Fictions
“Le cartographe des absences” : une géographie de l’intime

“Le cartographe des absences” : une géographie de l’intime

02 septembre 2022 | PAR Marianne Fougere

Prétendant au Nobel de littérature, Mia Couto signe avec Le cartographe des absences son livre sans doute le plus personnel.

 

Diogo Santiago est un poète et romancier mozambicain. Rappelé dans sa ville natale pour une célébration universitaire de son œuvre, il se voit remettre par la maîtresse de cérémonie, la belle Liana, de précieux documents concernant son propre passé et, surtout, celui de son père, grand poète engagé dans la lutte contre la colonisation portugaise. Débute alors un long “voyage vers le centre de son âme”, jonglant entre faits-divers tragiques et anecdotes magico-réalistes, multipliant les allers-retours entre présent et Mozambique de 1973.

“Au cours de ces journées, [Diogo chemine] sur les lieux de [s]on enfance comme qui se promène dans un marais : foulant le sol sur la pointe des pieds. Un faux pas et [il] aurai[t] couru le risque de [s]’enfoncer dans de sombres abîmes”. Sombres car les faits que “le cartographe des absences” nous raconte sont terribles. Racisme, bêtise coloniale, police politique, traîtrise, régime dictatorial, puissants fantômes : le double de Mia Couto fouille la mémoire de la violence et ressuscite les oublis et les oubliés de l’histoire alors que, dehors, gronde le cyclone qui, bientôt, détruira Beira.

Prétendant au Nobel de littérature, Mia Couto signe avec Le cartographe des absences son livre sans doute le plus personnel. Les dialogues ciselés, les chapitres qui alternent entre transcriptions de documents et intrigue baroque, donnent son souffle au roman qui, en certains endroits, prend des allures de conte. Quant à l’écriture, elle invite le lecteur à lire entre les lignes pour y découvrir les rêves de l’humanité. Elle place surtout Mia Couto en “gardien des histoires qui charrie des absences et des silences comme s’ils étaient des graines” nous convainquant un peu plus que “tout ce qui ne se transforme pas en histoire se perd dans le temps”.

 

Mia Couto, Le cartographe des absences, Paris, Métailié, sortie le 2 septembre 2022, 352 p., 22,80 euros.

Visuel : couverture du livre

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Marianne Fougere

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