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Le FN et la culture une histoire d’amour passionnelle

Le FN et la culture une histoire d’amour passionnelle

22 mai 2014 | PAR Alexander Mora-Mir

Le nouveau maire Front national de Villers-Cotterêts  (Aisne) a déprogrammé un groupe de rock. Une décision « arbitraire » selon les managers du groupe Jagas. Frank Briffaut, l’heureux élu s’est justifié disant qu’il a voulu les programmer seulement sur « une partie du spectacle », en affirmant aussi ne pas apprécier leurs idées.

Fabrice Coaleva, producteur de spectacles, et Adrien Bergerat, manageur du groupe Jagas, groupe de rock engagé, ont publié un communiqué, mercredi 21 mai. Ils s’insurgent et dénoncent un signal inquiétant contre la liberté d’expression :
« Le nouveau maire Front national de Villers-Cotterêts, M. Franck Briffaut, a décidé de déprogrammer d’une manière arbitraire et opaque le groupe de musique actuelle français Jagas, prévu à l’occasion de la Fête de la musique. Ces jeunes musiciens avaient été retenus par le service culturel précédemment en place (…). Cette attitude de la déprogrammation du groupe Jagas, de non-respect des engagements pris auprès des artistes et de leurs partenaires, lance un signal inquiétant quant à la liberté d’expression et la diversité culturelle dans cette ville. » D’autant qu’ils ajoutent « Ces jeunes musiciens avaient été retenus par le service culturel précédemment en place (…). ».

Interrogé par l’AFP, le maire FN dément, et explique que les messages de ce groupe ne lui correspondent pas :
« Ce n’est pas du tout de manière arbitraire. On ne voulait pas avoir que ce groupe, avec les messages qui sont les siens. On voulait un peu diversifier. C’est un milieu où ils ont tendance à dire “C’est comme ça et pas autrement”. Eh bien avec moi, c’est autrement. J’avais proposé qu’ils interviennent sur une partie du spectacle mais pas sur la totalité. Si c’est à chaque fois du chantage quand on ne les a pas complètement, ils peuvent se plaindre, il n’y a pas de problème ». Il ajoute ne pas « apprécier leurs idées ».

Fabrice Coalava quant à lui a précisé à l’AFP qu’il n’y avait pas eu de proposition de ce genre de la part du maire. « On nous a dit [à la mairie] que le groupe ne correspondait pas à l’image de Villers-Cotterêts », a-t-il confié.

Souvenez-vous en 1995, « A Toulon, il y a des structures culturelles qui n’ont pas résisté à l’arrivée du Front national. Comme à Vitrolles, où un lieu emblématique culturel, le Sous-marin, n’a pas survécu à l’arrivée de Catherine Maigret à la mairie », selon une interview proposée par Arte Journal d’Olivier Py, le directeur du Festival d’Avignon. Pour l’interview en intégralité cliquez-ici.

Il ajoute « Pour la période 95, beaucoup de salariés de bibliothèque m’ont expliqué qu’ils avaient dû dégager la musique africaine, les contes « du monde » pour enfants, c’est à dire tout ce qui ne vient pas de Bretagne ou de Côté d’Azur ». Selon une interview des Inrocks, Olivier Py avait notamment réagi aux municipales d’Avignon en mars dernier, affirmant qu’il quitterait la ville ou délocaliserait le Festival si le Front National était élu. Le chorégraphe Angelin Preljocaj, à quant à lui délocalisé sa compagnie de Toulon à Aix-en-Provence suite à la victoire de Jean-Marie Le Chevallier, maire Front National.

Il confie à Arte « Le directeur d’un théâtre privé, à Orange, m’a expliqué qu’on l’avait convoqué et lui avait dit « pas de problème, on continue les financements mais par contre, vous nous soumettez toutes les pièces que vous allez présenter », chose évidemment inconcevable pour un directeur de théâtre, donc il s’est passé des subventions ».

Bien entendu ces situations datent de près de vingt ans et fort heureusement Marine Le Pen ne devrait pas refaire les mêmes erreurs passées, qui avaient fortement entachées l’image du Front National.

Pour revenir sur la fête de la musique, les artistes voulant se produire doivent obligatoirement faire une demande auprès de la mairie et du commissariat pour l’autorisation du lieu de représentation. Selon la préfecture de police : « Les animations sont limitées à la date du 21 juin et débutent à 18h00. S’agissant d’un samedi, elles pourront se dérouler jusqu’à 02h00 dans la nuit du 21 au 22 juin en respectant un niveau sonore supportable pour le voisinage. L’animation peut être refusée pour des raisons tenant à la sécurité, la tranquillité et l’ordre public ou déplacée si le site souhaité est déjà occupé ou s’avère inadapté ».

Ainsi, le maire FN est dans son droit de refuser un groupe de musique pour la fête de la musique, le seul problème, c’est son argument, il n’est pas valable aux yeux de la loi.

En allant plus loin, peut-on aujourd’hui censurer un groupe de musique pour ses idéaux, donc censurer une forme de culture ? Pourquoi n’a-t-on pas censuré Renaud, qui se revendique mitterrandiste, dont nombreuses de ses chansons sont engagées ?

A l’inverse, si un groupe militant d’extrême droite émerge, doit-on le censurer ?

© visuel : Capture d’écran Youtube, « La Voix est libre », France 3 Picardie

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Alexander Mora-Mir

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