Karina Gauvin à Ambronay

23 septembre 2017 Par
Bénédicte Gattère
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Le week-end précédent, Philippe Jarroussky, contre-ténor star du baroque venait satisfaire son public à Ambronay. Le récital de la soprano québécoise faisait également partie des moments attendus du festival. Karina Gauvin, brillantissime ce soir-là, a ravi les oreilles venues l’écouter.

gauvin

Autant ne pas faire dans la demi-mesure quant il s’agit d’une telle personnalité et annoncer d’emblée la couleur : Karina Gauvin appartient à cette catégorie des divas. Remarquée au début de son succès pour son interprétation du baroque, elle jouait vendredi son répertoire. Connue pour son rôle d’Almira dans l’opéra de Haendel, elle chanta l’air « Geloso tormento » (à traduire  par « tourment de jalousie) d’une manière bouleversante. Acmé venu à mi-temps du concert, cet aria était interprété avec passion et justesse. Il appartenait à l’un de ces moments que l’on reconnaît déjà dans le moment comme souvenir de concert inoubliable. D’autres airs de Haendel étaient au programme : l’aria « Spietati » de Rodelinda et le fameux « Ah, mio cor » de l’opéra Alcina. Vivaldi, Scarlatti, Telemann étaient également au menu ainsi que le Français Rameau dont « La Folie » de Platée concluait le concert.

Ce dernier air justifiait à lui seul le titre « Vent de folie » donné au concert. Il faisait écho à la thématique de l’édition 2017 du festival, « Vibrations : Souffle » et donnait le ton. Faut-il rappeler que Karina Gauvin excelle précisément dans les rôles de femmes passionnées, jalouses et séductrices. Elle incarne des Vitellia (La Clémence de Titus de Mozart), ou des Pamina (La Flûte enchantée) que l’on n’oublie pas. Chanteuse expressive, elle se plie à l’exercice du récital avec brio. Sachant en une demi-seconde se mettre dans la peau du personnage, elle fait voyager le spectateur d’un opéra à un autre. Les plus avertis reconnaissent immédiatement un personnage familier tandis que les autres sont plongés dans une ambiance, saisissent un tempérament. La programmation du concert reposait sur plusieurs morceaux d’aria da capo. Situé en-dehors de l’action qui se passe sur scène, il n’est pas là pour prendre en charge la narration : ordinairement, ce sont les récitatifs qui le font. A contrario, il permet aux personnages des opéras d’exprimer leurs passions intimes. Exercice de virtuosité la plupart du temps, l’aria da capo permet à une chanteuse en récital de donner le meilleur d’elle-même. Il se prête particulièrement au récital puisqu’il s’agit d’une partie presqu’autonome à l’intérieur d’un opéra. Ainsi le concert conserva toujours une véritable dynamique. Emmené par l’impeccable et sautillant Julien Chauvin, Le Concert de la Loge qui accompagnait la soliste donna quant à lui sa pleine mesure.

Visuel : ©Bertrand Pichène