Politique culturelle

Le Front National va t-il tuer la culture ?

Le Front National va t-il tuer la culture ?

27 mars 2014 | PAR Marie Boscher

Après la première baffe des résultats du premier tour des élections municipales, les Avignonnais n’avaient pas tendu la deuxième joue et pourtant… Olivier Py a annoncé que si le parti de Marine Le Pen passait au second tour, le mythique festival d’Avignon ne se tiendrait plus dans la cité des Papes. Pourquoi le Front National fait-il si peur au monde de la culture ?

La genèse d’une crainte

« N’ayez pas peur »: un message qui se veut rassurant lancé aux artistes par Philippe Lottiaux, le candidat FN à la mairie d’Avignon qui est en tête des scores avec 29,63% des suffrages exprimés. Il a également jugé « dommage d’instrumentaliser ce festival », suite à la déclaration d’Olivier Py, et assure que le FN « continuera à soutenir le festival » en cas de victoire et qu’il « n’y aura pas de changements ». Aujourd’hui, le festival d’Avignon est subventionné à hauteur de 45% par la mairie. Refuser l’apport public de la mairie frontiste comme l’avaient fait les responsables des Chorégies d’Orange semble donc peu probable. Le tout récent directeur du festival a donc soulevé à l’antenne de France Info l’idée de déplacer l’événement dans une autre ville.

Au regard des politiques culturelles menées dans les communes actuellement dirigées par un édile frontiste, la réaction d’Olivier Py peut être entendue. D’après Gilles Ivaldi, interrogé par Mediapart, gérer la politique culturelle leur a permis de « faire valoir leur différence » car ils n’avaient pas de leviers d’action dans les domaines propres aux thématiques habituelles du Front National. Si les actions n’étaient pas purement motivées par une réelle envie de faire évoluer la culture, les maires avaient au moins la possibilité d’agir dans ce domaine souvent oublié.

L’obsession de la mort de la civilisation française

rené guiffreyLe problème s’est trouvé dans leur choix de revenir aux « vraies » valeurs, au traditionalisme et au conservatisme si ardemment prônés par les extrémistes dans tous les champs. À Toulon par exemple, une sculpture de l’artiste René Guiffrey a été rasée pour être remplacée par un olivier – arbre magnifique, certes, mais dénué de toute ambition artistique. Dans d’autres communes, des livres qui font « l’apologie du cosmopolitisme » sont retirés des bibliothèques municipales. On supprime des subventions aux lieux alternatifs et aux festivals, comme ce fut le cas pour Le Sous-Marin, un café-musique de Vitrolles fermé en 1997 car il produisait du rap, « une musique de dégénérés, développant les mauvais instincts de la jeunesse » d’après la maire de l’époque, Catherine Mégret, alors encore rattachée au FN.

La culture est amalgamée à la notion de civilisation et est pensée comme un étendard des valeurs nationales, régionales ou locales. Jacques Bompard, maire d’Orange et chef de file du parti Ligue du Sud, avait placé André-Yves Beck au poste de directeur de la communication qui avait exprimé très clairement la volonté de l’extrême-droite au début de son mandat en 1995 : « Fini les spectacles pour sous-branchés. On va trouver ce qui intéresse l’Orangeois moyen. Moi, je ne suis pas comme ces cultureux de gauche qui font venir leurs copains. »

Une idée fausse ?

Les « cultureux » s’inquiètent aujourd’hui des intentions du parti en matière d’art, de création et de politique culturelle. Le Front National est arrivé en tête dans 17 villes de plus de 10 000 habitants. Les programmes culturels n’y sont pas particulièrement mis en avant… Steeve Briois, directement élu au premier tour à Hénin Beaumont, laisse entendre qu’il ne régentera pas la vie culturelle et associative de la ville. Il dit vouloir promouvoir le « patrimoine architectural et culturel évidents » de la ville. Un regard résolument tourné vers le passé que porte aussi Robert Ménard, candidat à la mairie de Béziers pour son parti Debout La République, soutenue par le Front National. Ce dernier rapporte chacune de ses propositions en matière de culture à la « tradition », la région, l’histoire de la ville, la famille. Des valeurs populaires clairement loin de toute intention élitiste que le Front National approprie aux autres partis, notamment ceux de la gauche.

Néanmoins, Karim Ouchikh, conseiller en culture et francophonie de Marine Le Pen, considère que l’on se fait « une idée très fausse du regard que porte le Front national sur la culture ». Il assure que le parti souhaite faire de la culture un moteur d’intégration. Philippe Lottiaux estime quant à lui que les polémiques engendrées par la politique culturelle de mairies gérées par le FN « appartiennent au passé ». Pourtant, le Front National n’a jamais caché son hostilité au monde de la culture. Pour les présidentielles de 2012 par exemple, Marine Le Pen avait repris mot pour mot le programme culturel de son père, candidat en 2007, ce qui témoigne bien du manque d’intérêt pour ce domaine. Le Front National est profondément imprégné d’une idéologie passéiste et autoritaire qui s’exprime dans le domaine de la culture. Avec une édition 2014 résolument moderne, le festival d’Avignon risque de subir quelques revers si Philippe Lottiaux est élu au second tour.

Visuels : Affiches dans les rues d’Avignon © Amélie Blaustein-Niddam
Sculpture-fontaine Marine © René Guiffrey

« Locke », le buzz qui met Tom Hardy au volant
Les vernissages de la semaine 27 mars
Marie Boscher

Une réflexion sur « Le Front National va t-il tuer la culture ? »

Commentaire(s)

  • Peltier

    Ecrire correctement le français serait préférable pour traiter de culture.
    Monter un dossier à charge uniquement n’est pas très honnête.
    Dommage, le sujet était intéressant.
    Une question à se poser : quelle est la fonction idéologique et politique de ce qu’on appelle en France le « milieu culturel » ?

    juillet 16, 2014 at 19 h 24 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *