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Arnaldo Pomodoro, un artiste à l’image de la ville de Milan : innovant et fier de son passé !

Arnaldo Pomodoro, un artiste à l’image de la ville de Milan : innovant et fier de son passé !

09 décembre 2016 | PAR Magali Sautreuil

À l’occasion des 90 ans de l’artiste, la ville de Milan a décidé de mettre à l’honneur Arnaldo Pomodoro, un homme qui lui ressemble. Du 30 novembre 2016 au 5 février 2017, une grande rétrospective lui est donc consacrée dans toute la cité. Au fil de ses œuvres, vous explorez également la richesse de Milan. Vous constaterez que cet artiste italien majeur d’après guerre, reconnu dans le monde entier, est l’homme d’un seul credo.

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© Eredi Ugo Mulas

Qui est Arnaldo Pomodoro ?

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Arnaldo Pomodoro © Nicola Gnesi, fondation Henraux.

Né le 23 juin 1924 dans le petit village de Morciano di Romagna, au Nord-Est de l’Italie, Arnaldo Pomodoro est le fils d’une brave couturière. Par le plus grand des hasards, son nom de famille lui sied comme un gant : il est roux et s’appelle « tomate » (« Pomodoro »).

Il aurait pu vivre paisiblement dans son petit village. Mais la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) changea la donne. À la fin du conflit, il se voit confier la reconstruction des bâtiments civils de la ville voisine de Pesaro en tant qu’ingénieur civil. La vision de pans de villages entiers détruits par les bombardements a dû profondément frapper son imaginaire.

C’est d’ailleurs à Pesaro que Pomodoro s’initie à la création artistique dans un atelier d’orfèvrerie. Il commence donc par créer des petits bijoux avant de s’orienter vers des sculptures plus monumentales.

En 1955 sont exposées ses premières sculptures à la galleria del Naviglio à Milan. C’est le début d’une longue idylle entre la cité milanaise et l’artiste.

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Carte d’Italie avec les villes de Marciano, Pesaro et Milan © Google Map

L’année suivante, Pomodoro s’envole vers de nouvelles destinations qui l’emmèneront aux quatre coins du monde.

En 1963, il participe à la Biennale de Sao Paulo au Brésil, où il reçoit le prix international de sculpture. Mais il faut attendre l’exposition universelle de Montréal en 1967 pour qu’il obtienne une reconnaissance internationale.

À partir de là, ses œuvres voyageront dans le monde entier, y compris à Paris, où elles ont été, entre autres, exposées dans les jardins du château de Versailles et du Palais Royal à Paris (2002).

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Des oeuvres qui voyagent © Magali Sautreuil, fondation Pomodoro

Homme du monde, Arnaldo Pomodoro a également enseigné l’art dans plusieurs universités étatsuniennes comme celles de Stanford, de Berkeley et le Mills College.

En 1999, il inaugure sa fondation à Milan, qui devient un lieu de référence pour l’exposition d’art contemporain.

Le choix de Milan n’est guère étonnant. Il fallait une ville dynamique, fier de son passé, mais aussi tournée vers l’avenir et vers le monde, pour accueillir un homme aussi libre d’esprit et à l’imaginaire puissant qu’Arnaldo Pomodoro.

L’art d’Arnaldo Pomodoro

Citoyen du monde, c’est lors d’un voyage à New-York, que Pomodoro découvre les œuvres de Constantin Brancusi au Museum of Modern Art. Pour Elles symbolisent pour lui la perfection, une perfection qui lui semble impossible d’atteindre, mais qui ne souhaite pas non plus imiter. Il manque à ces sculptures un peu trop lisses un soupçon d’âme.

