Etre comédien à Paris : les sombres coulisses des petits théâtres parisiens…

25 janvier 2013 Par
Alice Dubois
| 42 commentaires

Pour le spectateur lambda, vivre à Paris est une sacrée aubaine. Voici la ville du monde où sont représentés le plus de spectacles vivants par soir ! Des grandes scènes nationales subventionnées avec metteur en scène tendance et têtes d’affiche aux petits théâtres programmant aussi des spectacles exigeants et de qualité, le choix est large et peut répondre à toutes les envies de théâtre. Seulement, derrière cette offre alléchante se cache une Face B : une  réalité économique difficile qui plonge parfois les jeunes compagnies dans des situations dramatiques. Car jouer à Paris coûte cher. Très cher. Et rares sont ceux qui gagnent chaque soir plus que le prix du sandwich qu’ils vont s’offrir en sortant de scène…


Etre à l’affiche à Paris, même dans un petit théâtre caché au fond d’une ruelle, c’est un luxe pour les compagnies qui font la vivacité de notre création théâtrale. Etre programmés plusieurs soirs par semaine demande pour ces artistes un effort financier redoutable. Car les salles parisiennes accessibles à la jeune création non subventionnée n’ouvrent pas leurs portes sur un simple partage de recettes. Le système du « minimum garanti » qui existe presque partout est un gouffre dans lequel tous s’enlisent, faute de mieux.

Mais comment cela fonctionne exactement ? Le principe est simple : lorsque une jeune compagnie signe avec une salle, elle s’engage à verser chaque soir une somme forfaitaire, ce fameux « minimum garanti ». Celui-ci ne se base pas sur le nombre d’entrées. Il est dû, que la salle soit pleine ou vide. Généralement fixé entre 150 à 250 euros hors taxes par soir pour des salles de 50 à 100 places, il peut vite devenir un enfer pour certains qui s’endettent très rapidement. A raison de trois représentations par semaine sur 2 mois, les sommes peuvent atteindre des sommets ! Certains comme le Théâtre des Déchargeurs vont même jusqu’à vous demander en plus, à la signature du contrat, un budget « communication » de plusieurs milliers d’euros. Celui-ci étant destiné à payer le théâtre pour promouvoir votre travail… Car évidemment, à part vous-même, personne ne se chargera d’aller chercher le public.

Mais le système est encore plus implacable. Car une fois ce minimum garanti payé, la compagnie doit reverser 50% de ses recettes au théâtre ! C’est ce qu’on appelle « le partage de recettes ». Au final, ce qui reste ne sert même pas à payer les comédiens….Voilà la réalité. Ces deux systèmes varient selon les théâtres mais le contrat, avouons-le, n’est jamais à l’avantage des artistes car un directeur de salle reste un commerçant. Il n’est pas rare de voir des spectacles quitter brusquement l’affiche car les artistes se sont endettés.

Autre phénomène, de l’autre côté de la chaîne, les taxes à payer à l’Etat lorsqu’on monte sa compagnie. Car sur la somme restante qui sert à payer en cachet les artistes, environ 50% revient à l’Etat. Les salaires étant déclarés, ils sont soumis comme tous les autres aux charges patronales et cotisations. Bien souvent, être comédien c’est aussi être chef d’entreprise, comptable, chargé de diffusion, administrateur…Gérer une compagnie de théâtre est un emploi à plein temps…souvent non rémunéré. Et il est très difficile pour ces compagnies de payer des indépendants dont c’est le métier. Sachez qu’en moyenne, une chargée de diffusion vous demandera dans les 4000 euros pour gérer la vente de votre spectacle…même si au final, elle ne le vend pas.

Dans l’inconscient collectif, l’artiste est trop souvent un bouffon et le payer est une faveur. En fin de chaîne, c’est toujours l’artiste qu’on ne paye pas. On n’envisage pas de ne pas payer un technicien, un régisseur, une maquilleuse mais un comédien, ça coule de source…Le débat qui fait rage aujourd’hui sur le salaire des stars bankable au cinéma n’est pas un hasard…Car en temps de crise, il faut bien trouver des boucs émissaires et les artistes sont une cible facile. Ces salaires, rappelons-le, ne sont pas mensuels, mais ne tombent que tous les deux ou trois ans pour certains, voir plus ! Bizarrement, personne ne s’interroge sur les salaires des producteurs et diffuseurs…Pourquoi?  Et pour parfaire le tableau, précisons qu’actuellement, les salles de spectacles sont trop souvent vides et que la fréquentation est en chute libre. D’après le directeur du Théâtre de l’Essaïon, Michel Laliberté, « la saison a démarré encore moins bien que la saison dernière » qui était déjà, selon lui, « la pire depuis des décennies. »

On peut donc s’étonner du courage et de la vivacité de tous ces artistes comédiens qui sont chaque soir sur scène pour une bouchée de pain, exerçant leur métier avec exigence et passion en acceptant la quasi gratuité de leur travail. Heureusement que dans notre société il existe encore des gens qui se battent pour la création artistique, par conviction, sans préoccupations mercantiles. Sans eux, il ne vous resterait que votre poste de télévision et la télé-réalité pour vous émouvoir…Le monde serait bien triste.




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COMMENTAIRES:

  1. Ping : Edito : La face B, là où se joue l’âme de la face A - toutelaculture.com

  2. Marin1

    Bravo pour votre article . Il retranscrit parfaitement ce qui se passe dans les petits theatres sur Paris. Il était temps qu’ on mette un coup de projecteur sur ce qui se rapproche d’arnaques…

  3. lopez22

    Cet article décrit exactement la réalité de la situation actuelle. J’essaie de monter une pièce avec 2 personnages. Nous sommes prêts à jouer mais les demandes financières des théâtres sont totalement décourageantes! Il me faut mettre en jeu plusieurs milliers d’euros (disons 5000!) pour louer une salle pendant 2 ou 3 mois. Et avec tant d’incertitudes sur la réussite de l’opération. Dans ces conditions comment payer mes deux comédiennes? De plus, en ce moment, les théatres sont vides… Alors que faire?

