« Soudain, l’été dernier », Tennessee Williams lancinant à l’Odéon

22 mars 2017 Par
Yaël Hirsch
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Pour sa première mise en scène à la direction du Théâtre de l’Odéon, Stéphane Braunschweig choisit un répertoire qui n’est pas a priori son domaine de prédilection : du grand théâtre du sud américain. Gravée dans nos mémoires autour du trio formé par Liz Taylor, Katharine Hepburn et Mongtgomery Cliff, acteurs de l’adaptation mythique de Manckiewicz, Soudain, l’été dernier est une pièce de sang, de folie et de malédiction. Dans la mise en scène de Braunschweig, on la retrouve plantée dans un décor tropical aussi luxuriant que la psyché humaine jusqu’au 14 avril 2017 au théâtre de l’Odéon.

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La jeune Catherine (Marie Rémond) a été internée dans un asile psychiatrique après le drame du dernier été : alors qu’elle accompagnait son cousin, Sebastian Venable, dans sa tournée européenne, il est mort à Cabeza de Lobo, en Espagne. L’histoire qu’elle raconte sur les derniers instants de Sebastian est à peine croyable. Inconsolable et haineuse, la richissime mère du défunt, Viviane Venable (Luce Mouchel) fait venir la jeune fille et sa famille pour les confronter au docteur Cukrowicz (Jean-Baptiste Anoumoun), jeune psychiatre spécialiste de la trépanation, qui a pour mission de faire accoucher Catherine de la vérité…

Dans la pièce de Tennessee Williams, le suspense vient donc du rythme du flash-back et la force de ce texte jaillit de l’angoisse qui existe quand le rêve et la folie croisent la réalité. Si tout fonctionne bien et si la catharsis survient, l’on est donc terrifié pour Catherine mais aussi physiquement avec elle, de se faire ouvrir le crâne. De même, l’on vit de l’intérieur le déni de Viviane. Si le texte de Tennessee Williams a un peu vieilli, les images qu’il suscite sont toujours aussi puissantes. Le choix de Braunschweig est de laisser travailler l’imaginaire des spectateurs en figeant des personnages dont la vie s’est arrêtées « l’an dernier » dans un monumental décor de jungle qui se transforme peu à peu, murs blancs aidant, en cours d’asile moderne ou de prison de lieu chaud. Malgré quelques petites échappées, changement de meubles de jardin et tours autour du baobab, les personnages déclament donc leur rôle plus qu’ils ne le jouent. Malgré la dextérité des acteurs, leur plainte un peu surannée nuit à l’identification et à l’intensité de la pièce. La lumière est maîtrisée (dès le magnifique lever du rideau), le texte est respecté et le tempo finalement assez rapide, mais l’on a du mal à se passionner pour ce qui se passe. De même, le sculptural décor et les costumes juste démodés gardent bien le flou entre le rêve et la réalité, mais comme tout semble se passer nulle part au monde, que rien n’est réaliste, la tension entre rêve et réalité n’y est pas. Du monumental donc et de bons comédiens, mais un résultat un peu terne pour un texte qui porte tout de même des psychologies complexes et qui a pu se montrer plus foudroyant dans d’autres visions théâtrales ou cinématographiques.

(c) Thierry Depagne


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