Ce qui l’intéresse, ce sont les entrailles de la matière, ses imperfections, ses faiblesses, ses rouages intérieurs, ce que l’on ne peut pas voir, mais seulement deviner. Cette exploration, ce voyage à l’intérieur de la matière, l’invite à découvrir un espace infini. Mais pour pouvoir y accéder, il faut casser ses formes parfaites, dynamiter la matière. Cela n’est pas sans rappeler Lucio Fontana et ses œuvres aux surfaces lacérées.

De l’extérieur, ses sculptures comportent des aspects lisses, de manière à pouvoir se fondre dans leur environnement et investir l’espace. Elles doivent magnifier le lieu qui les accueille.

À l’intérieur, elles renferment tout un monde que Pomodoro a traduit dans son propre langage. Inspirés de l’écriture cunéiforme, ses glyphes, qu’on ne saurait déchiffrer, se retrouvent dans toutes ses œuvres.

Le principe est que ce qui se cache à l’intérieur des hommes et de la matière vient affleurer en surface. Commence alors un jeu entre ce qui est apparent et ce qui est caché, à l’instar de l’homme qui endosse plusieurs masques en fonction des circonstances sans jamais révéler qui il est vraiment.

Mais le langage universel employé par Pomodoro ne ressemble pas uniquement à des écritures ou des gravures primitives découvertes lors de ses voyages au Méxique (Aztèques) et en Égypte. Il revêt également l’aspect de mécanisme. Cela relève peut-être de sa fascination pour les machines et la technologie. Selon lui, les scientifiques sont ceux qui sont le plus à même de percer les secrets de la matière.

Dans ses œuvres, seules changent donc les formes et les échelles. Ses réalisations passent du minuscule au monumental et vice-versa.

Autre point commun à la plupart d’entre elles : l’usage du bronze doré. L’utilisation de ce précieux matériau renvoie à sa formation d’orfèvre et confère de la valeur à ses œuvres.

En 1963, il réalise ses premières sphères. La plus célèbre d’entre elles est la « Sfera con sfera » qui se dresse sur le cortille della Pigna du Vatican.

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« Sfera con sfera », Vatican

Ses recherches sur la spatialité l’amèneront par la suite à s’attaquer à d’autres formes géométriques.

Itinéraire Pomodoro

Accessible à pieds ou à vélo, vous pourrez partir à la découverte des œuvres de l’artiste et, par la même occasion, de la ville de Milan durant toute l’année 2017.

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Itinéraire « Pomodoro » à Milan

En ce moment et jusqu’au 5 février 2017 se tient une exposition sur les bijoux italiens du XXème siècle à la maison-musée Poldi Pezzoli, au numéro 12 de la Via Manzoni. Cette exposition retrace 90 ans de création italienne à travers 150 œuvres, dont 4 ont été réalisées par Pomodoro. Reconnaissable au premier coup d’œil par la présence de ces fameux « glyphes », vous ne pourrez pas les manquer.

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Bijoux d’Arnaldo Comodoro exposés au musée Poldi Pezzoli © Magali Sautreuil

Le fait que cette exposition se tienne dans cette maison-musée n’est pas une simple coïncidence, puisqu’Arnaldo Pomodoro a conçu la muséographie de sa salle d’armes en 2000. Pensée de manière très théâtrale, elle révèle un sens aigu de l’esthétisme et une réelle sensibilité de son environnement par l’artiste.

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Salle d’arme du musée Pezzoli conçue par Arnaldo Comodoro © Walter Carrera

Vous pourrez davantage apprécier son activité relativement peu connue de scénographe en vous rendant à l’étage. En effet, à l’occasion de la parution d’un livre sur le théâtre sculpté de Pomodoro, 16 maquettes des 21 mises en scène qu’il a réalisées pour des théâtres italiens sont présentées. Mais l’artiste, conformément à la vision globale qu’il a de ses œuvres, ne s’est pas arrêté simplement au décor, mais a aussi conçu les costumes, dont on peut admirer les planches.

