Rap / Hip-Hop

[Chronique] « La voix lactée » d’Oxmo Puccino : album intimiste, léger et empli de douceur

[Chronique] « La voix lactée » d’Oxmo Puccino : album intimiste, léger et empli de douceur

19 novembre 2015 | PAR Gilles Herail

Le nouvel album d’Oxmo Puccino est un voyage intimiste, empli de chaleur et de douceur. Après le spectacle Au pays d’Alice monté avec Ibrahim Maalouf, La voix lactée confirme les talents de conteur d’un rappeur qui sait trouver les mots justes pour nous faire sourire et nous émouvoir. Du (hip)-pop léger, positif, un peu mineur, mais très agréable. Critique.

[rating=3]

Oxmo Puccino fait partie avec Abd Al Malik des rappeurs français les plus intéressants, musicalement parlant. Sachant transgresser les frontières entre pop, rap et chanson. Mélangeant les influences et inventant en permanence de nouveaux métissages. Les deux artistes viennent de dévoiler leurs nouvelles productions, qui prennent des directions radicalement opposées. On avait adoré la noirceur absolue hypnotique de Scarifications d’Abd Al Malik (associé à Laurent Garnier). Oxmo prend le parti-pris inverse avec un disque court, des chansons ramassées comme autant de petites comptines, reliées par une même douceur et une envie de légèreté. Une ambition qui s’inscrit dans la continuité de son précédent opus solo, Roi sans carrosse  ( « Artiste », « La danse couchée »,  « Pas ce soir » ). 

La voix lactée débute par un single entraînant, positif, au refrain entêtant, croyant à la bonne étoile tout en étant lucide sur les handicaps de départ (« Une chance »). Deuxième extrait radio avec « Slow Life »(qui vient de dévoiler son clip), prenant la forme d’un appel souriant à calmer le jeu face à l’obsession de la Fast Life (dont nous parlait récemment Thomas N’Jigol. Plusieurs titres reprennent cette humeur moqueuse, amenant de la distance, du second degré et du ludique dans les textes et les musiques (« Doux or Die » « Amour et propriété » « A cheval sûr »). Ou en croquant avec pas mal d’intelligence ces petits moments de gêne que tout le monde connait sans oser les assumer  (« Surprise Birthday »). La voix lactée assume sa fibre positive et sa chaleur, dans des morceaux tout simples immédiatement sympathiques comme « Les potos » et surtout « France 98» (dont la nostalgie Black/Blanc/Beur résonne encore plus fort dans le contexte post-attentats du 13 novembre). 

Oxmo aborde également des thèmes plus personnels, où l’on sent poindre un zest de vagadam, mais qui conservent une envie d’optimisme. En évoquant la garde alternée « Un week-end sur deux », ses interrogations d’artiste  « Entre le marteau et la plume », ses questions existentielles dans « Gravir le monde ». Cette ambition d’intimité donne également les plus belles compositions de l’album, « Star et célébrité » et « Ton rêve », leurs mélodies simples mais attachantes et leurs textes fins plein d’émotion. Les fans de L’arme de paix  et d’Opera Puccino  regretteront l’absence de morceaux bouleversants comme « Soleil du Nord »  « Peur noire » ou « L’enfant seul ». Les amateurs de Lipopette Bar chercheront en vain des titres jazzy/funky plus dansants comme « Où est Billie ». Mais La voix lactée assume son choix de minimalisme décontracté, son envie de légèreté dans les paroles et les rythmes. Dans une ambiance musicale marquée par la chaleur et la douceur, où le Conteur peut peser et poser ses mots avec son inimitable classe. 

Oxmo Puccino, La Voix Lactée, 2015, [Cinq 7], 41 minutes.

Visuel : (c) pochette de l’album

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Gilles Herail

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