Fictions
La Nuit du faune : des étoiles à perte de vue

La Nuit du faune : des étoiles à perte de vue

31 août 2021 | PAR Elise Vincent

Après Latium, récompensé par le Grand prix de l’imaginaire, le Chrysalis Award et le prix Futuriales révélation en 2017, Romain Lucazeau nous propose une incroyable odyssée interstellaire avec La Nuit du faune qui sort ce 1er septembre en librairies, aux éditions Albin Michel Imaginaire.

Astrée vit sous un dôme au sommet d’une montagne. Dernière de son espèce, elle mène une existence routinière bien à l’abri du reste du monde. Un après-midi, elle est dérangée par la présence d’un faune qui s’est introduit dans son univers clos. Il est en quête de réponses et vient les chercher auprès de celle qu’il croit être une sorte de divinité. Parvenu ici après un long périple, il souhaite repartir avec le savoir qui le glorifiera auprès de son peuple et permettra surtout à leur civilisation, encore primitive, de perdurer.

D’abord froide et réticente, Astrée décide de proposer au faune, qu’elle nomme Polémas, un voyage cosmique pour lui faire découvrir le monde, et – qui sait ? – répondre à ses questions. Elle le met tout de même en garde sur la double nature de cette entreprise : il pourrait ne pas se satisfaire de ce qu’il apprendra. Elle ignore alors qu’en route, elle aussi pourrait bien être transformée par cette aventure à des lieues de son éternelle solitude.

couverture du roman La Nuit du faune de Romain Lucazeau

 

Un duo à l’air saugrenu

Un faune et une enfant prenant le thé… Nous pourrions songer à la rencontre entre Lucy Pevensie et Monsieur Tumnus dans Le Monde de Narnia de C.S. Lewis, mais nulle véritable légèreté ici. Si Astrée se donne les traits d’une petite fille, elle est en réalité une créature vivant seule depuis deux cents millions d’années, et Polémas un valeureux guerrier. Et La Nuit du faune n’est pas un roman d’aventure pour la jeunesse. Dans un roman qui s’apparente à de la hard science-fiction mâtinée de fantasy, Romain Lucazeau convoque philosophie, métaphysique et mythes cosmogoniques, entre autres, pour nous livrer un récit pour le moins intriguant et dense qui soulève bien des réflexions.

 

Au-delà du firmament

Grâce à la mécanique interne sophistiquée de sa montagne, Astrée créée une copie de Polémas et d’elle-même pour entreprendre leur long voyage, tandis que leur moi véritable reste endormi sous le dôme. Il leur faut donc se dépouiller d’une partie d’eux-mêmes (leurs certitudes ?), transcender la matière et leur essence pour entamer leur quête cosmique, et ainsi se préparer à tout ce qu’ils vont découvrir.

Un peu à la façon du Petit Prince de Saint-Exupéry, leurs aventures vont prendre l’allure d’une succession de rencontres, toujours plus en avant dans l’espace et le temps ; des dialogues avec différents représentants de civilisations, qui questionnent parfois nos propres attitudes terrestres – en matière d’écologie et de conquête spatiale notamment. Une invitation à l’éveil des consciences pour que le déclin de notre civilisation ne reste qu’une lointaine étoile ?

 

Être à soi pour être au monde et vice versa

La beauté et la poésie de cette balade dans l’espace contrastent avec l’âpreté des révélations faites aux personnages. Si tout est un éternel recommencement, que peut-on faire face à la fatalité ? Et qu’advient-il lorsque la lucidité éteint l’émerveillement et l’enthousiasme ?

L’aspect très contemplatif du roman pourrait nous perdre en route dans la nébuleuse, mais en suivant le courant, nous parcourons finalement avec plaisir les années-lumière au côté des personnages qui, partis en quête de réponses, se (re-)découvrent, mais nous laissent tout à fait songeurs.

 

Extrait

« Nous allons visiter le cosmos dans sa totalité, et nous faire la plus exacte idée de ce qu’il a été, est et sera. Nous allons filer à travers les téraparsecs, voir en chemin le spectacle des grands peuples qui dominent le centre de la Voie lactée, frôler le noyau central et son trou noir, faire un tour complet jusqu’à l’autre côté, là où les étoiles deviennent rares, sur les grèves de la mer obscure et infinie entre les galaxies, et puis nous reviendrons. Faites-moi confiance, cela a l’air impossible, mais, […] je connais un raccourci, du moins pour les premières étapes. »

 

***

 

La couverture du roman est signée Anouck Faure. Il s’agit d’une gravure à l’eau-forte et aquatinte avec ajout de couleurs numériques, dont l’onirisme entre pleinement en résonance avec le récit qu’elle illustre. La montagne, l’entremêlement des mondes et des questionnements, tout y est.

 

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La Nuit du faune de Romain Lucazeau

Parution le 1er septembre 2021

256 pages

17,90 euros

Visuel : couverture du livre illustrée par Anouck Faure 

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Elise Vincent

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