  4. Ferrer Maud

    Droit de réponse adressé à Fabienne Alice Dubois, rédactrice sur le site Toutelaculture.com suite à son article « Etre comédien à Paris : les sombres coulisses des théâtres parisiens ».

    Fabienne, directrice de l’Aktéon Théâtre depuis le mois de novembre 2011, j’ai lu avec attention votre article sur « les sombres coulisses des théâtres parisiens. »
    L’Aktéon y est cité – et même montré (photo dont vous n’avez d’ailleurs pas les droits et que vous avez déposée sur le site sans mon autorisation) – et accusé d’exercer un minimum garanti entre 150 et 250 euros par soir. Je tiens dans un premier temps à démentir cette information, je ne fais pas de minimum garanti. Même quand vous aviez joué chez moi Fabienne, les conditions pratiquées n’étaient pas celles-là.
    Depuis un peu plus d’un an j’essaie au contraire de minimiser le risque financier des compagnies et de les accueillir dans les meilleures conditions possibles. C’est un travail long qui demande du temps mais je m’y emploie.
    Vous évoquez le fait que nous, les petites salles ne sommes pas subventionnées. C’est un point important. Je ne touche aucune aide. Je suis en auto-gestion totale. Des subventions me permettraient en effet de réduire encore les risques financiers que les compagnies prennent (parce qu’il y a toujours un risque financier) ou d’accueillir des compagnies en résidence… Mes deux demandes à la mairie du 11ème arrondissement sont restées vaines. Je ne désespère pas qu’un jour nous serons aidés par nos mairies dont nous faisons aussi vivre les quartiers.
    Je vous rejoins sur le fait que les compagnies peuvent rarement rémunérer les comédiens à l’issue d’une programmation à l’Aktéon. La jauge de la salle et le prix des places ne permettent pas de verser un cachet par soir aux artistes.
    Mais il me semble, et ce n’est que mon avis, que cela ne doit pas être le but premier des compagnies qui se produisent chez moi. C’est ce que je leur dit en rendez-vous lorsque nous évoquons ensemble les conditions financières de l’Aktéon. Le but est dans un premier temps de ne pas perdre d’argent, et ça c’est tout à fait possible (la grande majorité des compagnies qui passent chez moi repartent avec un chèque) et de rembourser les frais inhérents à une programmation (affiches, flyers, décors, costumes…); ensuite d’avoir une visibilité à Paris, devenue indispensable aujourd’hui pour préparer une tournée ou démarcher la presse, ou encore démarcher des théâtres plus grands que le mien .
    Les directeurs de salle, « des commerciaux » ? Il est vrai que derrière le théâtre c’est une entreprise que je dirige, avec 8 salariés à payer tous les mois, des crédits, des taxes (nous aussi nous en payons beaucoup Fabienne, il n’y a pas que les compagnies !). « Le contrat n’est jamais à l’avantage des compagnies » ? Mais oui arrêtez de penser naïvement que jouer à Paris est gratuit. Jouer à Paris a un coût. Lorsque j’ai acheté mon théâtre, j’ai pris un risque. J’ai misé. Alors au risque d’en choquer, je trouve normal et je défends qu’à la fin, quand on fait les comptes, le théâtre perçoive une part supérieure à celle de la compagnie.
    Quant au « remplissage » des salles, comme d’habitude cela dépend des spectacles que nous programmons. Mais vous ne mentez pas en disant que la plupart du temps ce travail incombe aux compagnies. J’avoue recevoir trop de spectacles dans ma saison pour faire un travail de communication particulier à chaque spectacle. Je pense néanmoins réaliser ce que d’autres théâtres ne font pas mais je n’ai pas envie de me justifier auprès de vous et ne développerai donc pas ce point.
    Je ne peux en outre vous laisser dire que les artistes ne comptent pas ou sont des bouffons. Cette accusation (vous auriez d’ailleurs pu donner le sous-titre de « J’accuse » à votre article quand j’y pense) me dérange beaucoup.
    C’est avant tout par passion que j’ai choisi de diriger un théâtre. Y défendre des troupes, des comédiens, des auteurs, des metteurs en scène. Moi aussi je me bats pour la création artistique.
    Je pourrai vous dire bien des choses encore sur l’Aktéon, sur mon point de vue sur les pratiques de certains théâtres parisiens, sur votre article… mais je finirai juste en vous disant que ce que j’aurais aimé, Fabienne, c’est qu’avant de rédiger votre article et de citer mon théâtre, vous veniez me voir, que vous me posiez des questions, que vous m’interrogiez en me mettant face à certaines contradictions peut-être, bref que vous fassiez un vrai travail de recherches. Tous les petits théâtres parisiens ne travaillent pas de la même manière et ne proposent pas les mêmes services. Quel dommage que ayez préféré donner une image négative d’un théâtre dont vous ignorez tout du fonctionnement !
    Maud Ferrer, directrice de l’Aktéon

  5. Fabienne Alice Dubois

    Chère Maud,

    J’ai lu avec beaucoup d’attention votre réaction suite à cet article décrivant la Face B du métier de comédien. Il me semble, malgré votre agacement, que nous sommes d’accord toutes les deux sur bien des points.
    Lorsque je dis qu’un directeur de salle est avant tout un commerçant, vous le reconnaissez. Et loin de moi l’idée absurde de croire naïvement, comme vous le sous-entendez, que gérer un théâtre est gratuit.
    Mais le problème n’est pas là et vous le savez.

    Vous prétendez vous-même que se rémunérer  » ne doit pas être le but premier des compagnies qui se produisent » chez vous. Et c’est de cela dont nous parlons. D’un système qui ne permet pas d’exercer son métier décemment, voire tout simplement de façon légale. Car ces représentations non rémunérées, ne l’oublions pas, font peser un lourd risque juridique et pénal sur les compagnies.

