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Le manuscrit de l’adaptation théâtrale de « Germinal » entre dans les collections de la BnF

Le manuscrit de l’adaptation théâtrale de « Germinal » entre dans les collections de la BnF

10 décembre 2021 | PAR Blaise Campion

La Bibliothèque nationale de France a fait mercredi 8 décembre l’acquisition d’un précieux manuscrit de l’adaptation théâtrale de Germinal, écrit de la main d’Émile Zola entre 1885 et 1887.

Germinal aux enchères

L’annonce de sa mise aux enchères le mois dernier avait déchaîné les passions. « Le dernier manuscrit de Zola en mains privés » prévenait la maison de vente Sotherby’s, de manière presque provocante. Alors que Germinal figure parmi les plus grands romans sociaux du patrimoine littéraire français, que son auteur, Émile Zola, repose aux côtés de Victor Hugo et d’Alexandre Dumas au Panthéon, comment penser que ce manuscrit autographe et en grande partie inédit échappe au domaine public ?

Fabien Roussel, le candidat du parti communiste à l’élection présidentielle, avait ainsi écrit une lettre à la ministre de la Culture dans laquelle il soulignait toute l’importance historique de l’œuvre de Zola : « il s’agit là d’un roman majeur de la littérature française, d’un véritable joyau de notre patrimoine culturel qui, par son récit direct et percutant, porte en lui toute la dignité et la force du monde ouvrier, face aux propriétaires des mines du Nord Pas-de-Calais. » Il réclamait ainsi que tout soit mis en œuvre afin que l’État acquiert le manuscrit, « au bénéfice de la nation entière ». Aymeric Robin, le président communiste de l’agglomération de la Porte du Hainaut dans le Nord, avait lui aussi interpellé le gouvernement sur le sujet par l’intermédiaire d’un communiqué. La question de la mémoire ouvrière et collective du bassin minier est plus qu’importante dans la région où prend justement place le roman de Zola.

On ne sait pas à quel point ces prises de positions ont pu peser dans la décision de la ministre de la Culture, mais toujours est-il que sur sa demande, la BnF a acheté mercredi 8 décembre le manuscrit pour la coquette somme de 138 600 euros. La présidente de l’institution, Laurence Engel, s’est ainsi réjouie dans un communiqué que celui-ci vienne enrichir le Fonds Zola et a exprimé le souhait de présenter en région « cette œuvre à la portée symbolique forte ».

Une adaptation théâtrale méconnue

Le manuscrit composé de 454 feuillets rédigés de la main de Zola est celui de l’adaptation théâtrale du roman. La pratique était plus que courante au XIXe siècle, où le théâtre a longtemps fait figure de principal lieu de divertissement. Le succès sur la scène dramatique représentait pour les auteurs l’assurance de revenus confortables, mais il permettait aussi et surtout de toucher un public large et populaire. Zola a dans cette optique collaboré à plusieurs reprises avec un dramaturge, William Busnach, pour adapter ses romans à la scène : c’est le cas par exemple pour L’Assommoir et Nana en 1881.

En revanche, l’écrivain a tenu a écrire lui-même l’adaptation de Germinal en 1885. Le texte fut soumis à la commission de censure préventive qui avait à l’époque la charge d’examiner les manuscrits des pièces avant leur représentation. Les censeurs décidèrent d’interdire la pièce jugée trop « socialiste », et malgré de multiples protestations et le scandale public créé par la décision, Zola dut la remanier à de nombreuses reprises avant de pouvoir la faire représenter. C’est tout l’intérêt du manuscrit acquis par la BnF que d’enregistrer les réécritures et les versions successives de l’œuvre.

Finalement représentée en 1888, la pièce ne rencontra pas le succès escompté. En cause, une version aseptisée, vidée de sa substance par les scrupules des censeurs. Interrogée par France Culture, l’historienne Diana Cooper-Richet explique notamment que l’opposition des grévistes face aux gendarmes disparaît de l’action dramatique. Par exemple, l’exclamation « À bas les gendarmes ! » de la version initiale devient un simple « À bas ! » dans le texte final.

Émile Zola ne cessa par la suite de proclamer son hostilité à la censure dramatique. Interrogé sur le sujet en 1891 par une commission parlementaire, il déclara ceci : « La censure ne se comprend pas dans un grand pays comme la France, où nous avons à peu près toutes les libertés ». Il faudra cependant attendre 1906 pour que la IIIe République se décide à la supprimer, à bas bruit, quatre ans après la mort de l’écrivain et deux ans avant son entrée au Panthéon.

Visuel : Émile Zola en 1902 © Wikipédia

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Blaise Campion

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