Je suis interdite : Anouk Markovits décrit les combats entre vie intérieure féminine et vie communautaire dans une communauté juive hassidique

16 août 2013 Par
Yaël Hirsch
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Après un premier roman écrit en Français et publié chez Gallimard, « Pur Coton »(1989), après avoir émigré à New-York pour éviter un mariage arrangé et aller jusqu’aux doctorat dans les plus prestigieuses universités de  la cote Est, Anouk Markovits a choisi JC Lattès pour la traduction de son récit « Je suis interdite », qui raconte le destin de deux femmes nées dans une communauté juive hassidique de Transylvanie juste avant la Deuxième Guerre Mondiale.

je suis interdite anouk markovitsAlors que sa famille a été massacrée, la petite Mila, orpheline est recueillie par la famille Stern, menée avec toute l’autorité paternelle et lettrée du père, Zalman dans une orthodoxie juive hassidique très stricte. Une des filles Stern, Atara devient l’amie la plus proche et la sœur de cœur de Mila. La famille Stern déménage à Paris après la guerre, alors que la plupart des survivants de leur communauté s’installent à Brooklyn. Très soucieux de préserver la pratique et la réputation de sa famille dans une capitale où les tentations, ne seraient-ce qu’intellectuelles, sont nombreuses, Zalman voit avec douleur sa fille Atara fuir la maison pour pouvoir vivre sa vie et faire des études. Mila la voit s’éloigner avec terreur, mais décide pour elle-même de rester parfaitement insérée dans la vie de la communauté, en épousant à l’âge le plus tendre son promis de tout temps : celui qui lui est venu en aide pendant la guerre et est devenu un membre éminent de la communauté hassidique de Williamsburg. L’attente d’un enfant qui ne vient pas met néanmoins ce jeune couple à rude épreuve…

Finement décrit de l’intérieur, sans amertume mais sans complaisance non plus, le monde hassidique tel que le décrit Anouk Markovits laisse toute la place à un organicisme difficile à tenir au 20ème siècle. L’importance de la réputation, la difficile place assignée aux femmes, le protocole complexe des lois de pureté et de fertilité et leur impact sur les destinées personnelles, évoquent des thèmes de mieux en mieux connus d’un grand public qui a encore du mal à différencier les diverses branches des judaïsmes orthodoxes, avec les succès de livres comme « Sotah » de Naomi Ragen (Yodea, 2009), ou de films subtils comme « Le cœur a ses raisons » de Rama Burshtein. Même si la critique de Markovits est, comme celle de Burshtein, interne et sans jugement a priori, le lien direct dans lequel elle place ses personnages avec la Shoah influe nécessairement le jugement du lecteur qui, face aux lâchetés de certains personnages pieux pour survivre, puis en présence l’intransigeance de certains rabbins du livre qui empêche l’arrivée de la vie, se trouve dans un climat de terreur patriarcale qui rappelle les plus sombres passages du « Kaddosh » d’Amos Gitaï. Un beau livre où l’on sent l’influence du cheminement personnel de l’auteure, teinté de la tristesse sans fond des malédictions légendaires, religieuses ou mythiques.

Anouk Markovitz, « Je suis interdite », trad. Katia Wallisky, JC Lattès, 350 p., 20 euros. Sortie en septembre 2013.

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