Livre : A l’ouest de nulle part

23 juillet 2008 Par Yaël | 1 commentaire

« Miles from Nowhere » raconte le voyage au bout de l’enfer américain d’une adolescente d’origine Coréenne. A New-York, quand on sombre au fond de nulle part, la drogue rime parfois plus avec la misère physique et morale qu’avec le Rock’n roll. Un roman fort. Sortie le 27 août.


Miles from nowhere / Not a soul in sight / Oh yeah, but it’s alright.
I have my freedom / I can make my own rules /Oh yeah, the ones that I choose Lord.
My body has been a good friend / But I won’t need it when I reach the end ».

Cat Stevens- « Miles from nowhere ».

Joon a treize ans quand elle quitte le foyer. Sa famille a émigré aux Etats-Unis depuis la Corée du Sud et le rêve américain a tourné en cauchemar. Quand le père infidèle quitte la maison, la mère sombre dans un mutisme insupportable pour Joon qui finit par elle aussi prendre la fuite. Elle atterrit dans un foyer de jeunes filles pas très modèles où elle rencontre la débrouillarde Knowledge. Ensemble, elles quittent le foyer pour errer dans la rue. Entre deux passes, un petit boulot, un shoot, et une baston, Joon philosophe et trouve le moyen d’apprécier certains moments de liberté. Même si parfois elle s’attache à de mauvaises personnes, comme Benny, qui la fait replonger dans la drogue, une force sauvage de vie semble résister en elle aux pénibles moments qu’elle endure.

Avec infiniment de pudeur, et à la limite même d’une certaine froideur, Nami Mun livre un texte puissant sur une descente aux enfers. Il n’y a ni misérabilisme, ni témoignage dans ce roman d’apprentissage à la dure, seulement des faits énoncés. Des moments racontés dans le flot d’une écriture parfaitement équilibrée. Emaillés de réflexions poétiques de l’héroïne, les épisodes de cette adolescence dans les rues de New-York sont d’autant plus féroces qu’ils sont relatés d’un point de vue subjectif comme de simples constats. Mystérieuse, le personnage de Joon semble à la fois résigné au pire, pleine de vie, et suffisamment solide pour savoir ce qu’elle veut si elle trouve un point d’ancrage. Tout se passe comme si une solide bulle protégeait sa vie intérieure des agressions que son corps subit. Sa maturation et son éclosion ont bien lieu, mais étrangement séparées de la violence de sa vie quotidienne. Tout se passe comme si une source d’eau fertile grandissait en elle, cachée derrière les overdoses, les agressions et les séjours en prison.


Nami Mun, « Miles from nowhere », Stock, trad. Claude Seban, 19 euros.

« Ce soir-là je rentrai chez moi et me mis la tête dans un sac plastique. Je voulais voir l’effet que cela faisait, une tête séparée du corps. Je serrai le sac autour de mon cou et me couchai sans lâcher prise. A chaque inspiration, le sac blanc se fripait, en faisant trop de bruit, et l’ampoule nue qui pendait au-dessus de moi semblait brumeuse. J’eus vite le visage moite. Mon haleine avait exactement l’odeur de ce que j’avais mangé au déjeuner- un bol de nouilles instantanées, un cornichon. Je serrai le sac plus fort et, finalement, ma respiration ralentit assez pour que je sente une couche de brume me lécher les yeux. Le plastique ne se fripait presque plus. Peu à peu, ma tête se mit à oublier mon corps, à s’en débarrasser doucement, jusqu’à ce que je n’aie plus conscience que de mon crâne, devenu gigantesque, et du bras qui étranglait toujours le sac. C’était silencieux. Et puis trop silencieux « . p. 165

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