Arts
Derrière les paupières de Françoise Pétrovitch à la BNF

Derrière les paupières de Françoise Pétrovitch à la BNF

18 octobre 2022 | PAR Adam Defalvard

Jusqu’au 29 janvier, la BNF expose le travail de Françoise Pétrovitch dans une exposition rassemblant estampes, livres, sculptures et oeuvres inédites. Une exposition impressionnante hantée par les symboles et les images de l’artiste.

Impressions et obsessions 

L’exposition s’articule en trois parties, « Derrière les paupières », « Tout s’y passe à l’envers » et « Entendre les bruits du monde ». La première se présente comme une exploration de l’intériorité et d’un monde silencieux et poétique. La deuxième regroupe des oeuvres sur le thème de l’adolescence et de l’enfance, un motif qui revient souvent chez Françoise Pétrovitch. La troisième partie se concentre sur le rapport au monde, c’est à dire sur la dimension collective du travail de l’artiste. Nous avons eu la chance d’avoir une visite guidée par la commissaire Cecile Pocheau Lesteven et par l’artiste elle-même pour mieux comprendre toutes les richesses de l’exposition. Pour approfondir la question des thèmes de son oeuvre, Françoise Pétrovitch nous a par ailleurs accordé un entretien avant la visite

La BNF est une institution particulièrement propice pour mettre en lumière Françoise Pétrovitch puisque son travail comporte beaucoup d’oeuvres imprimées, de livres et d’estampes. Certaines estampes apparaissent au premier regard comme des peintures, notamment sa série des trois Nocturne. Ces trois gravures bénéficient de la technique de l’aquatinte, un procédé qui permet d’obtenir des effets de couleurs très impressionnants. La multiplicité des techniques et des formes exposées est précieuse, notamment lorsque l’on voit les oeuvres plus anciennes de Françoise Pétrovitch, les croquis où déjà, tous les thèmes qui lui sont chers sont rassemblés. 

Animaux, ados et mains gantées

Les images que propose Françoise Pétrovitch sont toujours saisissantes. Les huit sérigraphies de Rougir, une série de 70 sérigraphies en rouge réalisées entre 2005 et 2015, convoquent des symboles frappants : des corps sans têtes, un masque, une figurine d’un animal et des gants. Tous ces éléments se retrouvent dans d’autres oeuvres, le masque d’âne de Nocturne, les figurines d’Après les jeux, les gants qui sont au centre de deux Nocturne différentes. On comprend alors qu’on se trouve face à un univers communiquant, qui joue toujours entre le visible et l’invisible et transforme le regard sur des éléments parfois anodins.  La scénographie de l’exposition répond parfaitement à cela, en effet les trois parties forment une suite d’espaces ouverts sans séparations nettes. 

Françoise Pétrovitch, Rougir, 2009,
sérigraphie, 65 x 55 cm © A. Mole, Courtesy Semiose, Paris © Adagp, Paris, 2020

 

Les enfants et les adolescents peuplent cette exposition, dans un âge encore mouvant tout semble possible pour ces figures, cependant elles apportent toujours avec elles quelque-chose d’inquiétant. Le Garçon au squelette est une grande lithographie où le mélange de gris provoque un saisissement instantané du regard qui découvre ce visage d’enfant presque craquelé comme l’habit de squelette qu’il porte. La sculpture Tenir a quelque-chose de touchant, le petit personnage tenu par l’enfant se situe dans un entre-deux, entre l’animal et la créature. Tout peut toujours se passer dans le monde de Françoise Pétrovitch.

Le monde vibre

Tous ces symboles pourraient laisser penser, à tort, qu’ils appartiennent uniquement à un monde intérieur or l’oeuvre de Françoise Pétrovitch est aussi tournée vers le monde. La série de dix lithographies Des mains qui serrent des gants, est d’ailleurs doublement ouverte sur ce monde extérieur. Le dessin des mains tenant des gants qu’on retrouve sur chaque lithographie est une idée que Françoise Pétrovitch a eu en voyant une femme dans le métro accomplir ce geste et les dix photographies argentiques collées au dessus de ces gants proviennent  d’une brocante. Un assemblage de signes du monde extérieur, des signes provenant d’endroits différents et qui se retrouvent à communiquer au sein de l’oeuvre artistique. 

Le livre J’ai travaillé mon comptant regroupe des paroles de personnes âgées à qui Françoise Pétrovitch a demandé de se remémorer leur première embauche. Le livre Périphéries rassemble des dessins qui offrent un regard sobre et délicat, en orange et blanc, sur les espaces de la banlieue où résidait l’artiste. Tous ces projets et livres exposés traduisent un rapport au monde toujours subtil, se penchant sur les détails et essayant vraiment d’entendre chacun de ces « bruits du monde ».

L’immense projet pour le passage à l’an 2000 Radio Pétrovitch, qui s’est déroulé sur deux ans, est extrêmement impressionnant. Chaque jour un dessin d’une actualité entendue à la radio et un dessin d’un moment de la journée de l’artiste. Un travail régulier qui constitue une véritable archive et propose à nouveau un double regard, sur ce qui fait actualité et sur ce qui, au même moment, appartient à notre quotidien.

L’exposition Françoise Pétrovitch encourage à un regard singulier sur le monde, un monde peuplé de symboles, de personnages en mouvement mais aussi de vies humaines, toujours dans la grâce et la fragilité. 

Du 18 octobre au 29 janvier à la BNF. 

Visuel à l’avant : Françoise Pétrovitch, Nocturne, 2017, aquatinte en rouge, 66 x 50 cm, édition MEL Publisher© BnF, département des Estampes et de la photographie © Adagp, Paris, 2020.

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Adam Defalvard

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