Danse

La « Compagnie » de João Dos Santos Martins, ensemble, c’est mieux

La « Compagnie » de João Dos Santos Martins, ensemble, c’est mieux

20 mars 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

A l’Étrange Cargo, le festival de danse et de performance de la Ménagerie de Verre , les artistes continuent de s’amuser avec l’espace du « Off ». On avait laissé Caroline Breton disparaître dans LE mur blanc et nous retrouvons les danseurs du chorégraphe portugais en corps à corps avec l’iconique paroi.

Créée en 2018 sur une commande du Maria Matos Teatro Municipal de Lisbonne, Compagnie interroge avec un humour féroce et une intelligence fine la notion de travail dans la danse. Danser est un travail, être danseur un métier. Cela nécessite des règles, et des actes comptables. Alors, pourquoi ne pas découper les gestes pour les transformer en écrous à assembler ?

Quand tout commence, João Dos Santos Martins, Ana Rita Teodoro, Clarissa Sacchelli, Daniel Pizamiglio, Filipe Pereira, et Sabine Macher sont dos à nous et face au mur. Ils le pressent, de leurs mains, de leur pelvis. Chacun son pan.

Puis doucement, le mouvement se met en marche et le collectif fait corps commun, ils se passent les uns sous les autres, glissent les uns sur les autres. Puis vient la danse. Très vite on retrouve des gestes iconiques de la danse contemporaine. Compagnie pioche dans un corpus qui cite Bruce Numan, Yvonne Rainer, Valeska Gert et Trisha Brown. Les premières pièces de Lucinda Chils ne sont pas loin non plus. Ces chorégraphes ont questionné le figuratif dans la danse en sortant de la grammaire classique. On quitte les temps, les jetés et les entrechats pour se servir d’un fruit que l’on tend pour créer un geste, par exemple. Le travail est ici collectif et très connecté. Chaque danseur a besoin de l’autre pour pouvoir agir. Seul, il n’est rien.

Et comme le groupe a besoin de chaleur humaine, le public s’en mêle. La belle idée du spectacle est d’être déambulatoire sans direction. Nous, assis ( au début) par terre jouons à faire spectateurs. Naturellement, tout le monde s’assoie face scène… ou plutôt , face au mur. Mais les danseurs ont décidé que tous les murs étaient à abattre et que leurs déplacements ne seraient empêchés par rien. Ni par un humain, ni par une table qui supporte un ordinateur qui d’ailleurs, montre une photo de Valeska Gert, cette expressionniste allemande qui en pleine montée du nazisme dansait le grotesque dans son cabaret berlinois. 

Tout est désormais en mouvement, les danseurs,  et le public qui n’a de cesse que de les suivre dans leur réflexion. Lever une jambe, s’asseoir, faire un dos plat, aligner un bassin. Tous les actes, tous ces outils qui servent le travail chorégraphique deviennent une interaction. Le resultat est une pièce qui sait mettre des corps dans un espace. 

 

Visuel : © Jose? Carlos Duarte

Infos pratiques

Institut suédois de Paris
Silencio
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *