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Aria Da Capo : le quatuor pour adolescents mélomanes de Séverine Chavrier joue à l’Athénée

Aria Da Capo : le quatuor pour adolescents mélomanes de Séverine Chavrier joue à l’Athénée

30 octobre 2021 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 31 octobre, la création mélomane et poétique sur un quatre adolescents créée au Festival Musica en septembre 2020 par la directrice du CNDO, Séverine Chavrier, est à voir au Théâtre de l’Athénée.

Un quatuor de grâce mélomane

Ils sont quatre adolescents entre 14 et 17 ans, mais quand ils enfilent des masques de vieux ou parlent de musique classique, Areski, Guilain, Adèle et Victor ont plus de souvenirs que s’ils avaient mille ans. Leurs instruments ? (Deux) piano(s), trombone, violon et basson. Un quatuor atypique, donc et capable de transcender la forme classique 19e de la chose.

Une fois les ballons en baudruche de l’avant-scène dépssés, ce sont deux grands bocaux baignés de lumière cinématographique et une arrière-salle suggérée en forme de chaises de pupitres qui accueillent les émois trainants et les chamailleries encore enfantines de ces wunderkinder qui s’inventent une vie sexuelle avec des mots crus, qui slaloment entre Bach (le fameux « aria da capo » des Variations Goldberg), Elgar et Louis Armstrong, qui détestent la chanson française et qui fument ou crapotent plus que de raison des joints lascifs.

Beauté et romantisme de l’adolescence

Lascifs, ces adolescents baignés d’une somptueuse lumière le sont, souvent allongés, à temps toniques et crapahutant, mais toujours avec un besoin de tout commenter dans une fureur extatique et métaphysique. Il y a deux parties ou deux tableaux dans cette fresque où les angles de la caméra souvent portée par les membres du quatuor permet aussi bien de les scruter que de les laisser s’échapper. Il y a deux parties, mais un seul bain métaphysique, où coule une esthétique somptueuse et très séduisante. Il y a du Philippe Garrel aussi bien que du Cocteau dans cette jeunesse cruelle, mélomane et un peu désœuvrée, malgré l’astreinte du conservatoire et de leurs instruments.

Malaise dans une métaphysique plaquée

C’est beau donc, avec ce quelque chose qui tente de toucher au cœur de cette grâce des possibles qu’ouvre l’adolescence, quelque chose de rare et de précieux que les quatre jeunes acteurs et musiciens délivrent avec générosité. Mais – et c’est un grand mais- l’on reste sur une sensation de malaise, comme si au cœur de ce dispositif, des mots étrangers, malins certes, mais d’adultes qui se veulent jeunes, avaient été plaqués comme des barreaux sur le corps et les visages des ados. On nous dit que le texte a été écrit par ceux qu’on voit sur scène et il y a pourtant une sorte de décalage… S’il est souvent bien tressé, le vocable sonne très « années 1990 », les épisodes du confinement ou de #meetoo semblent ajoutés par bribes artificielles, de même que les portables ou les « réseaux sociaux », évoqués ou montrés aux écrans sporadiquement, alors qu’on sait bien comment nos ados s’y engouffrent avec une passion dévorante, même en compagnie… Aux antipodes peut-être voulue du théâtre documentaire, cette parole qui semble imposée ne convainc pas. Elle crée même cet impossible : le charme désuet des singes savants.

Restent la beauté insolente de la scénographie et la musique, quand le commentaire s’arrête où l’on espère que les quatre acteurs, répondant merveilleusement à la commande faite, ont su glisser les fragments cachés de leur vraie colère contre un monde dressé pour eux par des adultes qui veulent rester éternellement jeunes.

Aria da Capo, Mise en scène Séverine Chavrier, Texte Guilain Desenclos, Adèle Joulin, Areski Moreira, Avec Guilain Desenclos, Victor Gadin, Adèle Joulin, Areski Moreira, Création vidéo Martin Mallon, Quentin Vigier, Création son Olivier Thillou, Séverine Chavrier, Assistante son Naïma Delmond, Création lumières et régie générale Jean Huleu,Scénographie Louise Sari, Costumes Laure Mahéo, Arrangements Roman Lemberg, Construction du décor Julien Fleureau, durée: 1h45.

visuels (c) Louise Sari

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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