Arts

Les deux vies de Wolinski se découvrent à la BNF

Les deux vies de Wolinski se découvrent à la BNF

27 juin 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Ça commence comme ça : 29 juin 1934 : naissance de Georges Wolinski à Tunis, 28  juin 1934 : naissance officielle de Georges Wolinski à Tunis. Deux fils pour une vie à double entrée : l’officielle, celle de la presse et de la politique et l’intime, celle de l’absence et de l’angoisse.

Quand en 2011 le dessinateur donne ses archives à la BNF, les conservateurs étaient sans doute loin d’imaginer la profusion de sources se trouvant dans les boites : 100 cartons à dessins, des rouleaux d’affiches, des carnets de croquis, des dessins encadrés, des albums, soit au total plus de 10000 dessins originaux. Fin mars 2012, il décide de faire don à la Bibliothèque de 1200 dessins issus de ce fonds.  Il a fallut trier, sélectionner pour réaliser une rétrospective. En résulte une exposition à l’image de Wolinski : à plusieurs entrées.

Et bien non, Wolinski ce ne sont pas que des gros seins ! On a pourtant cette image un peu graveleuse  du bonhomme, Martine Mauvieux, commissaire de l’exposition, nous souligne dans un sourire « On a tous nos stéréotypes ». On découvre avec cette formidable exposition à la BNF le portrait biographique d’un artiste, d’un auteur, d’un peintre.

Wolinski à la BNF, certains s’étonneront, ce sera avant d’aller voir sur pièce. Pas sérieux ? Bien au contraire, toujours avec deux axes, on parcourt les présidentielles et les rédactions, des « confs de redac » d’Hara Kiri à celles du JDD. Les journaux et les journalistes sont ici croqués avec lucidité. Une planche montre un directoire, le patron disant : « Messieurs, si nous voulons que nos ventes progressent, il y a 2 solutions  : relever le niveau des lecteurs ou abaisser le niveau du journal. » On découvre aussi tout un pan de l’histoire de la bande dessinée et du dessin de presse.  Le trait de Wolinski a beaucoup évolué. Des debuts, il offre un travail ressemblant parfois au geste d’Albert Dubout ou à celui, bien différent de Roland Topor. Le premier montre des personnages colorés, ronds et nombreux, le second dresse en noir des portraits plus angoissés.

Le parcours  se deroule autour d’un coeur, celui de la famille  encerclés par differents thèmes  : les femmes bien sûr, la politique ou encore Voltaire à qui il voue une passion. Si la circulation est libre, elle nous oblige tout de même à entrer en confrontation avec une photo grand format nous montrant Wolinski jeune, verre de whisky à la main, riant aux éclats… allongé dans un cercueil. Il défie la mort de façon permanente, lui qui a perdu son père assassiné à 2 ans puis vu sa mère malade. On voit des personnages errant seuls dans le désert avant de tomber sur une femme lumière, miraculeuse. Elles sont là, figures obsessionnelles et salvatrices, apaisant d’éternelles angoisses.

Dans un recoin, il a écrit « A force de raconter ma vie, je la connais par coeur ». Nous, non, alors, nous vous conseillons de vous ruer vers cette rétrospective admirable où vous rencontrerez, en dessins mais aussi en photos toute la famille de Wolinski jusqu’à sa petite fille. La filiation et le futur sont là.

Si sous le cynisme se cache ( à peine) la douleur, un espoir immense se profile quand on finit de refaire et défaire son parcours intime dans l’unique salle que compte l’évènement. Wolinski se représente souvent au bord de la falaise prés à la chute. Pour oublier la fatalité, il nous fait rire, souvent et grassement dans cette exposition où les éclats fusent. On se délecte de dessins odieux tel celui où deux pauv’ types regardent passer des filles canons en s’exclamant « C’est un miracle si on baise ce soir » !  Alors on se détend, parce qu’en réalité, il n’y a pas de quoi rire.

Celui qui écrit de lui « il ne pense qu’à ça » nous trouble et nous fait dire que ce « ça » là, n’est pas celui que l’on croit. A voir absolument cet été.

 

Visuels :  Je m’appelle GeorgesDessin original, années 1960© Wolinski

et à la Une :  Autoportrait assisDessin original, fin des années 1990© Wolinski

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

2 thoughts on “Les deux vies de Wolinski se découvrent à la BNF”

Commentaire(s)

  • jolly

    jparticipe

    juillet 10, 2012 at 21 h 25 min

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