[Live Report] Géraldine Laurent, Aram Lee, Joce Miennel, Airelle Besson, Youn Sun Nah, Eric Bibb & Habib Koité en ouverture de Jazz sous les Pommiers

1 mai 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Lendemain de fête à Coutances. La ville aux cathédrales voit déjà les stands du marché se mettre en place, et les manifestants du premier mai chanter l’Internationale sur la place de la mairie, mais le jazz ne résonne pas encore.  Ce sera à 14H30 que les affaires reprendront avec le familial Un dimanche en fanfares.  Hier soir, le festival Jazz sous les Pommiers a proposé un  niveau de beauté et de virtuosité rarement atteint. Récit.

De Niort à Coutances

Ce sera la seule déception de la journée. L’excellente saxophoniste Géraldine Laurent a présenté son album At Work. Elle est entourée de Paul Lay au piano, Yoni Zelnik à la contrebasse et Donald Kontamanou à la batterie. Si à écouter At Work est un très bon album où la technicité des interprètes ne laisse la place à aucune fausseté, le quartet ne passe pas l’épreuve du live.  Les solos de Laurent fonctionnent, tout comme le trio ensemble, mais à l’unisson, la sensation d’écrasement est totale, livrant à nos oreilles un jazz trop classique et totalement désincarné. Même le beau « Room n°3″ ne nous donne aucune envie d’évasion, mais seulement,  une nette envie de dormir.

De Paris à la Corée

En première partie de la création qui rassemble Airelle Besson, Youn Sun Nah et l’Orchestre Regional de de Normandie on découvre subjugués le duo composé du coréen Aram Lee et du français Joce Miennel.  Tous deux sont flûtistes. Aram Lee joue du daegeum, un instrument traditionnel. Miennel qui vient de commettre l’indispensable Tilt, lui joue de tout ce qui ressemble à une flute. Ils vont être de temps en temps rejoints par Minwang Hwang aux percussions et à la voix. C’est dément. A la fois totalement chamanique et électronique. Miennel se sample en direct et la fusion des mondes est totale. C’est d’une beauté inouïe. Leur projet Wood and Steel est à suivre partout. Une leçon de jazz faite d’improvisations et d’écritures. 

De la Normandie  à la Corée

Les garçons laissent la scène aux 25 musiciens de l’Orchestre Régional de Normandie accompagnés d’Airelle Besson à la trompette, Alexandra Cravero à la direction musicale, Benjamin Moussay au piano, Stéphane Kerecki à la contrebasse, François Laizeau à la batterie et bientôt la diva Youn Sun Nah. Le voyage ( qui ne porte pas de nom) est ici cinématographique. Airelle Besson s’en défendra en sortie de scène lors d’une rapide interview « on me le dit, mais je n’ai pas de bonnes références en cinéma ». Étonnant car ici, les contrepoints aigus et graves nous balancent directement dans les bandes sons de Lelouche. Peu importe. C’est sublime. Le tour de force était de faire « Jazzer » un orchestre classique et de faire jouer « classique » un quartet. Alexandra Cravero nous confie « Cet orchestre a l’habitude, il sait s’adapter, mais c’est un  tour de force, un vrai défi, je suis  ( dit-elle dans un rire) plus à l’aise pour diriger du Beethoven ». Elle a une direction admirable, vivante et sexy. Elle fait corps avec son orchestre. Il se dégage de là de l’amitié et du bonheur. Aucun artiste n’écrase l’autre, l’écoute est totale et elle permet des improvisations magnifiques entre la voix soufflée et soufflante de Youn Sun Nah et la trompette à la fois classique et contemporaine, si bien maîtrisée, de la compositrice et musicienne Airelle Besson. L’occasion est belle d’entendre la chanteuse coréenne qui rompt pour l’occasion son année sabbatique dans un registre lyrique. Elle qui, elle le confiera lors du point presse « vient d’une famille de musiciens classiques ». Un projet fou, qui pour le moment ne sera pas amené à être redonné.  Un retour aux sources de quelques heures.

Du Mali au Mississipi

Retour aux sources…. back home dit le joueur de blues.  La scène de la salle Marcel Helie est désormais vide. Au centre, les guitaristes Eric Bibb et Habib Koité sont accompagnés par le percussionniste Mama Kone. Le concert a lieu en fin de journée, à 22h15 et il s’agit d’un conte. Décidément, le cinéma ne quitte pas Jazz sous les Pommiers. Ici la référence à Du Mali au Mississippi de Scorsese est d’autant plus évidente que Habib Koité y était interviewé. Le voyage est total. Les deux virtuoses qui sont amis à la vie à la mort nous racontent : une nuit d’insomnie à Helsinki pour Dibb, un plan drague sous fond d’exploitation agricole pour Koité. Ils opèrent des « mash-up » entre des chansons traditionnelles maliennes et des blues classique. La rencontre est incroyable, absolument magique.  La voix de crooneur de Bibb et celle rassurante de Koité s’entremêlent pour le meilleur.

Les plus courageux auront prolongé la soirée au Magic Mirrors pour le Riot Jazz Brass Band puis à la Cave des Unelles pour le Scratchophone Orchestra. Mais pour nous, bercés par les contes et les histoires des Brothers in Bamako, album sorti en 2012, ce fut un sage retour « At Home ».

Jazz sous les Pommiers continue jusqu’au 7 mai. Tout le programme est ici.

Visuel : ©ABN et EN


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