L’art (particulier) de la fête par Paulo Ribeiro

9 décembre 2016 Par
Araso
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Ce soir au Théâtre National de Chaillot se donne la dernière représentation d’une fête d’un genre particulier. Inspirée de la culture brésilienne, La Fête (de l’Insignifiance) célèbre la langueur tropicale et l’hédonisme sur fond de musique expérimentale. Un concept qui fait son chemin, non sans heurter les oreilles sensibles et rencontrer quelques impasses. 

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Décembre, Paris est polluée, il fait froid, la nuit tombe à 16h: l’idée de passer presque une heure trente au soleil a de quoi séduire. Et du soleil il y en a dans ce spectacle de Paulo Ribeiro. Les dix danseurs en jeans, top, shorts, robes unis dans des couleurs vives (verts d’eau, bleu France, rouge sang, jaune soleil, kakis d’été) chatoient sous des spots en camaïeux de fluo. Ils se déhanchent le sourire aux lèvres dans les gradins où le public s’installe, avant de rejoindre le plateau une fois les lumières éteintes. Le tableau est un dialogue entre Gauguin et Matisse. Le tout s’annonce réjouissant. Derrière les projecteurs, deux musiciens jouent percussions et guitares en live.

Ce qui s’annonce plein de bonnes intentions tourne malheureusement assez vite court. Le double parti-pris, chorégraphique et musical passe mal. On s’agace de la musique de Tom Zé tout en cris et dissonances, on s’ennuie sur Ben Harper. Une partie du public n’hésite pas à quitter la salle. Dans le même temps, la chorégraphie stagne. A de rares exceptions près, les dix danseurs sont présents ensemble sur le plateau. Les toiles matissiennes se muent en tableaux insipides. Les propositions, pas toujours esthétisantes, ne vont pas jusqu’au bout. On partouze à demi dévêtu et on s’embrasse sans se toucher. Pourquoi pas, mais surtout pourquoi, brûle-t-on de demander. La feuille de salle mentionne «l’ironie sarcastique avec laquelle Ribeiro (dé)construit ses thèmes tragicomiques et existentiels». On retiendra qu’à sur-jouer la carte des détournements et des sens contraires (entre parenthèses), on finit par ne plus savoir du tout de quoi on parle.

Et pourtant des moments de grâce et de bonne humeur parviennent à sauver ce pari artistique pas toujours tenu. Ainsi, les bulles d’air créés par une Teresa Alves da Silva pétillante qui interpelle le public percent agréablement le malaise. Dans un sursaut du dernier quart d’heure, l’ultime appel à la participation de la salle laisse Chaillot debout et sautillant. Il s’en est fallu de peu.

Visuel © José Alfredo

La Fête (de l’insignifiance) de Paulo Ribeiro au Théâtre National de Chaillot les 7,8 et 9 Décembre 2016.