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Lyon : Annulation de la Fête des Lumières

Lyon : Annulation de la Fête des Lumières

19 novembre 2015 | PAR Elodie Martinez

Depuis samedi, la question se posait à Lyon : la Fête des Lumières, qui rassemble chaque année des millions de visiteurs du monde entier, serait-elle maintenue? Réponse aujourd’hui : non. L’occasion de revenir aux fondamentaux de cette fête?

Dans un premier temps, la Préfecture et la Ville avaient annoncé que la décision ne serait pas prise au lendemain des attentats et que rien n’était déjà décidé. Le dilemme était le suivant : risquer de donner raisons aux terroristes en annulant, ou bien maintenir une Fête impossible à sécuriser et aux millions de victimes potentielles dans des lieux où les mouvements de foules seraient fatales et où l’échappatoire serait impossible (tous les lyonnais ont en mémoire l’impossibilité de circuler à pieds dans le centre-ville, les sens de circulation pédestres pour entrer et sortir de la place des Terreaux, le temps interminable que l’on met pour traverser la place des Célestins pour se rendre au théâtre, les files d’attente simplement pour entrer dans le métro, etc…).

Vu les enjeux économiques, on comprend que les raisons de l’hésitation étaient autant humaine que monétaire. L’an passé on comptait 3 millions de visiteurs dont 700 000 se sont agglutinés place des Terreaux et 800 000 place Bellecour, chiffres qui ne font qu’augmenter d’année en année. En quatre jours seulement, l’Office de Tourisme a accueilli 59 949 personnes (soit 28% de plus qu’en 2012), 39 médias internationaux étaient représentés par 53 journalistes venant de onze pays différents tandis que le taux de remplissage des hôtels a atteint 83 %, contre 64 % en période normale (chiffres pris sur le site Info économique et du Journal des entreprises). Il est vrai que la Ville se donne les moyens : environs 2,5 millions d’euros sont dépensés chaque année pour cette fête, dont la moitié est prise en charge par des acteurs privés membre du club des partenaires. Il faut dire que si la publicité pour la ville est énorme à travers le monde, les entreprises non collectives récoltent elles aussi les retombées fructueuses. On estime que les commerçants multiplient leur chiffre d’affaire par trois ou quatre, sans revenir sur ce qui doit avoisiner les 17 000 nuitées d’hôtel réservées 6 mois en avance, parfois même un an. Les marchands ambulants peuvent réaliser jusqu’à 40% de leur chiffre d’affaire annuel, les bars et restaurants à proximité des lieux les plus festifs peuvent enregistrer une hausse montant jusqu’à 300% et les centres commerciaux observent une hausse importante de leur fréquentation (en 2012, la Part-Dieu avait recensé plus de 183.000 visiteurs dans la journée contre 900.000 en une semaine entière d’après le blog de Whilezistime). Tout cela sans parler bien sûr de ce que cela rapporte aux agences de voyage ou encore aux artistes et techniciens travaillant sur ce projet gargantuesque. 

L’annulation étant officielle depuis aujourd’hui, comment ces commerçants vont-ils se remettre d’un tel « coût dur »? Quelles seront les conséquences et retombées mondiales pour la ville et son tourisme? Combien cela va-t-il coûter à la municipalité? Au-delà des chiffres et des finances, quel bilan humain?

M. Gérard Collomb a en effet exprimé son vœu qui est de transformer cette Fête afin de rendre hommage aux victimes de l’attentat, notamment avec une oeuvre sur les Rives de Saône où les prénoms des victimes défileront sur la façade. La tour Incity et le Crayon (officiellement Tour Part-Dieu ou Tour Part-Dieu LCL et anciennement Tour du Crédit lyonnais, bien que personne ici n’emploie ces noms) seront éclairées dans un esprit de lumignons. Il annonce également que 200 000 lumignons seront distribués aux écoliers et vendus aux lyonnais; les fonds récoltés devraient être reversés au profit de l’Association des Victimes du Terrorisme et de « Rêve d’enfants ». Le maire a également déclaré : « Pour moi, ne pas faire courir de risques aux Lyonnais n’est pas donner raison aux terroristes » et il appelle tous les lyonnais à illuminer leur ville le 8 décembre.

Ainsi, le Sénateur-Maire prône la prudence et affirme que cela ne donne en rien raison aux terroristes. Certes, cela ne leur donne peut-être pas raison, mais avouons que cette annulation peut être perçue pour beaucoup comme une victoire de leur part. Toutefois, cet événement peut aussi être vu comme la chance d’un retour aux origines, aux bases et aux vraies valeurs de cette fête du 8 décembre que chaque lyonnais honorait depuis 1852. Rappelez-vous : « en 1850, les autorités religieuses lancent un concours pour la réalisation d’une statue, envisagée comme un signal religieux au sommet de la colline de Fourvière. C’est le sculpteur Joseph-Hugues Fabisch qui réalise cette statue dans son atelier des quais de Saône. L’inauguration initialement prévue le 8 septembre 1852 est repoussée au 8 décembre en raison d’une crue de la Saône. Le jour venu, le mauvais temps va de nouveau contrarier les réjouissances : les autorités religieuses sont sur le point d’annuler l’inauguration. Finalement le ciel se dégage… Spontanément, les Lyonnais disposent des bougies à leurs fenêtres, et à la nuit tombée, la ville entière est illuminée. Les autorités religieuses suivent le mouvement et la chapelle de Fourvière apparaît alors dans la nuit. » (site) Or, depuis l’apparition de la Fête des Lumières en 1999, le nombre de lumignons aux fenêtres diminuaient d’année en année tandis que la fréquentation de la ville augmentaient et beaucoup de personnes (souvent les jeunes) ne pensaient plus à ce geste merveilleux qui rend la ville magique le temps d’une nuit. D’autres quittaient tout simplement la capitale des Gaules devenue invivable au quotidien et beaucoup de lyonnais ne profitaient tout simplement plus de cette fête dont certains finissaient par se sentir dépossédés.

A ne pas douter, l’émotion sera forte cette année devant ces milliers de lumignons aux fenêtres. Lyonnais, préparez-vous à faire briller votre ville. Peut-être est-ce là une chance pour un retour au fondamental et une renaissance de cette fête, la vraie, celle du 8 décembre.

©Google (Fêtes des Lumières des années précédentes)

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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