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« Faire et défaire » : les actions culturelles en milieu scolaire se mettent progressivement en place

« Faire et défaire » : les actions culturelles en milieu scolaire se mettent progressivement en place

19 janvier 2021 | PAR Julia Wahl

Ce n’est, bien entendu, pas le seul secteur culturel à devoir détricoter mardi ce qui avait été tricoté lundi pour finalement le retricoter mercredi. Il n’empêche : les services d’action culturelle et de relations publiques, depuis la rentrée, ont fait leur la formule attribuée à Pénélope.

Petite définition de l’EAC

L’Éducation Artistique et Culturelle a pris, avec les années, de plus en plus d’importance, à l’Éducation nationale comme auprès de ses partenaires culturels que sont les musées, les cinémas et les théâtres publics. A l’instar d’un trépied, elle repose sur trois jambes : l’acquisition de connaissances – en grande partie assurée par les enseignant.e.s -, la rencontre avec les artistes et… les œuvres (autant dire que c’est un peu difficile aujourd’hui) et la pratique artistique.

Bien entendu, la deuxième jambe n’étant pas franchement à l’ordre du jour et la première suivant son cours dans l’enceinte des salles de classe, c’est la troisième qu’il s’agit actuellement de mettre en œuvre, dans un contexte extrêmement mouvant.

De la difficile mise en place des ateliers de pratique artistique

La première difficulté vient de la fermeture des lieux culturels : nombre d’ateliers de pratique ont en effet lieu, non pas dans les écoles, mais dans les lieux dédiés aux arts concernés. C’est par exemple le cas de la Cinémathèque française, qui propose entre autres aux lycéen.ne.s de monter un film, en utilisant à tour de rôle une table de montage contemporaine et une table à l’ancienne, avec pellicule et petite guillotine pour trancher tout cela. Un exercice qui aiguise le regard des jeunes et les aide à analyser les séquences de films.

Aujourd’hui, ces lieux ne peuvent plus accueillir de public. Malgré les tentatives de certains d’entre eux de faire valoir le fait que les élèves ne sont pas un public ordinaire et que leur accueil relève autant de l’enseignement que de la culture, peine perdue : théâtres, musées et cinémas restent fermés aux écoles.

Les ateliers ne peuvent donc plus avoir lieu que dans les établissements d’enseignement. Cependant, le choix du lieu n’est que la première étape du casse-tête actuel : obligées de modifier les heures de récréation afin d’éviter tout croisement entre les niveaux, les écoles ont désormais des horaires plus rigides que jamais. Quand il était possible de modifier exceptionnellement des horaires de cours pour assurer un atelier d’une heure et demie ou deux heures, c’est désormais impossible : il est hors de question de risquer qu’un.e cinquième croise un.e sixième. Aussi les intervenant.e.s doivent-iels adapter leurs propositions à ces contraintes.

Autre difficulté : assurer auprès des tutelles que les règles sanitaires seront respectées. C’est particulièrement difficile pour des activités comme le théâtre, qui suppose de se mouvoir et de croiser ses partenaires. Du reste, l’exiguïté des salles de classe, rapportée au nombre d’élèves, ne facilite pas l’absence de contact. C’est pourtant la condition nécessaire à l’obtention d’un accord des inspecteur.rice.s d’académie.

La question du sens

Le maintien de ces activités pose également la question de leur sens. Les ateliers de pratique artistique forment, avec les sorties avec lesquelles ils sont programmés, un tout cohérent. Ainsi organise-t-on par exemple un atelier de pratique théâtrale avec un.e artiste dont on a vu – ou va voir – le spectacle.

S’il demeure nécessaire de maintenir ces activités pour offrir aux élèves une ouverture dont iels ont plus que jamais besoin, ces ateliers se voient décorrélés de leur aboutissement. Aussi reste-t-il aux enseignant.e.s la possibilité de projeter aux élèves captations de spectacles et reproductions de tableaux, triste ersatz des sorties scolaires.

Les annonces du 14 janvier

Les annonces de jeudi dernier ont une nouvelle fois changé la donne, en interdisant les activités physiques dans des lieux clos : si les ateliers d’arts plastiques ne semblent pas poser trop de problèmes, la danse pose, depuis, une véritable difficulté : si nul.le ne conteste sa dimension artistique, sa composante physique semble devoir la laisser à la porte des établissements scolaires. Que faire ? Annuler les activités « danse », au risque de priver certain.e.s élèves de leur seule activité artistique ? Modifier la proposition pour la rendre moins physique ? Mais que garde-t-on, alors, de l’énergie des danseur.se.s ?

Enfin, l’extension du couvre-feu de 18h à l’ensemble du territoire a contraint à revoir certaines activités qui pouvaient avoir lieu en fin de journée, dans les écoles, mais aussi dans les conservatoires. Une obligation faite aux un.e.s et aux autres de s’adapter rapidement. Aussi les différent.e.s partenaires de ces activités passent-iels leurs journées au téléphone, à modifier, annuler et reprogrammer des activités dans l’espoir qu’elles puissent avoir lieu dans les meilleures conditions possibles.

Visuel : Laetitia Larralde

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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