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A Lyon, le retour de la fête traditionnelle du 8 décembre

A Lyon, le retour de la fête traditionnelle du 8 décembre

09 décembre 2015 | PAR Elodie Martinez

Depuis plusieurs décennies, Lyon est le ou l’un des centres de l’attention médiatique durant cette période de l’année. La raison de cet intérêt se trouve dans la fête de la Vierge ou fête des lumignons (ou encore fête du 8 décembre) ainsi que dans la Fête des Lumières instaurée, elle, depuis 1999, devenue une véritable attraction mondiale depuis plusieurs années et annulée suite aux attentats de novembre dernier, permettant un retour aux sources qui a ravi la plupart des lyonnais. 

Nous ne reviendrons pas sur l’origine-même de la véritable fête traditionnelle qui existe depuis le milieu du XIXe siècle (voir notre précédent article). Nous l’avions déjà signalé, l’annulation de la Fête des Lumières étaient perçue par un grand nombre de lyonnais comme une chance de revenir à la « vraie » fête du 8 décembre, celle des lumignons, très simple et conviviale. Avouons-le : si beaucoup aimait à se plaindre de cette annulation, la majorité d’entre aux était des jeunes et l’on peut supposer des personnes n’ayant pas grandi à Lyon et n’ayant finalement pas connu cette fête traditionnelle disparaissant petit à petit depuis 2000.

C’est donc un 8 décembre comme on en voyait encore il y a une quinzaine d’année qui a été ravivé hier : enfin, nous avons revu les rebords de presque toutes les fenêtres décorés de lumignons briller dans la nuit. Et quelle émotion de revoir des couples de tout âge ouvrir leur fenêtre, le mari tenant le plateau plein de bougies tandis que le femme les disposait (l’inverse étant plus rare)! Les personnes seules se débrouillaient sans porteur de plateau et nous imaginions les jeunes enfants et leur regard dans lequel se reflétait la lumière tout excités à l’idée d’organiser le placement des lumignons… Ca n’en a pas l’air, mais c’est tout une logistique à cet âge-là : il faut prendre en compte le nombre de fenêtre et l’alternance des couleurs des verres… Bref, nous avons vu ce 8 décembre retrouver son âme.

Malheureusement, nous avons aussi vu cette fête être à nouveau récupérée. Nous savions que cela se produirait dès l’annonce du maire qui appelait à mettre des lumignons en hommage aux victimes des attentats de ce terrible vendredi 13. Quel est donc le problème de M. Collomb avec cette fête pour vouloir s’en emparer et se l’approprier à tout prix? Non pas que nous soyons outrés à l’idée d’un hommage, bien au contraire, mais par celle de récupérer à nouveau cette fête. Nous souhaitons donc remédier à l’erreur commise par de quelques médias concernant la soirée d’hier soir : les lyonnais n’ont pas mis des bougies à leurs fenêtre (uniquement) par hommage mais parce qu’il s’agit d’une tradition transmise de génération en génération depuis plus d’un siècle et demi. Il va de soi que pour beaucoup, ce geste a été accompagné d’une pensée toute particulière pour les victimes et que certains non-lyonnais l’ont accompli dans cet esprit. Si l’origine première est rattachée à la religion, elle est avant tout celle de l’union des lyonnais, souvent perçus comme fermés. Elle est un peu le signe que ce grand « clan » n’en reste pas moins ouvert, contrairement à ce que l’on croit. C’est pourquoi le 8 décembre peut être accompagné d’un hommage, comme hier, mais il ne faut pas croire qu’il est entièrement transformé que les lumignons n’auraient pas été allumés sans cette tragédie.

Entendre sur le JT de France 2 d’aujourd’hui que : « Cette année à Lyon, le recueillement a remplacé la traditionnelle Fête des Lumières » a probablement fait hérisser le poils de bon nombre de lyonnais sortis hier. La « Fête des Lumières » et ses multiples installations lumineuses, greffée sur la fête traditionnelle, a effectivement été remplacée par une seule installation plus sobre sur les quais de Saône, à savoir différents visages de peintures célèbres appuyant sur le regard -un regard souvent fixe pour montrer la détermination des lyonnais qui refusent de baisser les yeux?- et surtout les noms des victimes du vendredi 13 qui défilaient. Le recueillement était certainement très présent face à ce mur d’hommage, de même que face à la statue de la place Bellecour ou aux marches de l’hôtel de ville transformées en autels pour les victimes depuis le 14 novembre. La procession qui montait jusqu’à la basilique de Fourvière n’a quant à elle rien d’exceptionnelle puisqu’il s’agit de la traditionnelle montée qui se fait tous les ans ce soir-là. Certainement la messe a-t-elle ensuite été donnée en hommage aux victimes, ce qui semblerait tout à fait naturel.

Cependant, lorsque le JT régional annonce hier soir : « Pas de fête, mais beaucoup de lumières quand même », il faut expliquer qu’au contraire, la fête, la vraie, a bien eu lieu. Comme dit plus loin dans le JT, il s’agissait d’un retour aux sources. Les lyonnais sont donc sortis, des fanfares se sont faites entendre dans les rues, le vin chaud coulait à flot, l’odeur des marrons chauds, des crêpes et des gaufres embaumait la ville, les gens parlaient, riaient, déferlaient dans des rues où, pour la première fois depuis bien longtemps, on pouvait enfin voir le sol et ne pas être contraint par la foule.

En réalité, ce 8 décembre était un 8 décembre dans la véritable tradition lyonnaise, enfin débarrassé de la Fête des Lumières commerciale envahissante et écrasant la fête à laquelle les lyonnais sont tant attachés, comme le montre le déferlement de photos de lumignons prises tous les ans ce jour-là aux quatre coins du monde par celles et ceux ne pouvant pas être présents. A ce retour aux fondamentaux de la fête s’est naturellement joint une pensée pour les victimes des attentats, matérialisée par les lieux d’hommage. L’atmosphère était donc bel et bien particulière cette année mais les lumières aux fenêtres, elles, sont nées il y a peu ou prou 163 ans, ne cessant de renaître de leurs cendres chaque 8 décembre depuis 1852.

©Ninoversalphotography (Facebook et site)

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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