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Face B : La tendance symphonique chez les artistes de variété

Face B : La tendance symphonique chez les artistes de variété

25 janvier 2013 | PAR Marie Charlotte Mallard

Pour beaucoup, Orchestre Symphonique rime avec musique classique, mais également avec archaïque, aristocratique, lymphatique, et même parfois ..…. vieille bique…. Et oui, malheureusement, en matière de musique instrumentale les préjugés et stéréotypes ont la peau dure. Néanmoins, force est de constater que depuis quelques années, la tendance est au symphonique chez les artistes de variété, les amenant eux autant que l’orchestre, là où on ne les attendait pas. Aussi une question se pose : le symphonique, véritable envie artistique, désir de montrer une  face B ou atout et concept commercial avant tout ?

Si la tendance à mêler symphonique et musique populaire existe depuis toujours de façon locale ou et régionale, ce n’est que depuis les années 2000 et particulièrement depuis 2010, que l’orchestre fait son entrée aux côtés des artistes sur les grandes scènes de spectacle. En effet, depuis quelques temps on ne compte plus les stars nationales comme internationales, qui font appel à un orchestre symphonique pour rééditer leurs titres comme pour les accompagner sur leurs tournées. Certains tentent même de faire le show, en se prêtant le temps d’un morceau ou d’une introduction, à la direction.

 

photo: david le deodic

Sting, Calogéro, Kylie Minogue, Patricia Kaas, George Mickael, Roch Voisine, Elton John, Jonnhy Halliday, Sylvie Vartan, Peter Gabriel, Scorpion, Nightwich, Metallica, Laurent Voulzy, Indochine, Kiss, Portishead, Julien Clerc, Noa, Abd al Malik, et même Joe Dassin (dont les titres ont été par la magie de la technologie  remasterisés avec un orchestre symphonique en 2010), la liste est longue et ne cesse de s’allonger. En effet, depuis 2010 Christophe Mae clame vouloir travailler avec un orchestre symphonique, projet qui serait actuellement en préparation. Plus récemment, l’orchestre a même été utilisé pour la très populaire émission Danse avec les stars sur TF1. Aussi,l’on s’interroge :  à quoi tient donc cette tendance à s’offrir un symphonique ? Est-ce simplement pour le côté chic et choc de l’évènement, booster les ventes d’un énième best-of, remplir les salles en faisant mine de s’offrir au public autrement, ou bien s’agit-il d’une réelle démarche artistique, d’un désir d’offrir à son répertoire une autre envergure, d’une ouverture nouvelle, ou d’une envie de décloisonnement ?

 

Metallica album S&M 1999

Les premiers artistes à s’être illustrés avec un symphonique sont principalement issus du Rock : Moody Blues en 1967 avec l’album Days of Future Passed, Deep Purple en 1969 avec Concerto for groupe& orchestra, ou encore les Pink Floyd avec l’album, Atom Heart Mother en 1970. A la différence de la tendance actuelle, il s’agissait là de créer une œuvre entière et inédite autour de la fusion des deux genres musicaux. Bien plus tard, Metallica en 1999 (avec l’orchestre symphonique de francisco) et Scorpion en 2000 (avec le prestigieux philharmonique de Berlin) reprendront le concept, à la différence qu’ils adapteront et surtout, amplifieront leurs titres de l’aura symphonique à l’occasion de tournées évènements. Néanmoins, on note pour chacun d’eux la volonté de créer autre chose, un autre univers, notamment par l’élaboration de préludes monumentaux et de titres inédits tel No leaf clover pour Metallica, et Cross Fire pour Scorpion, morceau entièrement instrumental mêlant avec génie instrumentation classique et guitares électriques. Pour bon nombre de musiciens classiques ou avertis, la collaboration entre Rock et musique classique n’a rien d’incongrue ni même de commerciale. En effet, de nombreuses études universitaires musicologiques montrent que du point de vue de la composition comme de l’instrumentation, les univers sont proches. Le meilleur témoin étant l’usage de la basse continue comme véritable pilier rythmique et instrumental. On parle d’ailleurs dans certains cas de Rock ou de Metal symphonique.

 

photo-stephane-guiochon

Si l’alliance Rock et symphonique trouve donc sa légitimité, il en va tout autrement pour ce qui est de la variété. Pour beaucoup, cela semble être l’occasion de ressortir une fois encore leurs titres vieillissants, avec la prétention de les rendre plus nobles, plus élégants et brillants, de redorer leur image auprès du public et de faire revivre la magie de la découverte. En effet, peu de créations, peu d’enrichissements, mais une adaptation basique de la partition, grossissant simplement les harmonies en dispatchant les différentes parties, dans les différents pupitres de l’orchestre, ayant pour seul effet  de donner plus d’ampleur et de corps à la chanson. Si la tentative de Calogero lors de sa tournée symphonique en 2011 apparaît timide, on note un véritable effort de composition et d’arrangement, exploitant les multiples possibilités de chants, contre-chants, et de variations thématiques classiques. En revanche, celle de George Mickaël, symphonie orchestral tour, également en 2011, ne convainc pas. L’orchestre ne fait que rejouer les partitions originales, à tel point qu’on en oublierait presque qu’il est là ! Outre, l’aspect composition, on remarque également que bien souvent, l’appellation symphonique n’est en fait justifier que par l’utilisation d’instruments classiques à effectif réduit, de petites structures composées d’une quarantaine de musiciens, essentiellement cuivres et cordes.

Au final,  seuls les artistes issus de la culture rock ou de la musique un peu plus underground tel le trip hop de Portishead, semblent avec l’utilisation du symphonique vouloir montrer une véritable Face B de leur travail et de leur musique. Pour le reste, entre opération marketing et caprice de stars ou snobisme nous ne savons vraiment que choisir, mais une chose est sûre: tous semblent voir dans cette pratique, une véritable consécration ainsi qu’un anoblissement de leur musique.

Visuel Une: Dudamel-Berlin-Pleyel-2012–©Jlien-Mignot-Salle-Pleyel

 

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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