« Rigoletto » le fou de Claus Guth à l’Opéra Bastille.

18 avril 2016 Par David Rofé-Sarfati | 1 commentaire

L’opéra national de Paris n’avait pas accueilli de Rigoletto depuis la production de Jérôme Savary, en 1996. Nous attendions avec impatience la création du metteur en scène allemand Claus Guth,

Lorsque, pour raconter une des plus tragiques histoires de malédiction, il décide de nommer son opéra Rigoletto et non pas par le titre de la pièce de théâtre de Victor Hugo « Le roi s’amuse » dont elle assurera par cette adaptation une deuxième vie alors que dès la première représentation elle fut proscrite, comme maudite elle-même, non pas non plus par le premier titre choisi : la malédiction, Verdi avait compris que Victor Hugo voulait ajouter là à Quasimodo, ou Gwynplaine un personnage dérangeant et burlesque, un personnage difforme et apte, parce qu’il est au limite de l’humain à nous expliquer l’humanité.

Le poète se doit de choisir non dans le beau, mais dans le caractéristique, écrivait Hugo. En cela le Rigoletto qui nous est offert cette saison à l’Opéra Bastille a certainement cherché ailleurs que dans la difformité physique l’intention du caractéristique. Le versant de la lecture sociale chère à Victor Hugo est mieux respecté. Il a perdu sa bosse, ce fou du roi qui s’écroule sous les railleries de la noblesse. La malédiction du physique ne s’ajoute plus mais se supplée à la malédiction du sociétal pour la remplacer. Ce Rigoletto est la matière autant que le principe tragique et lourd d’une société qui veut se berner dans une légèreté extrémisée. Le retournement de la moquerie sur le fou du roi est radicale, et à l’emphase de son drame répond les boursouflures pathétiques d’une société vaporeuse et superficielle de notables.
Le Rigoletto de Guth est dans ce clivage et il se joue dans une boite. Dés le prélude, le double en haillons de Rigoletto est devant nous à fouiller dans une boite et à y sortir pour l’étreindre la robe tachée de sang de la scène finale. Le décor lui-même est une gigantesque boite dont les cotés s’ouvrent et se referment dans un effet scénique réussi. Cette boite convoque la boite de pandore chargée des démons libérés par la malédiction qui s’abat sur Rigoletto piégé par la faute du Duc, et dans un même mouvement le motif du double ajoute à cette boite une autre dimension où le  dispositif scénique nous donne à ressentir le flan délirant du bossu. Rigoletto vit dans un monde fermé emprisonné dans une boite avec son propre double. Sans aucune division psychique il ne se pense plus, ne s’articule plus. Chez Guth Rigoletto est fou par une littéralité consubstantielle. Il délire et avec lui son environnement qui touche au rêve. Rigoletto rêve et le monde devient hors du commun. L’escalier est celui de West Side Story ou des revues parisiennes. Lecture légitime de Guth tant le personnage est condamné à la mort par une identification folle à son emploi social, et par sa réponse fatale et démesurée aux événements qui se constitue dans sa moquerie autant, et doublement, dans le renversement sur lui-même de cette moquerie.
Ce biais choisi ne pourra pas rencontrer toutes les adhésions. Toutefois, la mise en scène est esthétiquement envoûtante. Toutefois, Claus Guth aura réussi à pousser jusqu’au bout sa lecture d’un Rigoletto psychotique. S’il y a beaucoup à en dire il invite à comprendre et à réfléchir différemment le drame de cet infanticide trempé dans le bain halluciné de l’inceste.
L’orchestre joue en retrait. La légèreté fantoche et pathétique des notables ira jusqu’à prendre forme en une étrange scène digne des folies bergères qui ne lasse pas de déranger. Il n’empêche. La lecture est nouvelle, le livret est honoré et notre joie est au rendez vous. Quinn Kelsey est un profond et magnifique Rigoletto. Olga Peretyatko offre tout son talent à cette Gilda naïve légère et évanescente.

 

 

Credit Photos © Éléna Bauer / OnP + Affiche

Musique Giuseppe Verdi Livret Francesco Maria Piave
D’après Victor Hugo, Le Roi s’amuse
En langue italienne
Direction musicale Nicola Luisotti
Pier Giorgio Morandi 14 > 30 mai Mise en scèneClaus Guth
Il Duca di MantovaMichael Fabiano 9, 11, 14, 17, 23, 26 avril, 2, 5 mai
Francesco Demuro 20, 28 avril, 7, 10, 14, 16, 21, 24, 27, 30 mai RigolettoQuinn Kelsey 9, 11, 14, 17, 23, 26 avril, 2, 5, 10, 16, 24 mai
Franco Vassallo 20, 28 avril, 7, 14, 21, 27, 30 mai GildaOlga Peretyatko 9, 11, 14, 17, 23, 26 avril, 2, 5, 10, 16, 24 mai
Irina Lungu 20, 28 avril, 7, 14, 21, 27, 30 mai SparafucileRafal Siwek 9, 11, 14, 17, 23, 26 avril, 2, 5, 10, 16, 24 mai
Andrea Mastroni 20, 28 avril, 7, 14, 21, 27, 30 mai MaddalenaVesselina Kasarova GiovannaIsabelle Druet Il Conte di MonteroneMikhail Kolelishvili MarulloMichal Partyka Matteo BorsaChristophe Berry Il Conte di CepranoTiago Matos La ContessaAndreea Soare Paggio della DuchessaAdriana Gonzalez Usciere di corteFlorent Mbia
Décors Christian Schmidt Costumes Christian Schmidt Chorégraphie Teresa Rotemberg Lumières Olaf Winter Dramaturgie Konrad Kuhn Vidéo Andi A. Muller Chef des ChoeursJosé Luis Basso
Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris

Surtitrage en français et en anglais


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

COMMENTAIRES:

  1. BAAN

    Bonjour,
    Je suis allée voir Rigoletto avec mon père le dimanche 17 avril après-midi
    D’un commun accord nous n’avons ni l’un ni l’autre accroché ni sur la décoration ni sur la mise en scène.
    Lors de l’entracte les mêmes commentaires ressortaient, froideur et inconsistance des 2 réunis.
    Dommage cela a gâché un peu notre plaisir, ne laissez pas trop les les interprétations libres qui dénaturent l’oeuvre originale

Laissez un commentaire: