Danse

Crowd de Gisèle Vienne : une rave party en slow motion

Crowd de Gisèle Vienne : une rave party en slow motion

12 novembre 2017 | PAR Simon Théodore

En novembre, Gisèle Vienne présentait, au théâtre Le Maillon de Strasbourg, son nouveau spectacle intitulé Crowd. Pendant plus d’une heure, portés par une musique ambiante et une musique electro des années 90, quinze danseurs deviennent les participants d’une rave party en slow motion… 

Au Festival d’Automne , au théâtre Nanterre-Amandiers, centre dramatique national  du 7 au 16 décembre

[rating=3]

De la terre battue est disposée sur les planches du théâtre. Des détritus jonchent ce sol poussiéreux. La lumière tamisée laisse distinguer, au loin, les premières silhouettes prenant place sur la large scène. Alors qu’une musique électronique résonne, les corps se déplacent lentement, en slow motion, conférant à ce début de représentation une atmosphère presque lunaire. Après de longues minutes, les quinze danseurs sont finalement réunis. Vêtus à la mode des années 90, cigarette à la bouche et canette d’alcool à la main, ces jeunes interprètes renvoient à une époque que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître…Ils incarnent les images d’une génération en quête d’évasion.

Inspirée par la philosophie et l’anthropologie, la chorégraphe franco-autrichienne interroge, à travers les interactions des individus et le mouvement de leur corps, les rapports à la violence, au sacré, à la sexualité ou encore à la mort. Chaque échange gestuel porte un message et leur multiplicité rend le contenu de la performance riche. De cette masse de personnes, il est parfois difficile de saisir toutes les interactions et l’œil préfère alors se porter sur quelques personnages. Les êtres s’enlacent, chutent, s’immobilisent et se séparent pour finalement investir tout l’espace ou se recroqueviller sur eux-mêmes. Entre mouvements en slow motion et danses issues des musiques actuelles, la chorégraphie est portée par des effets sonores et visuels efficaces.

Sélectionnées par Peter Rehberg, les sonorités électroniques imposent une belle dynamique au spectacle. De manière entrainante, les danseurs se meuvent de façon saccadée tels des robots. L’agitation règne mais jamais le désordre n’apparaît. Chaque geste, chaque déplacement a un sens et, parfois, le temps est nécessaire pour en comprendre la subtilité. Contrastant cette ambiance festive, ces scènes de « folie » s’alternent avec des passages où une musique d’ambiance gronde. Composée par le duo KTL, elle instaure une atmosphère à la fois plus lourde et méditative, une sorte de paysage sonore introspectif cher à l’artiste américain Stephen O’Malley. Il n’est alors plus question de danse mais de stopper le temps, de s’imprégner de cet univers festif étrange et de contempler ces interprètes dans un temps long. À la fois force de ce spectacle, ce « temps long » et cette lenteur imposée par la chorégraphie apparaissent aussi paradoxalement comme des défauts pouvant rendre Crowd difficilement accessible. En début de spectacle, les premiers effets de ce rythme surprennent et profitent à la mise en scène mais, après une heure de représentation, cette originalité perd de sa richesse et de son impact. Enfin, après un instant où cette rave party ritualisée et intellectualisée atteint le paroxysme de son intensité, le final, durant lequel une douce mélodie accompagne la sortie des comédiens, se voit emprunt de poésie. La tempête festive cède sa place à la sérénité et au calme…

En somme, Crowd de Gisèle Vienne apparaît comme un spectacle de danse surprenant. Le rythme, le paysage musical et le nombre d’individus composant la troupe sont des qualités indéniables, valorisant ainsi la richesse du projet. Néanmoins, la durée du spectacle (presque une heure et demie) fait, parfois, perdre l’intensité de la performance.

 Visuel : (c) Estelle Hanania

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