[Dossier Fils et filles de] Héritage et particule, la Belle épine dans le pied de Léa Seydoux

19 avril 2017 Par
Joanna Wadel
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lea-seydoux-theo-wennerDans la famille Seydoux j’appelle la petite-fille, Léa. En quelques années, l’héritière du patronyme du président de Pathé, petite nièce du président de Gaumont, s’est imposée comme l’une des figures incontournables du grand écran français. Tantôt égérie Cannoise chez Kechiche pour La vie d’Adèle, tantôt muse ingénue de Christophe Honoré, n’en déplaise à beaucoup, elle incarne aussi « La Française » aux yeux de Woody Allen (précisons plutôt la beauté Parisienne dans Minuit à Paris). Pourtant, malgré cette ascension fulgurante en à peine dix ans et quelques seconds rôles sur de belles affiches Hollywoodiennes, Léa Seydoux peine à convaincre l’opinion qu’elle n’est pas pistonnée et que ses nobles origines sociales ne l’ont en rien aidée à percer dans le milieu du septième art.

Tapis rouge express

Souvenez-vous, en 2008 Christophe Honoré sortait La Belle Personne, sa réécriture de la mythique Princesse de Clèves transposée sur les pavés du 16e arrondissement, dans une version teen movie à la sauce Parisienne avec Louis Garrel et Léa Seydoux dans les rôles titres. Yeux bleus, teint laiteux et mine spleenique, la jeune fille a la larme facile et porte le mutisme à merveille, elle se révolte aussi, crie, se dénude… Certains diront qu’elle rappelle la jeune Emmanuelle Béart, d’autres qu’elle correspond au profil parfait de l’espoir du cinéma Français. En tous cas, sa performance remarquée lui vaudra d’être récompensée d’un Bayard d’Or et accessoirement exposée dans toutes les classes de 1ère L cette année là, référence classique oblige. Si sa moue juvénile et son petit nez retroussé ne vous disent rien, on se rappelle bien vite qu’elle a d’abord fait ses preuves en ado désinhibée dans Mes Copines trois ans plus tôt, puis on remarque bien vite qu’elle apparaît dans la pub Levi’s de 2007, arrachant le pantalon d’un certain Raphaël Personnaz que l’on retrouvera en Duc d’Anjou quelques années plus tard. Très vite, les choses s’enchaînent, révélation à Cannes puis aux Césars ; on la retrouve chez Jean-Pierre Mocky et en bonne sœur légère au côté de Sylvie Testud dans Lourdes, puis dans Inglorious Basterds de Tarantino en 2009, en noble dame Française pour le Robin des bois de Ridley Scott un an plus tard, Minuit à Paris d’Allen, Les Adieux à la Reine… Jusqu’au succès du sulfureux La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche en 2013, qui installe définitivement sa renommée et lui ouvrira les portes de Spectre 007 , The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson et qui sait lui aura peut-être valu la confiance de Xavier Dolan pour son rôle dans Juste la fin du Monde. Si son jeu à l’étranger peut paraître effacé, servant souvent de caution au placement de rôles de jeunes françaises séduisantes, un poncif très en vogue à Hollywood depuis quelques années, il faut admettre qu’elle se démarque en France par son énergie et la force de certaines de ses interprétations. En somme, elle est loin d’être une amatrice.

Une famille de renom

lea-seydoux-la-belle-et-la-bête-patheLéa Seydoux Fornier de Clausonne, pour les intimes, n’est pas un nom qui sied vraiment à une petite étudiante en théâtre découverte par hasard, en revanche il sonne comme tout droit sorti d’un boudoir princier du XVIIIe siècle. Il ne faut que quelques lignes de sa biographie pour se rendre compte des origines bourgeoises de la jeune femme : fille d’une héritière de la richissime famille Schlumberger et d’un grand entrepreneur, sœur d’une styliste, née dans le 16e, si l’on s’arrêtait à ces simples critères, le cliché de la jeune fille de bonne famille, privilégiée socialement, serait déjà bien établi. Seulement, Seydoux est également le patronyme de deux grandes figures de l’industrie cinématographique : Jérôme Seydoux, son grand-père qui n’est autre que le président de Pathé, l’un des plus gros distributeurs de films et par conséquent l’une des plus grandes fortunes de France (39e pour être exact) et Nicolas Seydoux, son grand oncle, président de Gaumont, un autre poids lourd de la distribution de films. L’actrice est donc issue d’une grande dynastie industrielle, l’aristocratie des hauts cadres financiers, investisseurs dans l’industrie du spectacle. Ce qui n’enlève rien à son talent ni à sa légitimité en tant que comédienne, mais peut amener certains à se poser quelques questions sur ses facilités d’accès aux castings, une proximité du réseau qui aurait pu jouer sur sa rapide ascension plébiscitée. Car il faut admettre que « les fils et filles de » célèbres auront beau se défendre, rien n’ôtera au public l’idée qu’ils sont là où ils sont avec un nom reconnu et que cela ne peut être dû qu’à leur seul talent. D’ailleurs, certains commencent à s’interroger sur le phénomène, pour preuve cet article du blog d’opinion Conscience Citoyenne Responsable, qui fait état de cette « consanguinité » artistique contagieuse, la jugeant envahissante. Ne dit-on pas pourtant dans le milieu qu’il est encore plus difficile de percer lorsqu’on est la progéniture d’un artiste reconnu ? Mais malgré les liens plus qu’étroits qui unissent sa famille au gratin de l’industrie du cinéma, produisant les films dans lesquels elle joue, Léa Seydoux a toujours prétendu que personne ne l’avait jamais aidée. Elle n’a eu à faire face aux critiques que récemment, se faisant jusqu’ici politiquement -elle fait partie des signataire de la pétition des artistes contre le FN- comme publiquement discrète.