    Je précise en outre que les conditions de minimum garanti et de partage de recette varient et ne sont pas les mêmes pour tous. C’est d’ailleurs en interrogeant des comédiens qui connaissent ces salles, dont la votre, que j’ai décidé délibérément de les citer. Il me semble que vous ne fonctionnez pas uniquement sur un partage des recettes… Même si vous n’appelez pas cela un « minimum garanti ». Après lecture de votre réponse nous avons mené une autre enquête auprès de compagnies passées chez vous, par souci d’objectivité et les artistes nous ont confirmé ce que nous avions déjà écrit. Nous ne remettrons pas leur parole en doute. Certains parlent de plus de 150 euros par soir…

    Ceci n’est pas une attaque mais un constat sur une réalité que vous reconnaissez vous-aussi. Oui nous jouons gratuitement. Je vous laisse par ailleurs lire les nombreux témoignages de comédiens sur notre journal ou sur les réseaux sociaux qui se sont reconnus dans cette triste réalité.

    Que votre entreprise soit un gouffre financier, nous voulons bien vous croire et nous ne remettons pas cela en cause. Que vous fassiez de votre mieux pour survivre, nous l’imaginons. Mais que les compagnies passant chez vous travaillent souvent gratuitement, nous le dénonçons. Et c’est bien là le sujet de notre article.
    Le système est à revoir, c’est certain. La politique culturelle de notre gouvernement aussi.

    Lorsque nous disons que le comédien est trop souvent vu comme un bouffon et que le payer est une faveur, nous ne faisons que retranscrire là encore une réalité. Vous avouez vous-même que le but est « de ne pas perdre d’argent ». Mais comédien est un métier et vous le savez bien. Nous ne pouvons pas cautionner cela.

    Quant à la photo qui illustre notre article, c’est effectivement une photo prise par nos soins lors d’une représentation. Il nous semblait donc qu’il n’y avait aucun copyright dessus…

    Ce que nous pouvons espérer pour la suite est une véritable réforme politique qui permettra à chacun d’entre nous de gagner décemment sa vie, sans avoir à payer pour exercer son métier.

    Bien à vous,

    Fabienne Alice Dubois

  6. SoniaD

    Je rejoins totalement Fabienne Alice Dubois que je remercie de dire la réalité bien âpre du petit monde théâtral parisien. Contrairement à Mme Maud Ferrer, je ne pense pas qu’il est normal que les théâtres touchent une part supérieure à celle des compagnies, c’est même l’inverse, car la plupart du temps, en regard du travail fourni par les compagnies, les théâtres sont bien mignons. Ces théâtres, par leurs conditions immorales et inhumaines, noient les compagnies sans lesquelles ils n’existeraient pas. Selon moi, c’est aux théâtres de faire le travail de com, c’est à eux qu’il incombe de faire venir le public, sinon comment prétendre prendre la moitié des recettes – voire l’ensemble s’il y a un minimum garanti – alors qu’on ne fait qu’accueillir un spectacle?! Les comédiens et le metteur en scène ont répété des mois, ils jouent chaque jour, et pourtant, on vient nous dire ici, qu’il est naïf de prétendre que jouer à Paris est gratuit?! Mais si l’on va au bout de cette logique, on comprend qu’il est normal, pour la directrice de l’Aktéon, de payer pour jouer. Je trouve tout de même assez choquant qu’on vienne ici se justifier de saigner les artistes…

  7. Coralie

    Heu…je regrette mais personne force personne a signer il me semble …on a jamais entendu dire qu’un porteur de projet avait signé un contrat sous la contrainte et sans connaître clairement les conditions…

  8. Rougemont

    ***

    Moralité : pour être comédien à Paris, il faut être un riche !

    – Soit être rentier
    – Soit avoir une famille qui finance notre « occupation »

    Ben oui, faut bien payer minimum 500 euros pour avoir un toit, faut aussi bouffer, s’habiller, mener une vie sociale etc.

    ***

  9. Yo

    Tres bonne reflexion sur le partage des recettes.

    En revanche un peu facile sur les 50% a l’Etat, gage de liberte de creer pour les intermittents (effet de seuil certes condamnable, mais loue par ceux qui ont la chance d en beneficier). La vrai question, c est celle de l acces a un lieux de creation, comme a un logement pour la plupart, la limite reste souvent celle d un lieu ou vivre et faire vivre, pour la plupart des parisiens.

    Amicalement,

    AC

    (pardon pour les accents, clavier eloigne oblige)

  10. Armand ELOI

    Bonjour,

    la situation décrite ci-dessus est en effet assez scandaleuse. Les comédiens doivent être payés selon les conventions collectives en vigueur dans la profession.
    Mais si la situation est telle, c’est aussi à cause de l’idée qu’il y aurait une sorte de « droit » général à faire du théâtre professionnellement. Ainsi, chaque année, des promotions sortantes des différentes écoles de théâtre forment de nouvelles « compagnies » et se présentent sur les petites scènes parisiennes et autres. Ils sont une proie idéale pour les loueurs de salle qui ne les avertissent que très rarement des risques encourus. Ces compagnies proposent une offre infiniment supérieure à la demande des spectateurs et il n’est pas étonnant que la plupart jouent devant des salles vides…
    Mais que se passerait-il si les salles partageaient vraiment le risque avec les compagnies ?
    Eh bien, à moins d’être immédiatement en faillite, elles devraient sélectionner sévèrement les spectacles et ne s’engager que sur des projets viables économiquement. Il y aurait très peu de places pour les débutants et les auteurs reconnus ou classiques auraient systématiquement leur préférence. Par ailleurs, les places devraient être très chères, et beaucoup de salles seraient de toute façon trop petites pour envisager une quelconque rentabilité, même en affichant complet, sauf à ne programmer que des monologues.

    La solution ? Aborder ce métier d’une façon réellement professionnelle, prendre conscience qu’une compagnie de théâtre est une petite entreprise, avec des obligations légales et sociales incontournables, et considérer la programmation dans une petite salle comme un investissement sans espoir de rentabilité immédiate. NE JAMAIS ENGAGER DES COMEDIENS SANS LES PAYER ET NE JAMAIS JOUER A LA RECETTE !!! Les risques sont considérables. Idéalement, ne jamais louer de salles ou accepter de « minimum garanti »…

    Et quand on ne peut pas le faire… s’abstenir.

    Car en jouant toujours et toujours « à tout prix » on dévalorise nos métiers et de plus, on fait une concurrence tout à fait déloyale à tous ceux qui produisent des spectacles professionnels en se contraignant, parfois au prix de dettes très lourdes, à toujours respecter les règles sociales de nos métiers.
    Alors, oui, il faut accepter qu’une très grande majorité de ceux qui rêvent de faire ce métier n’y arriveront pas, que c’est une profession très dure, très sélective, très exigeante, parfois très injuste (oui, les fils et filles de…), mais un vrai métier, que l’on ne pratique pas au rabais.

