Politique culturelle

Georges Wolinski assassiné, son oeuvre défend toujours la liberté

Georges Wolinski assassiné, son oeuvre défend toujours la liberté

07 janvier 2015 | PAR Yaël Hirsch

Il y a deux ans, la BNF donnait à voir les très conséquentes archives de Georges Wolinski, un artiste qui a su prendre ses deux passions : les femmes et la politique, tellement au sérieux, qu’il les a caricaturées comme personne. Exécuté dans l’attaque de Charlie Hebdo de ce mercredi 7 janvier 2015 qui a fait 12 morts, Wolinski nous parlait, nous parle et nous parlera à travers son oeuvre de liberté : liberté de la presse et donc des  citoyens.

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Tout commence à Tunis en 1934 où il perd son père à l’âge de deux ans et se poursuit dans un lycée de Briançon. Après un bref passage par la revue de jardinage Rustica (qui lui publie ses premiers dessins), il entre sur travaux à la rédaction du Hara-Kiri de François Cavanna. L’esprit de Mai 68 est l’occasion de fonder avec Sine et Jean-Jacques Pauvert L’enragé, expérience contestataire et politique d’un an qui est aux fondements de Hara-Kiri Hebdo et donc de Charlie Hebdo qui a pris la relève en 1970 et dont Wolinksi est rédacteur en chef jusqu’en 1981. Après une éclipse à l’élection de Mitterand, Charlie Hebdo a repris en 1992 sous la houlette de Philippe Val avec Wolinski à bord.

Partant du principe que « La majorité n’a pas le droit d’imposer sa connerie à la minorité », Wolinski vouait un culte à Voltaire,  a crayonné pour divers médias et a brouillé les pistes en passant de Hara-Kiri ou l’Humanité au Journal du Dimanche ou à Paris Match, où ses petites « femmes à pilules » illustraient bien chaque semaine les évolutions des mœurs françaises. Mais après tout, l’obédience politique n’existe pas pour ceux qui n’ont d’autre dieu ou maître que la Liberté. En tant que dessinateur, Wolinski a pu vanter et moquer le sexe et la politique et en tant que rédacteur en chef, il a permis à d’autres caricaturistes de se faire lire et entendre. Couronné par les plus hautes distinctions (légion d’honneur et finalement grand prix d’Angoulêmes en 2005), lui qui ironisait avec la mort en se représentant dans un cercueil a été l’une des victimes choisie lors d’un attentat contre sa personne mais aussi contre tout ce qu’il représente, et que citoyens et journalistes vont défendre après lui.

12 morts au siège de Charlie Hebdo
Rassemblement de solidarité à Charlie Hebdo ce mercredi 7 janvier, à 19h, place de la République
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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