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En 2013, Léa Seydoux est citée parmi les personnalités les plus détestées des français au côté de son ami Nicolas Bedos, un autre « fils de ». En cause, plusieurs choses, comme le fait qu’elle appartienne à l’élite Parisienne, peu représentative du commun des mortels et paraisse hautaine sur les plateaux télé. La plupart de ses rôles connus n’est pas pour aider : sûre d’elle, candide, colérique ou bien accaparante, elle n’a jamais campé de personnage bien chaleureux qui fasse l’unanimité et n’est pas reconnue pour ça. Mais si l’on se penche sur le véritable fond de l’affaire, ce n’est pas tant le fait que Léa soit une Seydoux qui chiffonne l’opinion mais plutôt qu’elle appartienne à une famille d’homme d’affaires qui n’aurait rien à léguer à part un joli pactole (et une fondation pour la préservation et l’archivage de films tout de même), et non d’artistes comme les Paradis, les Depardieu, les Chedid, les Doillon ou les Higelain. Le grand public n’a aucune raison d’apprécier sa filiation puisqu’il ne connaît pas ses proches, qui en prime sont plus associés à l’argent qu’au talent. Par conséquent, elle fait partie du trio des actrices Françaises bankables à l’étranger et peu appréciées des spectateurs locaux, réputées pour « agacer »; Marion Cotillard, plus que descendue pour sa mort pitoyable dans Batman et la soit disant égocentrique Mélanie Laurent. Dans une interview donnée à l’occasion de la sortie de La vie d’Adèle, Abdellatif Kechiche ira de son petit commentaire tranchant sur les origines de l’actrice vedette de son propre film, en réponse à cette dernière qui l’accusait de mauvais traitement sur le tournage : « Léa Seydoux fait partie d un système qui ne veut pas de moi car je dérange  » dira t-il avant de renchérir sur la lutte des classes, précisant qu’en tant qu’  » actrice privilégiée « , elle n’a « pas à se plaindre ». Ce qui n’est pas pour faire taire les bruits de couloir, surtout de la part d’un cinéaste valorisant dans son oeuvre les classes les plus modestes.

Polémique sur « l’école de la vie »

Xavier Dolan and Lea Seydoux, Madame Figaro, May 13, 2016Si la comédienne avait dû aborder ses liens familiaux et bénéficiait déjà d’une réputation mitigée, elle n’était pas encore complètement dans le collimateur des Français. C’était sans compter sur sa récente sortie qui a suscité un tollé général sur les réseaux sociaux et lui a valu d’être la risée de Twitter pendant quelques jours. La raison ? Une déclaration maladroite faite lors du dernier Festival de Cannes. Interviewée avec Xavier Dolan pour Juste la fin du monde, Léa Seydoux a tenu à faire étalage de sa simplicité et insister sur le fait qu’elle ne devait sa réussite qu’à elle-même. Problème, en répondant à la question de la journaliste de Madame Figaro, l’actrice n’a pas dosé ses propos et a soutenu qu’elle avait fait « l’école de la vie », comme Dolan. Aussitôt, un déferlement de critiques et de moqueries s’est emparé du web, rappelant à la jeune femme que son « école de la vie » se situait dans le 16e arrondissement de Paris. Une autre citation d’une interview donnée deux ans auparavant à Paris Match est reprise en cœur, celle où elle évoque les origines Sénégalaises de sa nounou en disant qu’elle n’a jamais pu résister au parfum « de séduction dont s’aspergent (les femmes Africaines) » dans le bus. Une fragrance lui donnant « envie de manger du poulet yassa ». Les réactions ne se font pas attendre, la presse fait ses Unes sur la polémique qui enfle : beaucoup semblent découvrir que Léa Seydoux est issue d’une richissime famille et lui reprochent de vouloir le faire oublier. Quelques temps plus tard, la jeune femme réplique publiquement dans les colonnes du magazine Elle, expliquant qu’elle « assume sa bourgeoisie » et n’a jamais voulu « faire la pauvresse ». Elle se dit surprise quant à l’ampleur et la virulence de l’affaire, qu’elle estime exagérée.

Bonne actrice un brin bousculée, Léa Seydoux se distingue parmi les « fils et filles de » comme l’une des plus avantagées financièrement et socialement parlant, néanmoins douée pour ce qu’elle fait : ce qui n’est pas donné à toutes les héritières de grosses fortunes. Qu’on la trouve imbue de sa personne ou « née avec une cuillère en or dans la bouche », elle a su se faire une place dans les rangs prisés des acteurs et actrices de premier plan du cinéma français. Bien entendu, il est beaucoup plus facile de se lancer dans une carrière d’actrice quand on ne prend aucun risque financier. Un fait qu’elle reconnaît, disant qu’elle n’avait « rien à perdre ». Sa vocation n’est pas non plus le fruit par hasard. Mais qu’on l’apprécie ou non, la comédienne n’a rien usurpé et ne s’illustre pas de façon décadente dans les tabloïds. On la retrouvera prochainement dans Zoe de Drake Doremus et Kursk prévu pour 2018, un film narrant la tragédie du naufrage d’un sous-marin Russe, avec Colin Firth et Matthias Schoenaerts, réalisé par Thomas Vinterberg.

Visuels : © Photo : Theo Wenner – La Belle et la Bête © Pathe Production 2014 – Léa Seydoux et Xavier Dolan © Figarophoto : Shayne Lavandière 


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