    Il y a une autre façon de s’exprimer sur scène, si l’on ne peut en faire son métier, une façon noble et très respectable, cela s’appelle le théâtre amateur, et l’on peut en faire de façon passionnée et exigeante.

    Amitiés théâtrales

    Armand Eloi, comédien, metteur en scène.

  11. Laurent

    C’est bien beau de mettre l’accent sur la part que prennent les théâtres, mais le vrai problème ne vient-il pas du fait que trop peu de public vient voir certaines pièces ?
    Quand je lis dans un commentaire au dessus qu’il y a des comédiens qui jouent dans des grandes villes pour 10 personnes, on peut se poser la question : ce spectacle a-t-il une raison d’être alors qu’il n’intéresse presque personne ?
    D’où devrait venir le cachet « normal » d’un comédien si la salle est vide ?

  12. Abiram

    Simple application de l’offre et de la demande.

    S’il existait un tant soit peu de solidarité entre les comédiens, ou bien s’ils étaient nombreux à être syndiqués, alors il leur serait possible d’établir un rapport de force favorable pour améliorer leur sort.

    Mais non. Depuis Malraux, à force de répéter que les artistes ne sont pas des travailleurs (pouah!) mais des créateurs, des humains supérieurs dotés d’une grâce quasi-divine, ces andouilles ont fini par le croire.

    Quand l’intermittence aura sauté, ce qui adviendra tôt ou tard, plus rien ne pourra vous sauver si vous restez aussi désunis.

    Les espoirs placés dans les subventions locales ou nationales sont dérisoires. Si les théâtres animaient réellement les quartiers, ils ne seraient pas déserts.

    Votre, notre, meilleur avenir possible réside dans le revenu de base qui permettra de défaire le lien entre travail et revenu et pourra remettre du sens dans tout cela.

  13. LN

    EXCELLENT article, décrivant de manière précise et efficace le système. J’ajouterai – au risque de me faire huer par certains de mes ex petits camarades de scène, que je salue néanmoins – que le système est parfaitement adapté… pour les comédiens qui n’ont pas besoin de cachet… parce qu’ils ont un autre métier… parce que ce ne sont pas des « grands » donc ils ne pensent pas mériter de cachet… parce que faire une croix sur un cachet est une manière de ne pas trop s’en vouloir (tu parles !!!) quand on a été mauvais en scène – ce qui arrive pourtant, parce que l’on ne grandit pas sans se planter -. Bref, jouer est un travail, difficile, qui mérite salaire et, non, le plaisir éventuel que l’on donne aux gens ne permet pas de croûter. Dont acte !

  14. Phil

    Ah, ah, ayant récemment eu à faire avec l’Aktéon et Maud Ferrer, bien content de cet article…Je confirme bien le minimum garanti de 145 euros par soir . Et aucune pitié pour les comédiens lorsqu’on fait les comptes à la fin. Sans parler du fait qu’aucune promotion n’est faite…
    Bref…

  15. Alain

    Si le public ne vient plus au théâtre… il faut aller vers le public !
    Quite à aller le chercher là où il est, dans d’autres villes, où l’offre en théâtre n’est pas aussi démentielle qu’à Paris. Ou dans la rue pourquoi pas. Possible que ça rapporte davantage et c’est net d’impôts.

    Pourquoi toujours à Paris ? Pourquoi insister dans un espace saturé avec plus d’artistes que de spectateurs.

    Si c’est pour voir votre nom sur l’affiche : achetez un gros marqueur et une cagoule, c’est moins cher.

  16. Les P’tits Molières

    Oui, il existe bien souvent un minimum garanti dans nos petites salles. Mais ont-elles réellement le choix ?

    Directeurs de salle, auteurs, meneurs de projet, metteur en scène, comédiens, nous sommes tous unanimes pour dire qu’il faudrait faire changer ce fonctionnement. Aussi plutôt que de se diviser aujourd’hui, fédérons-nous et prouvons que dans les petites salles il y a aussi de grands spectacles.

    C’est en valorisant notre travail que nous obtiendrons une issue favorable à cette situation qui ne satisfait personne aujourd’hui.

  17. Ray

    Le problème ne vient pas seulement des théâtres: trop d’écoles de théâtre, trop de comédiens, trop de spectacles (de plus ou moins bonne qualité), trop de théâtres pour pas assez de spectateurs. Le tout « encouragé » par le régime d’intermittent qui nous nourrit mais qui a aussi ses travers…

    Beaucoup de ces petits lieux sont gérés par des comédiens ou metteurs en scène passionnés par leur métier et bien loin des « commerçants » décrits dans l’article. Parce que franchement il faut avoir de la passion et accepter de perdre de l’argent pour gérer un petit théâtre aujourd’hui. Des directeurs de théâtres de moins de 100 places qui font des bénéfices, je n’en connais pas beaucoup, à part les tauliers d’Avignon (des types qui font de leur garage un théâtre et le louent à des prix exorbitants un mois dans l’année).

    La plupart des directeurs de petits théâtres privés parisiens ont emprunté pour racheter le fonds de commerce mais pas les murs, et n’ont pas les moyens d’investir dans des spectacles, paient un loyer de plus en plus important, beaucoup de charges, la taxe ASTP (obligatoire pour tous les théâtres, les petits comme les grands, dans les mêmes proportions, mais qui ne vient en aide qu’aux théâtres parisiens associés). Le minimum garanti permet aux théâtres de limiter la casse financièrement, de responsabiliser les compagnies qui pensent qu’en ayant simplement leur nom dans le Pariscope des spectateurs vont venir (alors que la concurrence est très dure à Paris, tout le monde le sait), et de prendre des risques dans leur programmation en acceptant des projets qui parfois leur plaisent moins…

