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Avignon OFF : David Gauchard nous offre un regard mis à « Nu »

Avignon OFF : David Gauchard nous offre un regard mis à « Nu »

24 juillet 2021 | PAR Thomas Cepitelli

Dans un dispositif qui met en abîme le regard du spectateur, David Gauchard continue de creuser le sillon d’un théâtre au service des invisibles, des inaudibles. Une mise à nu salutaire et passionnante.

Claire, Maxime, Luc, Sylvie, Mireille ont entre 20 et 75 ans. Leur métier : modèles vivants, ils s’offrent donc au regard des autres dans le plus « simple » appareil. David Gauchard fait entendre leur voix que l’on n’a jamais entendue comme nous le rappelle Arnaud Alessandrin, sociologue associé au projet. Ils et elles disent le regard que portent sur eux les élèves des cours de dessin, les peintres qui les emploient, leurs amis, leur famille. Mais aussi, et surtout, celui que ce métier leur a fait poser sur leur propre corps. Qu’est-ce que regarder un corps nu ? Qu’est-ce que la nudité ? Qu’est-ce que l’on cache quand on se montre ? Au fond, qu’est-ce que l’intime ?

Sur scène : une sellette, une scène de bois clair avec un podium au fond, un écran de télévision où apparaîtra le prénom de la personne interrogée, son âge et la durée du témoignage. Le protocole de l’entretien nous est donné en voix off au début du spectacle. Le théâtre documentaire est donc ici clairement identifié voire revendiqué. Sur scène, Emmanuelle Hiron et Alexandre Le Nours sont les voix de ces modèles. Munis d’oreillettes où, vraisemblablement, la bande-son de l’entretien leur est diffusée, ils les interprètent au sens fort du terme : les rires gênés ou décomplexés, les silences qui en disent long ou qui interrogent, les réflexions profondes ou les anecdotes juste amusantes. Il est passionnant de voir à quel point le procédé est infiniment proche du réel et pourtant combien le jeu théâtral est présent. 

Certains de ces témoignages sont tout simplement bouleversants. Celui, par exemple, dans lequel une modèle « se voit » pour la première fois dans le regard démultiplié de ceux qui l’ont dessinée. Ou bien celui de ce jeune prostitué qui s’est « réapproprié » son propre corps par le métier de modèle et sa création artistique. Un des aspects passionnants de cette forme, bien plus riche et complexe qu’il n’y paraît, est de ne pas se faire leçon d’histoire de l’art. Il n’est presque pas question de grands noms de modèles ou de peintres. Non, ce qui est pensé ici en lien avec la question de la nudité que nous évoquions plus haut, c’est l’économie du regard. Et quel autre endroit qu’une cage de scène pour la poser ? 

Nu de David Gauchard 

Jusqu’au 25 juillet à 12 h 05 à La Manufacture 

Crédit photo : © Pierre Bellec

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Thomas Cepitelli

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