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Netflix en France: les chaînes françaises et l’exception culturelle

Netflix en France: les chaînes françaises et l’exception culturelle

28 janvier 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Diffusé déjà en Grande-Bretagne, en Irlande, dans les pays scandinaves et aux Pays-Bas, Netflix, site Internet de vidéo à la demande né en 1997 en Californie comptant à présent 40 millions d’abonnés dans le monde, désire acquérir une diffusion en France. Deux secteurs se font du souci : le monde de la culture, et les chaînes. N’oublions pas que, bien souvent, ils se recoupent et se complètent.

Logo NetflixAprès la réception de ses représentants à l’Elysée en décembre 2013, de nouveaux pourparlers, de plus en plus précis, vont avoir lieu en cette fin de semaine avec, rapporte 20 minutes, les ministères de la Culture et de l’Economie, et la Sacem, pour la diffusion du site Netflix en France. Cette offre, auxquels pourraient être confrontés les français dès septembre 2014, suscite des controverses. En effet, le ministère de la Culture craint pour l’exception culturelle. Aurélie Filippetti a déclaré au Journal du Dimanche que l’entreprise Netflix, si elle entendait être diffusée en France, devait « se plier aux régulations qui font le succès de nos industries ». A savoir, en premier lieu, pour un média proposant de la vidéo à la demande sur abonnement, compter dans son catalogue, durant trois ans, 50% d’œuvres européennes, dont 35% d’œuvres francophones –quotas qui passeront ensuite à 60% et 40%. Netflix, groupe de très grande envergure, qui propose notamment les séries complètes, en illimité, contre un abonnement, compose cependant son offre en fonction des films et séries présents sur le marché américain. On peut penser que l’entreprise pourra être intéressée rapidement par le marché européen, si elle s’étend de façon large sur notre continent.

Un autre problème se pose néanmoins : en France, les plateformes de ce type doivent reverser une partie de leur chiffre d’affaires afin d’aider à la création artistique. Raphaële Karayan, dans L’Express, rappelle la réglementation établie en 2010 : une entreprise proposant de la vidéo à la demande dont le chiffre d’affaires annuel net dépasse 10 millions d’euros est en devoir de reverser 12 à 15 % de ce chiffre dans un but d’aide à la création. Peu de structures atteignent ce résultat, mais Netflix a un plus grand poids : en octobre dernier, Aurélie Moreau, dans La Libre Belgique, écrivait que le site représentait, en 2011, 30 % du trafic Internet aux Etats-Unis entre 20 et 22 h. La tranche horaire générant la plus grande part d’investissements publicitaires sur les chaînes de télévision. Nil Sanyas, du site PC INpact, renchérit: en 2013, lors des périodes de pointe, Netflix capte 32,25% du téléchargement nord-américain, contre 17,11% pour You Tube. Et le site « représente déjà 20 % des téléchargements au Royaume-Uni (en période de pointe), alors que le service n’a pas encore fêté ses deux ans sur ce territoire ». Sur la question du reversement, le site américain pourrait poser des problèmes, en émettant en France depuis le Luxembourg. Il n’aiderait donc pas la création, et ne paierait de surcroît pas d’impôts. Le ministère de la Culture tient à éviter ces désagréments.

Les chaînes de télévision expriment également des inquiétudes. Il est vrai que Netflix, comme la plupart d’entre elles, produit des séries. Mais ces dernières, au nombre desquelles on compte House of cards, primée lors des Emmy Awards, ont permis au site d’accéder au statut de producteur de grande envergure, à Hollywood même. De ce fait, le coût de l’abonnement mensuel serait peu élevé en France –moins de 10 euros- et créerait une rude concurrence pour les chaînes nationales. Celles-ci perdraient forcément au change.

En août dernier, en inaugurant le Festival d’Edimbourg, Kevin Spacey, vedette de House of cards, s’est livré à un éloge du modèle Netflix, avançant, comme le rappelle Charlotte Pudlowski sur Slate, que le site, en tant que producteur, servait vraiment la création : les projets de série, lorsqu’ils plaisent, sont par exemple immédiatement tournés dans leur totalité, sans épisode pilote. « En 2012, 113 pilotes ont été réalisés, dont 35 ont été diffusés, [et] 13 ont été renouvelés » rappelait l’acteur, cité ici par la journaliste de Slate. Surtout, pour lui, le fait que tous les épisodes soient directement mis en ligne contribuait à éviter le piratage et permettait au public d’avoir « le contrôle, la liberté ». D’autant plus que les films peuvent être visionnés aussi bien sur téléviseur que sur tablettes ou consoles de jeux vidéos. Netflix apparaît donc comme un site en avance. Plus vraiment un site d’ailleurs: plutôt une entité nouvelle.

L’intérêt des chaînes contre une offre novatrice, est plus efficace en terme de création ? Certes. Mais il ne faut pas oublier qu’en France, TF1 finance le cinéma, Canal + finance le cinéma, M6 finance le cinéma…Sans juger de la qualité des productions, le principe doit en effet être défendu. Sinon, ce gain en termes d’accès au cinéma pour le public français se transformera en perte pour le cinéma français.

Visuel : © logo du site Netflix

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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