    Si en tant que comédiens vous pensez que le minimum garanti ne sera jamais atteint et ne pourra pas vous rembourser de vos frais, soit tentez le coup en le considérant comme un investissement sur l’avenir, soit changez de projet (si vous pensez qu’il n’attirera personne, c’est qu’il n’a peut-être pas « besoin » d’exister) ou de métier (comme le dit Amaury, le théâtre amateur, c’est bien aussi)…

  18. Reguieg

    Bonjour
    J’ai lu cet article avec intérêt. J’ai fondé un théâtre de 75 places à Toulouse Le fil à plomb voilà près de 13 ans où nous pratiquons le partage de recettes à 50/50 si la compagnie n’a pas de régisseur et à 60/40 pour la compagnie si elle a son propre régisseur. Je suis aussi comédien. La mairie actuelle nous accorde une aide modique mais une aide quand même j’ai récemment écrit à notre chère ministre de la culture pour lui demandé s’il était possible de repenser à une autre redistribution des deniers publics (exemple extraire 2 à 3 % du budget de fonctionnement des scènes nationales) afin entre autre et je l’explique dans mon courrier que vous pourrez lire dans « Libération Toulouse.fr » d’assurer un minimum garanti… aux artistes.
    Cette douce utopie a suscité l’intérêt des médias locaux comme TLT la dépêche du midi et France 3 région.
    En matière de communication nous assurons l’édition de programmes un site internet nous demandons aux compagnies des affiches et des tractes et c’est tout.
    Quand bien même nous n’avons pas les mêmes coûts parce que nous sommes un petit théâtre de « province » en tant que fondateur programmateur d’un théâtre et surtout comédien je trouve choquant ce système de minimum garanti.
    A Toulouse nous avons une réflexion avec d’autres lieux de diffusion et aussi avec nos élus locaux sur un minimum garanti je le précise pour les artistes.
    Cordialement
    Badradine Reguieg comédien fondateur et programmateur du théâtre Le fil à Plomb Toulouse

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  20. David

    A la lecture de votre article je suis assez d’accord sur pas mal de chose mais je ne peux vous laisser dégrader le métier de chargé de production ou de diffusion. Je fais ce métier depuis 5 ans et me suis toujours attaché à sortir au minimum des cachets pour l’ensemble de l’équip. Je préfère refuser un contrat que de ne pas payer des artistes. Quand un spectacle, tout le monde est dans le même bateau, du technicien à la maquilleuse et bien sur au comédien qui monte sur scène. Alors oui surement il y a des malhonnetes dans le métier mais ne faisons pas une généralité.
    Merci

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  23. Olivier Bruaux

    Paris, quand tu nous tiens par les glawis! Faire du théâtre à Paris relève du parcours du con battant tant il faut s’employer pour convaincre les proprietaires de salle de ne pas vous appliquer le même minimum garanti du 20h30 pour jouer à 22h un petit spectacle qui pour des raisons d’horaire ne déplacera pas les foules.

    Jouer à Paris pour être vu est souvent Une exigeance des programmateurs de provinces (souvent des élus qui Veulent trop souvent briller auprès des électeurs en programmant des vedettes et des one-man show) qui ne se deplaceront qu’à cette condition.

    Jouer à Paris Une pièce inconnue (même de Molière) est un sacrifice de temps et d’argent.

    Jouer Une pièce de plus d’1h30 à Paris vous Prive de nombreux plateaux qui veulent aligner 3 spectacles de 1h20 maximum par soir.

    Jouer Une pièce à Paris avec plus de 6 personages est un suicide artistique auquel trop souvent nous renonçons.

    Jouer Une pièce à Paris sans minimum garanti, dans une salle de 100 places, sans payer la scène, ne se fait que dans un Seul théâtre, le Théâtre du Nord-Ouest. N’esperez pas y être payé bien sûr Mais vous aurez votre liberté de créateur entière.

    Faire du THÉÂTRE á Paris sans minimum garanti c’est par fois être repéré et acheté par une mairie ou un théâtre subventionné. Mais la plupart du temps vous aurez joué et montré votre spectacle au prix fort dans Une salle.

    Mais sinon faire du THÉÂTRE à Paris , C’EST SE RUINER! Et ça, NOUS NE DEVONS PLUS L’ACCEPTER!!!

  24. ep

    Sachez qu’en moyenne, une chargée de diffusion vous demandera dans les 4000 euros pour gérer la vente de votre spectacle…même si au final, elle ne le vend pas.

    cette remarque est totalement irrealiste
    les chargees de diff sont souvent payees au lance pierre pour faire ce metier en en general aussi de la prod, du secretariat de l administration dans des contrats pas du tout interessants… payees en cachet ce qui nest pas legal ou en contrat jeune tremplin etc
    en depassant facilement les 35h
    et en ne touchant qu un pourcentage minime de la vente du spectacle

    article bourré de cliché et encore en pensant au bon droit des ARTISTES d excercer ce metier et de se faire payer par l etat pour,… comme le rappel un commentaire cest un vrai metier et il faut se battre pour le faire il n y a pas de la place pour tout le monde c est donc normal de ne pas pouvoir en vivre pour certains
    mais regarder un peu autour de vous la france est le seul pays a injecter autant d argent dans le theatre et de payer les salaires de comediens et techniciens pour des oeuvres qui seront vues par 10 personnes…
    vous avez choisi de vivre de ca et vous avez la chance de vivre dans le pays de la subvention alors arretez de vous plaindre et de croire que les theatres devraient defendre votre travail sans conditions
    et si les conditions des theatre ne vous conviennent pas ne les acceptez pas
    creez votre propre lieu
    ou barrez vous

  25. neau claude

    Tout ce qui est dit là est hélas notre sort tous .

    Malheureux que nous sommes , nous qui écrivons , qui créons , qui avons envie de bouffer de la scène avec nos « oeuvres » .

    Même le directeur du OFF d’Avignon m’avait dit un jour : »Malheureuse , n’allez jamais à Avignon , vous allez vous ruiner et …pour rien »

    Paris , j’ai déjà essayer les petits lieux : trop chers! Restent les brasseries où il y a un potin pas possible , les bars , et la RUE !

