[Live Report]Orange : Les chorégies rendent hommage à Nice avec le Requiem de Verdi

19 juillet 2016 Par Florence Prunier | 0 commentaires

La coïncidence est tragique: alors que Nice a été très violemment touchée par un attentat sur la Promenade des Anglais le jour de la fête nationale, le festival d’Orange avait de son coté programmé le Requiem de Verdi pour le 16 juillet 2016. Jean-Louis Grinda, directeur des Chorégies d’Orange, a naturellement dédié cette messe pour les défunts aux victimes de la tuerie.

Le concert a pris un tour imprévu et singulier au regard des événements tragiques qui ont, à nouveau, touché le territoire français, le jour même de la fête nationale. Face à l’ampleur de la tragédie, le directeur des Chorégies d’Orange, a annoncé que le Requiem de Verdi serait « donné en forme d’hommage aux victimes de la barbarie ». Aussi, les quelques 8 000 spectateurs étaient moins réunis pour se divertir, que pour se recueillir avec cette messe pour les défunts.

Tout portait à un moment de grande beauté et d’élévation. Le lieu, tout d’abord, l’immense Théâtre antique, donnait sa dimension spectaculaire au concert: non seulement l’endroit est imposant par sa taille, mais aussi parce qu’il est chargé d’Histoire. Construit sous Auguste 1er, il est l’un des théâtres les mieux conservés, et abrite un des plus anciens festivals de France, les Chorégies d’Orange. A la magie du lieu en lui-même, s’ajoutaient les décors de Philippe Druillet, que nous avions rencontré le mois dernier. Imposants, ils montrent l’homme misérable, scarabée face à la mort, indifférencié, toujours présenté dans une foule, informe. Sans œil et donc sans regard, il ne tire sa force que de l’Oeil, celui qui suit tout le spectacle, à qui tout revient parce que tout est parti de lui. Le décalage entre Dieu et l’humain est  présenté comme infranchissable, malgré le rappel de l’incarnation du Christ par la couronne d’épines et la croix ensanglanté.

Le mur du théâtre  apparaît alors comme le symbole de la mort: incapable de connaitre ce qu’il y a derrière, on ne peut que, comme Philippe Druillet, se projeter dessus pour tenter de lever le mystère de la fin. Les images fantastiques donnaient alors toute son ampleur au cadre, obligeant le regard à faire des allers-retours entre la fosse, les choristes et le mur. Finalement, le regard, montant et descendant, reproduisait la trajectoire des voix, qui s’élevaient vers le ciel.

Comme l’a lui-même précisé le dessinateur, les décors ne sont là que pour accompagner la musique, pour mieux l’écouter encore. Aussi, après un Kyrie tout en douceur, le Dies Irae, Jour de colère, fait trembler les murs et les cœurs: c’est la demande du pécheur à Dieu d’être pardonné et de lui accorder le repos de l’âme, un refrain qui rythme par trois fois l’œuvre musicale. Malgré un mistral incessant, le chef d’orchestre Turgan Sohkiev a tenté de donner le meilleur de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse et du Choeur de l’Orfeon Donostiarra. Les quatre solistes se sont eux aussi débattus avec la météo. On a particulièrement apprécié  la profondeur donnée par le ténor Joseph Calleja, et on salue la performance d’Erika Grimaldi, qui a remplacé Krassimira Stoyanova souffrante. Ce concert restera inscrit dans la mémoire de ceux qui ont pu y assister comme un hommage magnifique et respectueux.

Visuel: © Kris Picart


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