parle de la vie de Ren Hang, ce célèbre photographe chinois qui s’est suicidé à 29 ans.

Tiganá Santana jouera le 14 juillet Milagre dos peixes. Pour le musicien, offrir ce concert, « c’est dire que l’art ne se soumet pas devant le régime de Bolsonaro », le président brésilien. On retrouvera aussi les lectures RFI « Ça va ça va le monde ! », les expositions et les conversations avec les auteurs. Il en ressort une programmation très ancrée sur le réel, sombre, où l’Europe est au cœur des interrogations. Mais « il y aura quand même une comédie au Festival d’Avignon » avec un Phèdre foutraque de François Gremaud. Si on peut rire encore, tout n’est pas perdu !

Ouverture de la billetterie le 11 juin à 10H.

L’avant programme est en ligne ici.

Visuels : ©Festival d’Avignon

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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