    La RUE , c’est sans doute notre avenir !
    claude neau

  26. hobbyeros

    On nous vante en permanence, des spectacles dit  » de qualité  » mais le produit correspond de moins en moins à l’étiquette. Tout ce qui a fait la gloire passée des théâtres et autres, repose sur des gloires passées.
    Les nouveaux comédiens sont de moins en moins à la hauteur, mais on cherche de plus en plus à imposer les nouveaux. Mais voilà la triste réalité vient du principe « kho lanta », ce n’est pas les meilleurs qui gagnent, qui tirent leur épingle du jeu. ça vous fait trois saisons et puis c’est fini.
    Mais on impose coûte que coûte.
    La recherche de la notoriété à n’importe quel prix, même si on est mauvais…..donc se déplacer il faut en avoir envie. Le théâtre est est au diapason du cinéma, la télé et de la musique. Tous les médias les journaux pour être « in » nous clament que c’est le spectacle le film ou le disque à acheter c’est grandiose etc… on achète, on se déplace, résultat c’est passable.
    Je vous rappelle que dans un autre ordre d’idée, à une époque, un présentateur, a fait des émissions qu’on arrête sur le champ, pas d’audience mais il revient avec un autre concept qui ne séduit pas et au bout de la troisième fois on nous l’impose. La recherche de l’argent à tout prix des comédiens devient indécent. Nous les voyons sur tous les fronts, même la publicité, pire encore, on nous bassine pour nous dire que telle voix c’est untel sur un doublage, comme si les têtes d’affiches étaient en manque d’argent. C’est tout cet écœurement qui fait déserté les salles. la télé et la presse ne vous rendent aucun service, avant le bouche à oreille suffisait. Maintenant les chanteurs eux même ne vendant plus sont de plus en plus présentateurs de télé, les artistes sont là pour mettre en valeurs les présentateurs (je vous rappelle que dans des temps passés on ne voyait jamais les Carpentier dans leurs shows du samedi soir, idem chez Guy lux, regardez Hanouna et Arthur en comparaison)
    Comment peut-on encore croire au théâtre, et spectacle quels qu’ils soient.Pour vous montrer l’état d’esprit du monde artistique, dans les années 80, tous misaient sur Jeanne Mas, au détriment d’une Mylène Farmer…..qui a mieux réussi, certainement pas celle que les médias en tous genres encensaient. Et pourtant nous subissions l’overdose permanente. Autre cas, on nous gonflent avec les coachs vocaux et autres disciplines. Qu’en reste-t-il de leur poulains ? Aucun ne perce, mais il parait qu’ils ont du talent.
    En clair, trop de tout tue le système. Il y a quelque temps la mode était à l’opérette, elle a disparue, il faut se mettre à l’évidence. Les fabricants de roues de charrette ont disparu avec l’automobile sans qu’on s’inquiète de leur sort, je ne veux pas être méchant, les générations qui arrivent préfèrent les ordinateurs, les jeux au détriment des arts plus nobles c’est ainsi, la génération du jetable en tout et pour tout.

  27. sauvage

    TOUTES les salles ne pratiquent pas la politique du minimum garanti…Incitez donc le public à aller dans celles-là… qui, elles tirent la langue pour essayer d’offrir des conditions à peu près décentes aux compagnies et peinent à survivre.

    1. Fabienne Alice Dubois

      Non pas toutes…Nous avons bien précisé « presque toutes »…Là est la nuance.
      Bien à vous,

  28. Fabienne Alice Dubois

    Cher Ep,

    De toute évidence, nous ne parlons pas du même sujet…Ce que vous considérez comme des « clichés » sont tout simplement de véritables témoignages de professionnels. Peut-être que vous ne connaissez pas la réalité de ce métier. Quant aux tarifs des chargés de diffusion cités, ils sont tout à fait réels. Ce sont des tarifs professionnels. Pour le Festival d’Avignon par exemple, ils peuvent être encore plus élevés.

    Bien à vous,

  29. Sonia Laget

    Il est vrai que ce système existe mais il faut savoir que personne vous oblige à signer. Et puis quand un spectacle ne marche pas il ne faut pas tout rejeter sur le théâtre il y a une part des comédiens et du spectacle, il n’y a pas de mauvais créneaux, ni de mauvais théâtre mais que des mauvais spectacles… Si un spectacle est bon nous pouvons gagner de l’argent sans même une prod…
    Je trouve que cette article est intéressant mais je le trouve très généraliser, dans ce metier rien n’est parfait et il y a aucune remise en question sur le comédien, le spectacle, la mauvaise com, car il y a des comédiens qui croit que tout est acquis, aucune remise en question et c’est très facile de dire que les théâtres sont les seuls responsable…
    Un théâtre coute cher, employés, loyer, charges et ce système qui n’est pas l’idéal je le reconnais permet aussi d’avoir des lieux afin de commencer à faire vivre un projet…
    Arrêtons de nous plaindre et il y a aussi des comédiens heureux et pas aigris

  30. Fabienne Alice Dubois

    Chère Sonia,

    Je pense que vous n’avez pas compris le sujet de cet article. A aucun moment, il n’est question de qualité de spectacle ou de prétentions d’artistes mauvais…

    D’ailleurs, la qualité d’un spectacle n’a rien à voir avec son succès, bien loin de là, mais c’est un autre débat. Il y aurait beaucoup à dire ! Mais le public est roi…

    Il est question ici de faire le point sur les conditions économiques réelles qui s’imposent aux artistes jouant dans les petits théâtres parisiens.

    Pour votre information, quand un spectacle marche bien et même dans une salle de 100 places (on parle toujours de petits théâtres comme l’indique le titre de l’article), il est bien difficile voire utopique de « gagner de l’argent », surtout quand on est plus de 2 sur scène, qu’il y a le minimum garanti et plus de 40% de taxes à payer.

    Aussi quand je parle de retour financier pour les artistes, je ne parle pas d’argent de poche mais de 507 heures payées…Enfin vous devez certainement savoir de quoi je parle.

    Bien à vous

  31. Tristan

    Les theâtres parisiens a l’ancienne sont pour la plupart conçus pour des nains , moi quand je vais
    au théatre j’ai les genoux qui me servent de repose menton, je suis pas bien et du coups la pièce m’emmerde .Créez de veritables troupes a l’ancienne, oubliez les promoteurs verreux, investissez ensemble dans des camions scenes, eclatez vous dans la nature…..c tellement plus beau et tellement vivant quand un/une comedien/ne tient aussi le rôle de la caissière !!!

