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« Au revoir là-haut » d’Albert Dupontel : Der des der sans fard

« Au revoir là-haut » d’Albert Dupontel : Der des der sans fard

25 octobre 2017 | PAR Sylvain Lefèvre

Filmer la guerre est un art, filmer l’après-guerre plus encore. Avec cette habileté qu’on lui connaît, Albert Dupontel montre qu’il maîtrise l’un et l’autre sans pour autant se départir de ses éternels combats et démons. « Au revoir là-haut » concilie avec talent révolte et lyrisme dans un superbe ballet pantomime.

[rating=4]

Alors que les derniers obus résonnent encore sur les paysages dévastés de Picardie, deux rescapés de la Grande Guerre prennent le partie d’en découdre avec la société. En montant une perfide astuce à l’héroïsme des lendemains qui chantent où les lâches sont devenus des héros et les survivants des bêtes de foire, ces deux désabusés vont aussi devoir affronter leurs cauchemars pour espérer atteindre leurs rêves.

Tout droit tiré du Prix Goncourt de Pierre Lemaître, « Au-revoir là-haut » est un bijou d’orfèvrerie cinématographique né des mains d’un artisan qui sait trouver dans son travail un exutoire heureux à ses révoltes. Haro sur l’argent et les institutions dans une savante chorégraphie de caméras audacieuses adossée à un lyrisme et une volonté de faire exploser les habituels carcans du cinéma sont les subtils ingrédients du maître queux Albert Dupontel. Marquant le film de cette incontournable patte de réalisateur, il dirige avec un plaisir manifeste ses acolytes sous les auspices de Chaplin et Buster Keaton.

Génie de clown

De l’autre côté de la caméra, il incarne Albert Maillard et endosse une fois encore cet habit de clown triste et décalé qui lui sied si bien. Il s’y trouve admirablement secondé à l’écran par la révélation de ces derniers mois Nahuel Pérez Biscayart dans le rôle d’Edouard. Gueule cassée de service, il réussit le magnifique tour de force d’exister masqué et de sublimer son personnage. Glissant de sentiments en révolte, il force l’admiration et transcende quelques unes des plus belles scènes du film en une ingénieuse alliance de naïveté et de grâce. Entourés d’un Laurent Lafitte, va-t-en-guerre et croque-morts au registre sardonique succulent, et de Niels Arestrup, comique malgré lui, les deux complices subjuguent.

Dans cette histoire de gueule cassée et d’arnaque à la petite semaine, le pathos guette au détour de chaque scène et pourtant jamais Albert Dupontel n’y succombe, y compris en remaniant voire créant les scènes finales qui n’existent pas dans l’oeuvre de Pierre Lemaître. Il nous délivre un film touchant et percutant avec maestria.

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