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Zoom sur Françoise Héritier, anthropologue pour la cause des femmes

Zoom sur Françoise Héritier, anthropologue pour la cause des femmes

23 octobre 2017 | PAR Sarah Reiffers

Avec Le Sel de la vie, Deux sœurs et leur mère, et Masculin/Féminin, Françoise Héritier s’est façonnée une réputation de femme anthropologue portant un regard acéré sur notre société, et plus particulièrement sur les rapports femmes-hommes. Portrait d’une femme dont la parole puissante et libérée, faisant écho aux figures majeures d’une nouvelle forme de féminisme qui s’attaque non plus à certains gestes isolés mais aux façons d’agir et de penser qui régissent notre société en général, est plus que jamais d’actualité.

Elle est anthropologue, ethnologue, féministe, directrice d’études à l’EHESS (l’École des hautes études en sciences sociales), chaire d’anthropologie au Collège de France; écrit, pense, s’engage politiquement, soutient la non-violence, se bat pour l’égalité des sexes, et a même co-fondé la chaîne de télévision Arte. Bref, vous ne la connaissez peut-être pas, mais Françoise Héritier fait partie de la cour des grandes.

«Maintenant les choses changent un peu, peut-être parce que l’on voit arriver des générations d’enfants de femmes […] qui commençaient à vouloir exister, et qui voulaient que leurs filles n’aient pas la même éducation qu’elles-mêmes. Mais dans mon adolescence, il y avait une telle pression sur les filles, quand j’y repense je me dis que quelqu’un maintenant trouverait cela absolument désastreux et insupportable».

Digne successeur de Claude Lévi-Strauss, Françoise Héritier s’est rappropriée l’école du structuralisme pour la rendre plus militante, et plus féministe. Ces nombreuses théories sur les rapports de domination hommes-femmes, son approfondissement de certains ouvrages de Lévi-Strauss (sa relecture de la notion de circulation des femmes, notamment), ainsi que ses nombreux engagements dans la lutte pour la paix et la non-violence lui ont valu en 2014 le titre de Grand officier de la Légion d’honneur.

Cette année elle publie un nouvel ouvrage, Au grès des jours (édition Odile Jacob) dans lequel elle nous fait part de son amour des mots et de son goût de vivre. Mais avec Françoise Héritier, le militantisme n’est jamais très loin. Parce qu’elle est avant tout une femme, née avant la révolution sexuelle et portant donc les souvenirs d’une enfance marquée par l’oppression et l’effacement de soi. Et capable, avec le recul, de porter un regard intelligent et critique sur les avancées en matière d’égalité des sexes. Si aujourd’hui elle se félicite des progrès effectués, elle reste bien consciente des difficultés qui surgissent ça et là. Ces difficultés, elle les met sur les bases mêmes de notre société. «Le modèle de chaque société est fondé sur la domination masculine», confie-t-elle lors d’un entretien réalisé par France Culture. «Donc l’ébranler, faire tomber le pouvoir masculin, c’est obligatoirement changer de mode de société».

Comme Julia Kristeva avant elle, qui assurait que seule la culture et son partage peuvent contrer la haine et l’intégrisme religieux, Françoise Héritier soutient que c’est l’éducation, et non la législation, qui permettra d’arriver, au final, à «l’égalité des regards portés sur les hommes et les femmes». Une lente transmission de connaissances au fil des générations, jusqu’à ce que les idées nouvelles de liberté et d’égalité prennent graine. Parce que les lois passent, d’abord, par le changement des mentalités.

Françoise Héritier, c’est aussi une voix calme, emplie de sagesse. Alors lorsqu’elle parle d’espoir et de changement, on se surprend à la croire, sans résistance, comme si la vraie égalité, le désenchevêtrement d’un système épuisant et qui s’épuise, n’était, au final, qu’une chose simple et inévitable. «La parole qui se libère, c’est comme une fente dans un barrage: ça part d’un coup, et ça inonde tout sur son passage».

Visuel: Wikimedia

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Sarah Reiffers

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