  32. Sorlin

    Dans les faits, aucun théâtre n’assume les risques financiers inhérents au spectacle vivant car il n’a pas la maitrise du projet artistique (et donc aucune garantie de couvrir ses frais de fonctionnement).
    Il existe donc, trois types de couverture :
    Pour les théâtres subventionnés, le risque est couvert par les subventions.
    Pour les théâtres bénéficiant du fond de soutient, le risque est couvert par le fond de soutient et le producteur.
    Pour les théâtres réellement privés, le risque est alors couvert par le producteur du spectacle (c’est le minimum garanti).

  33. isaliza3@gmail.com

    Oui, la situation est complexe,
    mais bravo et merci à Fabienne, d’avoir le courage(pourquoi écris-je ça?), oui, il faut quand même du courage, quand on lis tant des commentaires lourds ou inconséquents des personnes qui d’évidence ne sont pas concernés.
    Je comprends très bien les Directeurs du Théâtres, mais il faut s’étonner, constater, analyser, dénoncer, pourquoi encore merci Fabienne, en parler on se sent un peu moins seul, un peu moins victime!
    Evidemment, de solution, je ne la vois pas, je pense qu’il y’en a pas, que c’est peut-être encore le meilleur des systèmes .C’est quand même ce système là qui permets (encore), la diversité, singularité ,(j’espère), une richesse esthétiques.Une liberté de création.Sourire.
    Singularité, liberté, diversité, ce n’est pas vraiment dans le gout du temps qui va plutôt vers le nivellement (par le bas!) .
    Merci pour ton article, Fabienne!

  34. Imago

    C’est simplement la loi de l’offre et de la demande qui s’applique. La responsabilité n’incombe ni aux théâtres, ni aux écoles, ni aux compagnies ni à l’état. Elle incombe au désir irrépressible et puissant de vouloir créer un spectacle, parce que c’est l’expression de son être intérieur, de son âme. Les énergies fondamentales de l’être humain, que ce soit la création, l’expression des émotions, le désir, la volonté, les valeurs ou le courage sont utilisées par le système économique selon les règles du libre-échange et du laisser-faire. Là où il y a des acheteurs, il y a des vendeurs. Vous pouvez payer 150 euros pour vous faire fouetter 30minutes par une personne toute de cuir vêtue si vous le voulez. Et si personne ne le veut plus, plus personne ne proposera ce service. Vous voulez vous exprimer, donnez vos infos à Facebook comme paiement et vous pourrez assouvir cette envie. Nos énergies sont la base de notre vitalité et de notre force et elles sont confisquées par une chaîne qui mène toujours aux mêmes personnes et creusent toujours plus les inégalités. Le schéma rapidement sur ce sujet donnerait :
    Les aspirants payent pour apprendre à jouer – les écoles lancent des comédiens sur le marché et payent des profs (comédiens qui arrondissent leurs fins de mois) – Les compagnies payent pour jouer – les théâtres payent leurs loyers, frais et employés à l’année grâce aux compagnies (pas au public) – les propriétaires immobiliers encaissent cet argent – l’état encaisse de quoi payer le système social qui ne sert qu’à quelques uns.
    Conclusion : il n’y a pas assez d’argent dans la boucle pour qu’il revienne jusqu’au artistes qui sont à la base de la chaîne. Leur désir de jouer étant plus fort que leur besoin de survivre, ce système se retrouve conçu pour assouvir ce désir. Ils sont clients, non prestataires. Mais rien n’empêche d’essayer de nouveaux modèles. La difficulté réside au départ dans le fait que tout le monde veut jouer et que personne ne va au theatre.
    Même beaucoup de comédiens rechignent à aller au theatre, c’est pour dire^^ c’est triste d’ailleurs. J’adore y aller moi-même.
    Donc soit l’état intervient et il pratique une politique favorable aux compagnies (création d’un statut de compagnie pour remplacer le statut associatif inadapté, permettant de rémunérer les artistes si la base de la somme réelle perçue hors sacem, sacd, location de salle et autre joyeusetés) qui permettra au moins lorsqu’un peu d’argent rentre de le donner légalement et avec sécurité aux artistes. Ou bien ce système du laisser-faire est encore un moindre mal, puisqu’il permet d’exprimer son art. Comme le peintre paye une toile pour peindre, le comédien paye une scène. Vendra t-il sa toile ? Vendra t-il sa pièce ? En tout cas il peint, et il joue, sans pouvoir s’arrêter, tant qu’il y a de l’huile sur les pinceaux et tant que son boulot alimentaire de l’écœure pas.
    En attendant les insultes des internautes je vais me lire un Shakespare pour me détendre.

