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Le point sur l’engagement de la presse française contre le harcèlement sexuel

Le point sur l’engagement de la presse française contre le harcèlement sexuel

25 octobre 2017 | PAR Sarah Reiffers

Depuis les révélations du New Yorker sur le producteur américain Harvey Weinstein, la parole des femmes sur le harcèlement sexuel et le viol s’est soudainement libérée. Une onde de choc initiée par la presse américaine et soutenue ainsi que propagée par les réseaux sociaux et la presse internationale. Toute La Culture vous aide à faire le point sur les réactions et les engagements des médias français sur la question.

Difficile de traiter un tel sujet avec l’objectivité qui sied au journalisme. En parallèle à la transmission d’informations la presse française s’est attaquée de différentes façons à la dénonciation du harcèlement sexuel, ainsi qu’à la célébration de la libération de la parole des femmes.

Beaucoup ont opté pour des éditoriaux. On retient notamment celui de la rédaction du Monde qui, comme Françoise Héritier, promeut l’éducation comme solution au problème du harcèlement sexuel. Ou encore l’édito signé Jean-Pierre Denis, le directeur de la rédaction du site chrétien d’actualité La vie, une voix masculine bienvenue dans une explosion d’initiatives et de dénonciations menées en majorité par des femmes. Il y appelle à écouter les voix et les mots des victimes qui se mettent à parler après des années de silence et de déni. «N’ayons pas peur de regarder tout cela en face. Et merci encore à celles qui ont parlé pour celles qui ne pouvaient parler».

Mais certains médias vont plus loin, cherchant à changer les mentalités et à éduquer, ou du moins à faire réfléchir, ceux qui ne s’étaient jamais vraiment remis en question. Alors bien sûr, il y a des ratés. La une du Parisien, par exemple, affiche ce mercredi une succession de visages d’hommes souriants encadrant le titre «Les hommes s’engagent». L’intention a beau être bonne, le média ne fait qu’illustrer la tendance à vouloir réduire l’importance d’un problème dès qu’il touche au système patriarcal (on pense notamment au tristement célèbre #NotAllMen) et à privilégier, voire imposer, encore et toujours la parole masculine par dessus celle des principaux ou principales intéressées.

D’autres, au contraire, frappent bien et fort. Le site d’information Konbini, par exemple, a mis en ligne son «Petit guide pratique pour que les hommes mettent fin au sexisme». Soulignant un point important: «le fait que les femmes réussissent à parler ne fera pas vraiment changer les choses si, en face, les hommes n’écoutent pas et ne prennent pas leurs responsabilités». On y rappelle des choses trop souvent oubliées, mais pourtant toutes simples et évidentes tel que «apprenez à vos fils à ne pas violer, au lieu d’apprendre à vos filles comment éviter d’être violées», ou encore «vous avez le droit d’intervenir» contre les propos ou actes sexistes.

De son côté, le site web d’information et de divertissement BuzzFeed France, réputé pour son respect et son engagement envers les minorités, a lancé une nouvelle rubrique pour les femmes et les féministes. Intitulée MEUFS, elle explore «toutes les questions concernant les femmes aujourd’hui» pour briser les tabous et encourager la prise de parole. Une rubrique qui se veut donc à la fois un espace d’expression et d’échange pour les femmes (avec des articles comme «9 sortes de règles que vous avez forcément connues») et une page pédagogique («L’histoire oubliée des radium girls», «Il faut en finir avec le cliché de la lesbienne qui couche avec des hommes»).

Comme Konbini, BuzzFeed France a également choisi de s’adresser aux hommes, publiant une liste non-exhaustive de choses qu’ils peuvent (et doivent) faire pour lutter contre le harcèlement sexuel. L’article, simple et éducatif, propose également de nombreux liens vers des associations et militantes pour s’informer et s’engager.

A noter également, les nombreux billets publiés par les journalistes de Mediapart, comme celui de Lénaïg Bredoux qui s’interroge sur le rôle des journalistes et de la presse quand il est question d’enquêter sur, et de dénoncer, le harcèlement sexuel. Ou encore celui d’Emmanuel Zemmour, un texte nécessaire qui rappelle que ne sont pas seulement coupables ceux qui agressent et harcèlent, mais aussi ceux qui profitent, sans se remettre en question, du système patriarcal. On achèvera cet article avec ses mots: «Gageons que, pour une fois, un bon coup de poing bien placé puisse contribuer à faire changer les choses».

Visuel: Flickr

 

 

 

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