Politique culturelle
A Marseille, Le Dernier cri dans la cible de l’extrême droite

A Marseille, Le Dernier cri dans la cible de l’extrême droite

15 septembre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« Vomir des yeux » apparaît comme la baseline du Dernier Cri. Depuis plus de vingt ans, ce collectif basé à Marseille, à la Friche de la Belle de Mai, rassemble des auteurs internationaux. L’éditeur doit composer avec des incises violentes d’un FN qui lorgne sérieusement sur le Conseil Régional. De quoi avoir la nausée.

Le Dernier Cri ne fait pas dans les dessins pour enfants. Si l’esprit de Charlie est quelque part, il est sans doute là, et il était sans doute aussi dans l’exposition Berlinhard, qui présentait les œuvres de Stu Mead et Scheibner, « deux artistes vivant en Allemagne et publiés régulièrement par le Dernier Cri. Entre Pierre Louys, Clovis Trouille, Otto Dix et Elvifrance, les travaux érotiques de ces deux peintres présentent la pornographie, la sexualité adolescente, avec une dose de grotesque proche de l’esprit du défunt magazine Hara- Kiri. » Et il faut avoir rangé son humour bien loin, pour voir dans ces dessins érotique et comique autre chose qu’un joyeux divertissement lubrique dont le trait est caractéristique d’un mouvement libre et engagés dans lequel les noms de Wolinski et Charon se côtoyaient.

Le Front National est très puissant à Marseille. Marion Marechal Le Pen est candidate à la présidence de la Région PACA. Stéphane Ravier est maire du VIIe secteur. Et le parti d’Extrême Droite est peu enclin à apprécier la liberté de ton et l’esprit de caricature sociétale dont font preuve Reinhard Scheibner et Stu Mead. Sur Twitter, Ravier, qui n’a pas vu l’exposition a déclaré que « cette exposition ne relevait pas de la culture mais de la pornographie ».

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Pakito Bolino, qui dirige l’atelier, a reçu des menaces de mort anonymes et une pétition rassemble 20.0000 signatures.
Dans la lignée des récentes attaques qu’a subit par trois fois Anish Kapoor, l’art est une cible chérie de l’extrême-droite qui ici se rassemble, essentiellement sur twitter et sur les sites nationalistes. La Mairie de Marseille elle ne gazouille pas sur le sujet.

Par communiqué, le Dernier Cri précise que cette exposition a été clôturée le 27 août « et non le 13 septembre comme prévu initialement afin de présenter une nouvelle exposition, Fartorama, dans le cadre de la rentrée Art contemporain de la Friche Belle de Mai. Cette dernière est ouverte depuis le 28 août, elle se prolongera jusqu’au 15 novembre. Le choix d’écourter Berlinhard a précédé la polémique qui a surgi le week-end du 28 août et est sans rapport avec elle. »

Une pétition est en ligne pour soutenir le travail du Dernier Cri.Le texte rappelle : »Aucune fiction ne peut se prévaloir ainsi de faire l' »éloge » de quoi que ce soit, et surtout pas des crimes et délits ici pointés du doigt (« pédopornographique », « zoophile », « satanisme »). Jamais. Les « personnages », figures d’une représentation peuvent, eux, elles, faire l’éloge de ce qu’ils veulent, ce sont des figures de papier, de toile, de plâtre, de marbre ou de bronze mais l’œuvre qui les met en scène et l’artiste qui a choisi son médium ne peuvent être accusés des paroles ou des actes prononcées ou réalisés par ces figures de fiction. »

Visuel : ©Un Dernier Cri contre la censure

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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