« Millénium 5 : la fille qui rendait coup pour coup » : l’enquête de trop pour Salander et Blomkvist

4 novembre 2017 Par
Audrey Chaix
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Deux ans après la sortie du quatrième opus de Millénium, écrit par David Lagercrantz, Salander et Blomkvist reprennent du service pour alimenter le cinquième volume de ce qui est en passe de devenir une licence marketing pour maison d’édition en quête de poule aux œufs d’or. Après avoir pris la défense d’un petit garçon autiste dans le précédent roman, Salander se retrouve derrière les barreaux. Au sein de cette prison pour femmes, elle prend sous son aile une jeune femme originaire du Bangladesh, Faria, face à un gang mené par une dure à cuire, Benito. De son côté, Blomkvist continue de gérer la revue Millénium. La visite de son ancien tuteur, Holger Palmgren, à Salander, réveille les vieux démons de la jeune femme qui, à l’aide de Blomkvist, déterre de bien étranges secrets sur son passé…

Millénium 5Comme dans le précédent tome, Lagercrantz a fait le job : recherches poussées sur les différentes thématiques qui parcourent le roman (la recherche scientifique sur la gémellité et sur l’inné et l’acquis, le jazz manouche et Django Rheinardt), reprise des personnages de Larsson (autour de Blomkvist et Salander gravitent toujours Erika, Palmgren, Bublanski…) et ajout de nouveaux… Comme dans le précédent tome également, l’écriture manque singulièrement de style, ce qui confère au roman une fadeur difficile à ignorer. Les personnages sont monolithiques, leurs réactions sont prévisibles, à tel point que le lecteur a chaque fois un coup d’avance sur l’intrigue – ce qui est vraiment le comble pour un roman policier.

Pourtant, il y avait de bonnes idées : d’un côté, l’histoire des jumeaux miroirs, Dan et Leo, reflet masculin de Lisbeth et de sa jumelle Camilla. Séparés à la naissance, objets d’une expérience scientifique à leur insu, ils sont au centre d’une des intrigues majeures du roman. De l’autre côté, une jeune femme venue du Bangladesh avec sa famille, séquestrée par ses frères pour être tombée amoureuse d’un musulman progressiste, permet de retrouver un thème cher à Larsson, celui de la condition des femmes en Suède. Cependant, si les deux personnages ont du potentiel, ils ne sont pas suffisamment développés pour acquérir une vraie profondeur, et donner une épaisseur au roman. A leurs côtés, Salander continue d’encaisser les coups aussi bien qu’elle les rend – le côté « fille maigrichonne et pourtant increvable » devient un peu lassant, et réducteur : Lisbeth n’est plus rien d’autre que la hackeuse justicière qui prend cher.

Le tout donne l’impression que Lagercrantz a ouvert un livre de recettes pour fabriquer le parfait polar, a suivi les instructions avec méthode, mais sans arriver à insuffler lui insuffler une âme. Les différentes intrigues sont menées de façon parallèle, comme si deux romans cohabitaient sans vraiment interagir. Même si on ne s’attendait pas à retrouver Stieg Larsson, le tout déçoit, et l’on s’ennuie ferme. Il serait peut-être temps de laisser Blomkvist et Salander de prendre leur retraite de papier…

Millenium 5, la fille qui rendait coup pour coup, de David Lagercrantz. Traduit du suédois par Hege Roel-Rousson. Éditions Actes Noirs, Actes Sud. Paru en septembre 2017. Prix : 23 €.