Ne nous soumets pas à la tentation, un film troublant et libre de Cheyenne Carron

24 novembre 2011 Par
Olivia Leboyer
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Une construction rigoureuse pour un huis-clos singulier et extrêmement attachant, à l’image de son héroïne, la jeune actrice Agnès Delachair, une révélation ! Un film à voir. Sortie le 21 décembre.

L’ouverture du film nous montre un homme errant sur une route déserte, le visage en sang. On devine qu’un accident a eu lieu, qu’un drame a éclaté. Le plan suivant, retour en arrière et retour à la normalité avec le véritable point de départ de l’intrigue : le même homme vient de déposer sa femme à l’aéroport, il discute avec un client à son portable, quand une jeune fille en scooter, qui bloque sa voiture, lui fait signe qu’elle est en panne. L’homme pressé la dépanne vite fait, échange quelques mots avec elle, le temps de la trouver fraîche et charmante. Mais il la reverra plus rapidement qu’il ne le pense.
Tristan, Anna, Rachel, le film est découpé en trois segments, qui se recoupent astucieusement. La même histoire est ainsi racontée à travers les yeux de l’homme (Jean-François Garreaud, vraiment un très bel acteur, qu’on a beaucoup vu à la télévision et en flic ou en truand dans des films d’Alain Delon), de la jeune fille (Agnès Delachair, qui incarne merveilleusement cette fille blessée mais combative) et de la femme (Guillemette Barioz, parfaite en femme qui, à bout de forces, tient encore debout).
Cheyenne Carron (qui a écrit, réalisé et produit le film) parvient d’emblée à créer une atmosphère, un climat. Dans la grande maison bourgeoise, perdue dans la neige, Tristan et Anna, puis Tristan, Anna et Rachel, vont s’apprivoiser, se mentir, se déchirer. Le schéma triangulaire pourrait sembler des plus classiques, mais Cheyenne Carron parvient à insuffler une originalité et un naturel très vivifiants. L’énigme nous sera dévoilée au fur et à mesure, véritable puzzle.
La première partie, entre Tristan et Anna, épatante, sonne constamment juste. Rien ne paraît fabriqué : même une courte scène où Tristan converse avec un patron de bar autour d’un verre de vin nous frappe par son authenticité. Jean-François Garreaud joue extraordinairement bien cet homme encore séduisant, mais fatigué, qui se trouve comme dépassé par les événements. Agnès Delachair est irrésistible en jeune fille apparemment éclatante de santé et de vie, mais tellement habituée à être rejetée de partout qu’elle ne sait presque plus discerner ce qui est normal et acceptable (Cheyenne Carron avait déjà révélé Mélanie Thierry et Astrid Berges-Frisbey). Un désir de vengeance longuement mûri la lance dans cette maison imposante, à la tête de ce couple très aisé, en apparence si bien assorti. La seconde partie, centrée sur Anna, nous montre bien les sortes de trous d’air qu’elle peine à combler : l’attente, les doutes, la solitude, l’amour qui ne va pas sans violence (le jeune Swann Arlaud, au jeu intense), sont son lot quotidien. Quant au personnage de la femme, Rachel, il est également fort et mystérieux, comme rongé de l’intérieur.
La belle musique planante de Helluvah occupe l’espace, comme un personnage à part entière.

Trois personnages (aussi bien incarnés que dans un roman de Simenon ou de Japrisot), trois mensonges, trois rythmes bien personnels, qui se croisent avec brio : sans se comprendre ? La force du film tient dans l’espace de liberté qu’il ouvre.
Ne nous soumets pas à la tentation : mais délivre-nous du mal, mais tout est pardonné ? Si Cheyenne Carron ne tranche pas, le film frappe autant par son âpreté que par la tendresse qu’il dégage.

Ne nous soumets pas à la tentation, de Cheyenne Carron, France, 1h45, avec Jean-François Garreaud, Guillemette Barioz, Agnès Delachair, Swann Arlaud. Sortie le 21 décembre 2011.

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