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L’occupation de la Colline, un souffle d’espoir pour la jeunesse

L’occupation de la Colline, un souffle d’espoir pour la jeunesse

10 mars 2021 | PAR Anaëlle Padé

C’est un mouvement de protestation dont les ondes émanent de la jeunesse. Le théâtre national de la Colline situé dans le 20e arrondissement de Paris est occupé depuis hier soir par les élèves d’écoles de théâtre. Wajdi Mouawad, le directeur de la Colline, apporte son soutien : “Nous relaierons leurs messages et les accueillerons au mieux de nos moyens jusqu’à la fin de leur geste”. 

Dans le sillon de l’Odéon 

Depuis le 4 mars déjà, le théâtre de l’Odéon est occupé par des manifestants. Le théâtre a été transformé en lieu de vie et de communauté ; ils y vivent, y dorment, y répètent et ne partiront pas tant que leurs revendications n’auront pas été prises en compte. Ils réclament la réouverture des théâtres et des salles de spectacle, ils font entendre et résonner la précarité de leur situation, la détresse qui en découle, l’insécurité qui est la leur depuis plusieurs mois maintenant. Les occupants du théâtre de la Colline ont révélé dans un communiqué de presse des revendications qui font écho à celles des manifestants de l’Odéon. Ils exigent “La réouverture des lieux culturels, essentiels (…)” et souhaitent la mise en place “d’un accompagnement des étudiants en cours de formations et sortants d’études pour leur permettre d’accéder à l’emploi.” 

La jeunesse qui porte le mouvement  

À l’origine de cette occupation, plusieurs représentants des conservatoires d’arrondissements de Paris, des conservatoires régionaux (CRR), des étudiants en école de théâtre publique ou privée, des étudiants à l’université. Ils font tous part de l’impossibilité, à l’heure actuelle, de se projeter dans un futur serein. Plusieurs revendications et inquiétudes ont été vivement applaudies par les manifestants présents. Les élèves des conservatoires d’arrondissement (CMA) qui suivent une formation sur plusieurs années souhaitent bénéficier d’un statut étudiant.  De plus, les universitaires se demandent comment mener à bien leurs sujets de mémoire ou de thèse alors qu’ils sont privés de sujets de recherche. L’argument de la détresse psychologique doit être verbalisé et mis en valeur. La précarité de l’emploi mène les élèves des écoles de théâtre à une insécurité grandissante. Comment s’insérer dans le monde professionnel lorsque la programmation des spectacles est repoussée à plusieurs années ? 

Trouver l’identité du mouvement  

Pendant un peu plus d’une heure, plusieurs personnes sont intervenues pour tenter de dessiner l’identité future du mouvement. Plusieurs arguments s’affrontaient et certaines interrogations n’ont toujours pas été résolues. Ce mouvement qui, à l’origine, est porté par des étudiants venant du milieu théâtral, souhaiterait s’étendre à d’autres disciplines. Cependant, bien que l’intérêt et le but soient communs, comment faire entendre les spécificités et singularités de chaque discipline ? Le mouvement souhaiterait, dans son expansion, se lier à tous les membres de la culture et même au public. La question de la nature du mouvement a également été posée : est-ce un mouvement artistique et politique ? Il a été rappelé que pratiquer une discipline artistique, qui plus est dans le contexte actuel, peut être difficilement dissociable d’un engagement politique.   

Un appel durable et généralisé 

Les membres du mouvement sont appelés à se présenter devant le théâtre de la Colline chaque jour à partir de 16h. L’occupation du théâtre suit une logique paritaire. Des roulements sont organisés pour que les représentants de chaque école puissent occuper les lieux. Les chiffres exacts n’ont pu être dévoilés, mais une dizaine de personnes vivraient au sein même de l’établissement. Le mouvement fait appel à l’initiative des étudiants pour proposer des créations artistiques, poursuivre des répétitions dans le théâtre en organisant des roulements qui permettront de respecter les restrictions sanitaires imposées par le gouvernement. L’occupation des théâtres par la jeunesse ne se réduit pas à la Colline seule. Le but étant d’avoir le plus de visibilité possible, d’autres théâtres rejoignent les actions déjà engagées à l’Odéon ou à La Colline. Plus récemment, Nasser Djemaï, directeur du théâtre des quartiers d’Ivry, a déclaré ouvrir les portes du théâtre pour ceux qui souhaitent l’occuper. Et ce soir,  au moment nous finissons ce papier, le Théâtre Graslin de Nantes et l' »Espaces Culturels » à Pau, l’Équinoxe à Châteauroux sont occupés. Ils seront, nous le savons, vite rejoints par d’autres.

La réponse lapidaire de Roselyne Bachelot

Alors donc que le mouvement prend comme un feu de forêt, la ministre de la Culture est sortie de son attentisme pour se placer en opposante directe du monde culturel. Lors des iconiques questions d’actualité au gouvernement du mercredi, elle a qualifié d’ « inutile » et « dangereuse » cette occupation. Sous prétexte (vous êtes assis ?) que ce mouvement menace « des lieux patrimoniaux fragiles ». Dont acte.

Visuels : ©Anaëlle Padé

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Anaëlle Padé

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