Concert des révélations des Victoires de la Musique Classique 2017 [live-report]

12 novembre 2017 Par
Bénédicte Gattère
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Dans le cadre de la saison musicale du musée de l’Armée, une soirée était consacrée aux jeunes nominés des Victoires de la Musique Classique dans la catégorie « Révélations ». Le public a pu découvrir ces artistes plein de talent au travers d’un programme varié, allant crescendo en intensité jusqu’au final.

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Comme chaque année, les Victoires de la Musique Classique, toujours très attendues, permettent de couronner les plus grands interprètes dans les catégories d' »artiste lyrique », de « soliste instrumental » ou de « compositeur ». Est également récompensé l’ « enregistrement de l’année », sans oublier les prix des « Victoires d’honneur » (pour le palmarès complet de 2017, lire notre article). Parmi les artistes en compétition, ceux que le public aime suivre de près, ce sont bien sûr les jeunes talents nommés aux « Révélations ». Invités au cœur de l’église Saint-Louis des Invalides à donner encore une fois le meilleur d’eux-mêmes, ils ont offert aux auditeurs un concert à la hauteur de leur dynamisme et de leur mérite.

Le programme, original, allant de Haendel à Poulenc en passant par Rachmaninov a permis de faire entendre l’étendue de jeu des quatre jeunes invités. Il y avait parmi eux bien sûr la très impressionnante, Adélaïde Ferrière, percussionniste et joueuse de marimba couronnée « Révélation soliste instrumentale » de 2017. Elle est la première percussionniste à avoir obtenu ce titre, lors de la dernière édition des Victoires, alors qu’elle était en compétition avec le pianiste Guillaume Bellom et Justin Taylor, claveciniste et pianofortiste, qui s’était vu décerné en 2015 le Premier Prix du Concours international de clavecin de Bruges. Tous deux étaient présents lors du concert aux Invalides pour interpréter des morceaux de Haendel, Couperin ou Scarlatti au clavecin et des pièces choisies de Grieg, Debussy, Mendelssohn ou Schubert au piano. Nommée cette année dans la catégorie « Révélations artiste lyrique », Raquel Camarinha donnait la réplique aux instrumentistes tout au long du programme, jusqu’à chanter à la fin la mélodie du Boléro de Ravel, arrangé par Simon Cochard.

Justin Taylor ouvrit le concert avec Bach et Royer au clavecin, donnant le « la » de la soirée, placée sous le signe à la fois de l’émotion et de la virtuosité. Tout comme le Boléro, quelques morceaux phares du répertoire était au programme. Ainsi de la Danse macabre, poème symphonique de Saint-Saëns. La version jouée ce soir permit au public de découvrir le marimba, xylophone africain ensuite devenu très populaire en Amérique du Sud. Elle fut suivie d’une interprétation de la fameuse « Danse des Sauvages » des Indes galantes de Jean-Philippe Rameau, uniquement exécutée au xylophone par Adélaïde Ferrière : un moment particulièrement fort du programme. La jeune femme, aérienne et douée d’une grande dextérité avec son instrument poursuivi avec le morceau Libertango d’Astor Piazzola, seul compositeur plus contemporain mis au menu de la soirée. Les morceaux de Grieg et Schubert, interprétés avec beaucoup de finesse et de sensibilité par Guillaume Bellom furent entrecoupés de morceaux de Poulenc composés à partir de poèmes d’Apollinaire. À ces occasions, la soprano portugaise se distingua par sa maîtrise vocale mais aussi par sa qualité d’interprétation, son petit air mutin convenant parfaitement aux paroles plaisantes et légères, sur le thème de la séduction et de l’amour des poèmes, -de même que pour l’air de Dorinda de l’Orlando d’Haendel joué en début de concert. Son interprétation du lied de Schubert Gretchen am Spinnrade (D.116, op.2) était également particulièrement prenante.

Plus formelle, la deuxième partie du concert fit briller le Steinway avec les Romances sans paroles de Mendelssohn et les Romances de Rachmaninov. Pour ces dernières, Justin Taylor et Adélaïde Ferrière, qui se forma également au piano, rejoignirent Guillaume Bellom dans un moment plein de complicité entre les jeunes artistes, visiblement détendus et heureux de partager leur musique. Suivit Scarlatti. Interprétées au marimba et au clavecin, ses sonates redonnèrent une certaine fraîcheur au programme, qui se termina sur les grands compositeurs baroques que sont Couperin et Bach, précédant le bouquet final offert par le Boléro de Maurice Ravel. C’est à ce moment-là que le programme, pourtant dense et varié, parut presqu’un peu court aux spectateurs, gagnés par l’enthousiasme et le plaisir visible que les jeunes artistes avaient à faire vivre la musique classique. Le parterre très sage des Invalides aurait très bien pu se mettre à danser sur Ravel, entre les officiers venus pour l’occasion et les dames toutes de fourrure vêtues (il est vrai qu’il fait froid en hiver dans l’église Saint-Louis)… Mais le moment des applaudissements et de la remise des bouquets de fleurs était venu et chacun rentra chez soi, réchauffé par l’enthousiasme des quatre interprètes.

Retransmission du Concert des Révélations des Victoires de la Musique le 20 novembre 2017 sur Radio Classique.

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