Théâtre
Le lac, l’uppercut tout en blue note de Mathieu Touzé et Yuming Hey à l’Etrange Cargo

Le lac, l’uppercut tout en blue note de Mathieu Touzé et Yuming Hey à l’Etrange Cargo

27 mars 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Qu’est-ce que la Ménagerie de verre pouvait proposer de vraiment étrange ? Faire disparaître des performers dans le mur blanc, c’est déjà fait. Transformer les spectateurs en danseurs déjà fait aussi. Mais programmer du théâtre, du vrai théâtre contemporain, ça c’est vraiment neuf finalement. Et cela, quand on y pense,  n’est pas si étrange.

Mathieu Touzé,  le jeune et talentueux directeur du théâtre 14  s’attaque,  en compagnie Yuming Hey (le comédien tiendra le rôle titre du Livre de la jungle par Bob Wilson) au très très aride texte de Pascal Robert : Le lac.

Tout commence comme au cinéma avec un générique dont la bande-son est signée Woodkid. Tout se poursuit avec une très belle image, qui même si elle n’est pas neuve, est très bien exécutée. Des corps s’avancent comme des ombres camouflées par un rideau transparent. Le rideau tombe,  et les sept comédiens tous vêtus de noir, sauf une armée d’un haut à paillettes dorées,  vont scander ce texte allégorique où le lac est autant la fosse du Bataclan que la rédaction de Charlie hebdo ou l’intérieur de l’hyper Casher.

Pour survivre au pire, il faut revenir aux fondamentaux. Ici, autant La Mouette que tout Eschyle, tant la façon de dire se niche dans la tragédie. 

Dans cette histoire, il manque un corps, celui de Thibault.  Ils sont 7 mais représentent 16 personnages, 16 – 1 pour être exact (D’ailleurs, sur scène, ils sont 8-1, Séphora Pondi n’est pas au plateau).  Alors tour à tour, dans un geste où le corps aide les mots comme chez Stanislas Nordey, Océane Caïraty, Geoffrey Dahm, Yuming Hey, Neil-Adam Mohammedi, Olga Mouak, Estelle N’Tsendé Alexandre Prince et Manika Auxire affirment dans une urgence l’obligation à être dans le réel et désormais à se tenir prêt à affronter ce que l’on peut appeler horreur. « Nous n’étions pas préparé » dit l’un face au récit d’un lac rouge qui se forme non pas dans la forêt mais à Châtelet-Les Halles.

La direction d’acteur est ici parfaite, dans des jeux de chœur qui ne peuvent pas déplaire à Rambert et un rapport à la terre très Arthur Nauzyciel Les références qu’utilisent le duo ne sont absolument pas des emprunts mais juste une leçon bien apprise, bien digérée, et bien appropriée.

La mise en scène est sans esbroufe. La lumière superbe nous guide de la nuit bleutée au jour blafard. Le Lac est au départ une commande pour quinze jeunes comédiens qui portent les noms de leurs personnages. Quinze monologues sans ponctuation pour dire dans un essoufflement l’urgence de rompre le silence. Et de réciter, et de répéter, pour que le théâtre puisse réparer le monde :  Ô vie, ô joie, ô geai. 

A voir à La Ménagerie, dans le cadre, évidemment, de l’Étrange Cargo, jusqu’au 28 mars

 

Visuel : © Ste?phane Pitti

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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