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Maquette réalisée pour « Semiramide » de Gioacchino Rossini joué au théâtre de l’opéra de Rome en 1982 © Magali Sautreuil
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Maquette pour la « Tempête » de William Shakespeare jouée au centre culturel della Zisa de Palerme en 1998 © Magali Sautreuil

Noter au passage qu’il existe tout un circuit de visite consacré aux maisons-musées dans Milan. Ne passer à côtés de la richesse de ces collections privées désormais ouvertes au public.

Les banques ne sont pas en reste et recèlent aussi de nombreuses œuvres d’art. C’est d’ailleurs à l’intérieur de l’une d’entre elles que se dresse une des œuvres de Pomodoro. Commandée par la banque populaire de Milan pour son siège situé au numéro 4 de la Piazza Meda, « Mouvement » est une sculpture monumentale en bronze, éventrée en son sommet, comme si elle avait reçu un coup de hache.

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« Mouvement » (1970-1971), siège de la banque populaire de Milan piazza Meda © Magali Sautreuil

En ressortant de la banque, vous pourrez admirer un large disque en bronze, dont l’emplacement n’est pas anodin. Ce disque reprend les proportions de l’homme de Vitruve de Léonard de Vinci et renvoie ainsi à la fois à l’époque de la Renaissance et à un artiste italien qui a laissé son empreinte dans la ville. Associé aux recherches sur l’origine de la matière de Pomodoro, cette œuvre symbolise la continuité du processus de création des origines à nos jours. À l’instar du soleil, aspect que lui confère l’usage du bronze doré, elle rayonne sur toute la ville et symbolise son dynamisme et sa capacité à se renouveler.

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« Large disque » (1972), piazza Meda © Magali Sautreuil

Autre œuvre à même de retranscrire la capacité à se régénérer de la ville : le groupe « Pietrarubbia » a investi la place comprise entre le Duomo et le Palazzo Reale. Cette œuvre n’est pas qu’un simple hommage au lieu de naissance de Pomodoro. Lorsqu’il revient dans son village après guerre, il est profondément choqué par l’état de désolation et de ruine de ce dernier : Les vieux se meurent et les jeunes sont partis trouver du travail dans le Nord de l’Italie.

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Le village qui a inspiré le « Groupe Pietrarubbia » © Magali Sautreuil

Afin de ressusciter son village, il essaie de donner vie aux émotions qu’il a pu ressentir en ce lieu et aux réflexions qu’il a pu avoir. Se dressent donc sous nos yeux les façades et les portes de son village en ruine. On peut y lire une inscription : « Je cherche à te ressusciter mais je n’y arrive pas ». Sa supplique semble avoir été aujourd’hui entendue.

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« Groupe Pietrarubbia » (1975-2015), piazzetta del Duomo © Magali Sautreuil

Vous pouvez voir une maquette du projet, ainsi que des photos de son village à la Fondation Pomodoro, située au numéro 35 de la via Solari, dans le quartier Porta Genova.

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Maquette du « Groupe Pietrarubbia » exposée à la fondation Pomodoro via Solari © Magali Sautreuil

Cette institution conserve à la fois la mémoire de l’artiste et encourage la création contemporaine. Sont ici exposés, à l’occasion de cette rétrospective, les projets visionnaires de Pomodoro. La plupart a été réalisée, mais certains n’ont jamais pu voir le jour. C’est le cas de celui du cimetière d’Urbino. Bien que Pomodoro ait remporté le concours en 1975, son projet est resté inachevé. Inspiré par les cimetières étrusques, l’artiste avait éventré la terre pour laisser apparaître les tombeaux. Cette image un peu crue de la mort a choqué certains Italiens, d’où l’abandon du projet.

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Maquette pour le projet du cimetière d’Urbino (1975) exposée à la fondation Pomodoro via Solari © Magali Sautreuil

Pendant ce temps, au Palazzo Reale

Quel plus bel écrin aux œuvres de Pomodoro que la salle des caryatides, cette même salle où il a pu admirer « Guernica » de Pablo Picasso en 1953.

