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Jour 1 du procès : la procureure Maria Cruz Melendez qualifie R. Kelly de « prédateur »

Jour 1 du procès : la procureure Maria Cruz Melendez qualifie R. Kelly de « prédateur »

22 août 2021 | PAR Orane Auriau

Celui qui s’est proclamé « Roi du R’n’B » et a conquis le grand public avec son interprétation d’ « I believe I can Fly »,  fait aujourd’hui face à des accusations d’agressions sexuelles, de viols, d’enlèvement, de corruption et de travail forcé. Le procès de R. Kelly  s’est ouvert le 18 août.

 

Procès de 2021

Celui-ci était attendu depuis fort longtemps, puisqu’il fait écho à plusieurs années d’accusations. Le procès, débuté 18 août à New-York, doit juger le chanteur pour des abus psychologiques, sévices physiques et abus sexuels, sur six  femmes, qui seraient quelques-unes parmi de nombreuses victimes et qui étaient principalement mineures au moment des faits. Au premier jour du procès, ces sévices ont été minutieusement décrits. Les abus pour lesquels il est jugé vont de 1994 jusqu’à 2018. R. Kelly a été accusé par la procureure Maria Cruz Melendez d’être un « prédateur sexuel en série »

 

Des accusations graves

Les chefs d’organisation retenus à son encontre sont nombreux. Ses détracteurs attestent qu’il avait organisé un réseau puissant de recrutement de ces filles pour qu’elles soient destinées à le servir sexuellement, voire que ce serait un culte. Des techniques minutieuses étaient mises en place pour les trouver -notamment au centre commercial- puis les approcher avant le processus d’emprise (psychologique, avec asservissement moral, obéissance totale à ses ordres). Une première plaignante a témoigné à la barre : elle était âgée de 16 ans au moment des faits. R. Kelly aurait également utilisé des proches, associés ou employés  pour maintenir son pouvoir selon un système très rodé, comprenant notamment des accords à l’amiable, des versements de sommes à certaines victimes, pour renoncer à témoigner. 

Il y a également un autre chef d’accusation important : la corruption. Il réfère à un pot-de-vin que R. Kelly aurait versé à un fonctionnaire de l’Illinois, chargé de lui fournir une fausse carte d’identité. Celle-ci devait servir à mentir sur l’âge d’une mineure âgée de quinze ans pour la marier légalement, et ce ne serait nulle autre que la défunte chanteuse Aaliyah. C’était en 1994, et le chanteur était âgé de 27 ans. Cette accusation de corruption fera l’objet d’une attention particulière, bien qu’Aaliyah ne puisse plus témoigner. 

28 avril 1997: Los Angeles, CA
Aaliyah
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Par Alex Berliner © Berliner Studio/BEImages

 

Les peines possiblement encourues

R. Kelly peut encourir entre dix ans de prison et la perpétuité. Le chanteur a décidé de plaider non coupable au procès, position qu’il a toujours maintenue – au point d’avoir accordé une interview en 2019 à Gayle King pour tout réfuter avec un certain manque de sang-froid, dont le fait de garder contre leur gré dans son logement deux jeunes femmes qu’il présentait comme ses petites-amies, Joycelyn Sauvage et Azriel Clary.

 

Les victimes libèrent leur parole

Il y a longtemps eu des rumeurs d’abus par R. Kelly. Sa carrière a été longue et prolifique, malgré des accusations à son encontre qui n’ont jamais tari. C‘est donc récemment qu’elles ont pris cette ampleur et que les témoignages ont pu se multiplier. 

Trois ans avant le procès est sorti le documentaire Surviving R. Kelly (« Survivre à R. Kelly »), structuré en six épisodes, qui laissent témoigner de nombreuses victimes. Parmi elles : Lizette Martinez, Rochelle Washington, Asante McGee, Kitti Jones… Le documentaire a renforcé le mouvement né en 2017, #MuteRKelly (« Taire R. Kelly ») appelant à boycotter sa musique. Ce mouvement se composait de féministes noires excédées que ce type de violences sexistes et racistes ne soient pas plus dénoncées ou punies, alors qu’elles subissent encore plus d’abus que les femmes blanches aux Etats-Unis (d’après les statistiques des Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies- CDC). Elles témoignent que cette impunité n’est pas entièrement due au succès de l’artiste, mais plutôt du mépris de la place des femmes noires dans la société, qui sont d’ailleurs les premières victimes du prédateur. Grâce à ces sensibilisations, on sait aujourd’hui que 48 femmes auraient dit avoir été victimes de mauvais traitements sexuels de la part de R. Kelly. 

Pour rappel, le procès en cours n’est pas le premier. R. Kelly a été jugé pour pornographie infantile, après que le Chicago Sun-Times ait révélé en 2002 l’existence d’une sextape, on l’on voit R. Kelly avoir des rapports sexuels avec une jeune fille de 14 ans. Il avait été acquitté lors de son procès en 2008.  Et en 2019 également, le chanteur a du faire face à des accusations de sévices sexuels perpétrés sur trois mineures et une femme. 

 

Crédits visuels © : WBEZ / L

 

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