  35. sébastien azzopardi

    Bonjour à tous,

    En préambule, je voudrais vous remercier d’avoir écrit cet article et ouvert ce débat. Bien sûr, l’article est orienté, mais il témoigne d’un ressenti vrai et de pratiques bien réelles. Mais je voudrais dire aussi combien, à la fois, les petites salles et les jeunes compagnies sont importantes dans le monde théâtral d’aujourd’hui. Car elles participent à l’émergence de notre métier. L’émergence de jeunes comédiens qui ont besoin de se confronter au public, de jeunes metteurs en scènes, de jeunes auteurs, de jeunes scénographes, créateurs costumes, lumières, etc.
    Ne croyez pas que les grandes salles (et je parle en connaissance de cause) accordent leur confiance spontanément à tous ceux qui sortent de formation. Il faut bien faire ses armes, comme on dit. Dans le monde de l’entreprise « traditionnelle », on ne compte plus le nombre de stages non rémunérés pour les jeunes qui tentent de trouver du travail.
    Il faut savoir pourquoi on décide de faire telle ou telle chose. Combien de tableaux peints gratuitement le peintre doit il composer dans sa chambre de bonne, avant d’espérer être exposé et vendre sa première toile? Combien de livres doit-on écrire avant de publier son premier roman? Combien de courts-métrages non rémunérés doit-on réaliser avant de tourner son premier film? Le monde de la création est un monde à part.
    Avant de monter des spectacles dans des grandes salles, j’ai joué dans des petites salles de quartier, pour presque rien. Puis j’ai monté ma compagnie, j’ai rencontré des comédiens, je me suis battu, c’est vrai, à tous les postes, caissier, régisseur, constructeurs de décor, comptable, administrateur, diffuseur, commercial, j’ai collé des affiches, j’ai distribué des tracts, j’ai remplacé des rôles au pied levé, car untel ou unetelle « décrochait » un film ou une pub et qu’il fallait bien le laisser partir puisqu’on ne lui garantissait pas de cachet. Bef, j’ai appris mon métier. Aujourd’hui, je peux dire que je dirige un grand théâtre en connaissant parfaitement tous les postes.
    En gravissant les échelons, j’ai entrainé avec moi mes comédiens et mes équipes techniques. Tous d’ailleurs n’étaient pas des « jeunes » qui sortaient de cours. Certains « emplois » mettent du temps à murir et il faut bien pratiquer son art en attendant que la chance veuille bien tourner.
    Evidemment, le modèle économique des salles de moins de cent places est particulièrement précaire. Il est tout simplement impossible d’y respecter les conventions collectives, à moins d’être subventionné.
    Alors, quel choix s’offre à nous? Si on demande à ces salles et à ces compagnies de respecter la loi et de payer tout le monde, toutes les petites salles vont fermer les unes après les autres. Il n’y aura plus de jeune compagnie et tous ceux qui rêvent de pratiquer leur métier en sortant de cours d’art dramatique se retrouveront non seulement au chômage, mais sans l’espoir de pouvoir « se montrer » et murir au contact du public.
    Ce serait les premiers échelons de notre métier qu’on scierait et l’émergence de nouvelles générations d’artistes se retrouveraient freinée comme jamais. Les jeunes artistes se tourneraient vers la création de vidéo sur le net (travail encore gratuit, mais ça ne choque encore personne, et là aussi, il faut investir, non pas dans un minium garanti, mais dans une caméra, un logiciel de montage, du matériel pour le son, enfin, si on veut bien faire les choses)
    Voulons nous fermer la route de nos théâtres aux jeunes artistes? Alors, évidemment, je ne cesse de conseiller à toutes ces compagnies de prendre garde aux conditions de leur contrat, de ne pas signer n’importe quoi, car il y a bien des filous dans ce monde, comme dans plein d’autres mondes. Il faut juste savoir pourquoi on fait les choses. Il ne faut pas être naïf en pensant que le public viendra tout seul parce qu’on a le meilleur spectacle du monde. Mais on ne fait pas un comédien avec 3 ans de cours. On ne devient pas un auteur brillantissime du jour au lendemain. Tout ceci est un long apprentissage qu’il faut accepter. Et il faut surtout faire des rencontres, se montrer, constituer un réseau.

    je vous souhaite à tous du courage, de la persévérance, de l’inspiration, de l’imagination et du bonheur sur les planches,

    Sébastien Azzopardi

  36. Aurore

    Salut, c’est une bonne description de la réalité du spectacle, pourtant, je ne peux laisser dire qu’on ne s’interroge pas sur le salaire des chargés de diffusions, d’administration, des techniciens… En réalité ces métiers de l’ombre sont tout aussi mal payés et avec les mêmes raisons douteuses que l’on peut entendre sur les artistes. Combien de fois j’ai eu les histoires de chargés de diffusions qu’on refusait de payer parce qu’il n’arrivait pas à décrocher un contrat. C’est bien facile alors d’oublier tout le travail de recherche en amont, combien de contacts, de coups de téléphones, de mails, de déplacements pour avoir un tout petit contrat. Mais c’est souvent plus facile d’oublier le travail qui ne se voit pas. Combien d’administratifs ne comptent pas leur heures pour faire entrer dans les budgets, se battre avec les institutions, tenter de gagner quelques euros de plus sur des subventions, ou juste passer des heures à faire des dossier qui ne seront pas forcément lus. Combien de techniciens ont laissé de côté leur paye pour aider un projet qui artistiquement leur tenait à coeur. Combien de théâtre ne les rémunèrent pas à leur juste valeur et les couvre entièrement sur tous les risques… On oublie aussi de dire que le régime de l’intermittence crée une division entre les artistes et les « autres », en étant soit-disant plus favorable aux artistes qu’aux techniciens. C’est vrai pourquoi ceux de l’annexes sont payés à l’heure, quand ils sont payés, et ceux de l’annexe 10 sont payés au forfait (cachet), encore une fois quand ils sont payés, parce qu’effectivement, ça n’arrive pas si souvent. Pourquoi les taux sont différents? Peut-être qu’il est temps de nous unir, de faire comprendre la réalité entière du spectacle, de la multiplicité des métiers qui sont nécessaires aux uns et aux autres, et de nous battre pour que cela change, de faire reconnaître nos droits. Ce sont des métiers comme les autres, nous avons le droit de vivre de nos métiers.
    Pardon pour ce texte un peu long.

  37. gilles faudot bel

    Les problémes ..? On les connait.
    Mais les solutions…?
    Je n’en vois qu’une..(un peu utopiste)..créer des coopérativeso d’artistes et acheter des salles..!Seule maniére d’échapper au systhéme.

  38. Godillot bunny

    Tout ceci est absolument vrai. Je peux en parler ayant monté ma compagnie il y a 3 ans pour avoir un outil de création indépendante. En fait d’indépendance, j’y ai perdu la mienne, ayant travailler jour et nuit depuis lors, vendu beaucoup d’affaires personnelles pour vivre, ayant suivi une longue formation pour  » savoir faire  » tous les métiers qui ne sont pas le mien mais qu’il est impossible de payer.
    J’ai travailler aux Déchargeurs, qui est un lieu que j’adore et j’ai rempli la salle en y travaillant sans relâche et parce que j’ai eu une presse extraordinaire.
    Bilan des comptes en ma faveur au bout des 2 mois: 71€ pour le compte de la compagnie.
    Et impossible de continuer malgré la demande , puisque impossibilité de discuter d’un nouvel accord plus équitable … Que de la fatigue et des larmes pour pleurer, malgré le succès et la demande publique !

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