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« Guernica » de Pablo Picasso, exposé salle des caryatides au Palazzo Reale à Milan

Cette salle témoigne à la fois des destructions dues aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi de la renaissance milanaise. Elle sied donc parfaitement aux œuvres de Pomodoro qui s’inscrivent dans un éternel processus de destruction (implosion de la matière) et de régénération et fait écho en cela au groupe « Pietrarubbia » qui a investi la place devant le Palazzo Reale.

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Oeuvres d’Arnaldo Pomodoro, exposées salle des caryatides au Palazzo Reale de Milan

Regroupées en ce lieu historique, les œuvres de l’artiste nous révèlent comment il est passé de la joaillerie à la confection de petits tableaux en relief, puis à celle de grands panneaux, avant de détacher ses réalisation du mur et d’investir l’espace avec des sculptures en 3D.

Ses premières œuvres réalisées après guerre, dans les années 1950 (« Orizzonte », « La luna il sole la torre », « Il giardino nero »…), ressemblent à des vues aériennes de villes entourées de paysages désolés. Elles prouvent que les destructions, quelles qu’elles soient, ne sont pas une fin en soi. Jamais rien ne meurt car tout peut renaître. Toute est une question de volonté.

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« La luna il sole la torre » (1955) © Dario Tettamanzi

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« Il giardino nero » (1956) 

© Giorgio Boschetti

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« Orizzonte » (1957)

© Giorgio Boschetti

Bien d’autres surprises vous attendent à Milan et la « Colonne du voyageur » vous invite à voyage non seulement dans l’espace et la matière, mais aussi à Milan.

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« La colonne du voyageur » (1965-1966)

Conclusion

Vous y découvrirez un homme formidable, qui, malgré son âge avancé, continue de créer et, nous le pensons, ne s’arrêtera jamais. Il est, à l’image de ses œuvres, mû par un processus continu créateur. Quelles surprises nous réserve-t-il encore ? Seul le temps nous le dira…

Informations pratiques et distribution 

Titre : « Arnaldo Pomodoro »

Genre : Exposition rétrospective sur un sculpteur italien contemporain

Commissariat d’exposition : Ada Masoero

Production conjointe de : la ville de Milan, du Palazzo Reale et de la Fondation Pomodoro

Palazzo Reale : Prix d’entrée entre 5 et 8 €. Ouvert le lundi de 14h30 à 19h30, les mardi, mercredi, vendredi et dimanche de 9h30 à 19h30 et le samedi de 9h30 à 19h30

Fondation Arnaldo Pomodoro : Ouverte du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14h à 19h

Musée Poldi Pezzoli : Prix d’entrée entre 7 et 10 €. Ouvert du lundi au dimanche de 10h à 18h. Fermé le mardi.

Pour vous s’y rendre depuis la France :

TGV FRANCE ITALIE

Chaque jour, 3 TGV France Italie relient la France à Milan. La dolce vita commence à bord avec des liaisons de centre-ville à centre-ville. A partir de 29€ (1) en 2nde classe et 39€ (1) en 1ère classe en réservant jusqu’à 30 jours avant le départ.

Nouveau : Avec la Carte Enfant+, Jeune, Week-end et Sénior, 25% de réduction (2) sur vos voyages à destination de l’Italie et sur les offres de dernières minutes.

Réservations sur www.voyages-sncf.com, en gares et boutiques, par téléphone au 36 35, en agences de voyages agréées SNCF ou avec la nouvelle application SNCF disponible gratuitement sur mobile.

(1)   Billet TGV tarif Mini pour une personne, pour un aller simple en 2nde classe à partir de 29€ et de 39€ en 1ère classe dans la limite des places disponibles à ce tarif. Billets non échangeable et non remboursables.

(2)   Offre réservée aux titulaires de Cartes de réduction. Réduction calculée semi-flex du jour.

 

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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