Interview : Claes Bang, le conservateur amvivalent de The Square [Cannes, Interview] (français)

23 mai 2017 Par
Sarah Lapied
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L’acteur danois Claes Bang était encore inconnu du public français jusqu’à ce que le film dans lequel il joue, aux côtés d’Elisabeth Moss et Dominic West, soit projeté à Cannes. The Square est une satire de l’art contemporain menée par son odieux protagoniste, Cristian, conservateur de musée, qui risque fort d’être récompensée au festival.

C’était la première fois que vous voyiez le film, hier ?

Non, j’en ai déjà vu quatre versions en tout : une très longue de 3h12, une autre de 3 heures, puis une de 2h45, mais je n’ai pas vu la version projetée hier.

Il y a quelque chose de très théâtral dans ce film. Je sais que vous êtes aussi un grand comédien de théâtre : avez-vous l’impression qu’il y a une différence entre jouer dans un film réalisé par Ruben Östlund et une série TV par exemple ? Est-ce qu’il vous a guidé dans votre jeu ?

Il ne nous a pas beaucoup dirigés, il voulait qu’on s’ancre dans chaque situation, qu’on l’explore en profondeur et pas qu’on produise ou qu’on joue quelque chose, je ne sais pas si c’est clair… On essayait juste d’être aussi fidèles et proches de la réalité que possible. C’est assez marrant parce que je vois ce que vous voulez dire à propos de la théâtralité du film mais on n’a pas du tout travaillé avec cette idée en tête. Au contraire, on a plutôt travaillé dans une perspective naturaliste. Mais je vois bien ce que vous voulez dire, parce que ça semble très dirigé.

Par exemple, dans la scène où Elisabeth Moss vient vous voir et vous dit « je ne sais pas comment appeler ce qui s’est passé entre nous », l’espace est unique, et dans la galerie aussi…

Bien sûr, dans la galerie, il y a cette installation avec toutes les chaises… Donc d’une certaine manière, c’est très cadré, mais le jeu est aussi organique que possible.

Est-ce que votre personnage est un monstre ?

Je ne pense pas : en tout cas, je suis quasiment certain qu’il ne se voit pas comme un monstre. Il se voit comme quelqu’un de sympa. Mais quand on regarde le film et les situations qui s’enchaînent, il a l’air d’en être un, parce qu’il fait des choses monstrueuses. A la fin du film, il pousse un gamin du haut des escaliers, ce n’est quand même pas très sympa. Mais il a de grands idéaux et une vision idéalisée de l’exposition… Même si ses actes sont à l’opposé.

Est-ce que vous avez imaginé une histoire à votre personnage, à propos de l’identité de sa femme ?

Evidemment, ses deux filles doivent avoir une mère, mais on n’a jamais évoqué la façon dont ils se sont séparés, s’il avait eu une enfance difficile… On n’a jamais parlé de ça, on est restés concentrés sur les situations et seulement les situations.

Est-ce que votre idée du personnage est restée la même pendant tout le tournage ou a-t-elle évolué ?

Non elle n’a pas changé, mais on a tourné ce film sur une très longue période et j’ai quasiment vécu dans sa peau tous les jours. Parfois j’ai été un peu surpris de voir le résultat final. Je connaissais les scènes telles qu’écrites dans le scénario mais ça donnait tout autrement au tournage. Ça devenait quelque chose d’autre, ou quelque chose de plus, que ce qui était dans le script. J’ai appris des choses tous les jours.

Et en ce qui concerne les scènes de vie sociale, comme les fêtes, la conférence de presse, est-ce qu’elles vont ont fait rire, est-ce que le monde réel de l’art ressemble vraiment à ce qu’en montre le cinéma ?

La conférence de presse a été un moment très compliqué parce que, comme on le voit dans le film, mon personnage soutient une mauvaise cause, il n’a rien à dire, rien pour se défendre, il se fait lyncher. Mais on l’a quand même placé là. Je ne comprends pas pourquoi il prend la peine de le faire : si ç’avait été moi, je me serais levé et j’aurais « Allez tous vous faire foutre », mais je devais rester assis et répondre à toutes les questions, et on a fait ça deux jours entiers. Il y avait 60 personnes dans la pièce qui me harcelaient de questions sans arrêt, et ça me rendait fou, triste, j’étais énervé, et très ému aussi parce que je sentais que je ne pouvais pas me défendre. Et je pense que c’était exactement ce que voulait Ruben.

Et la scène de sexe avec Elisabeth Moss, était-ce drôle ou difficile à tourner ? C’était très drôle parce que c’était très technique : au début de la scène, elle n’était pas avec moi, et j’avais le caméraman assis à cheval sur moi qui me filmait et qui remuait de haut en bas, et quand c’était elle qui était filmée, il était allongé et c’était elle qui faisait des bonds sur lui.  La scène avec le préservatif était marrante aussi et très difficile à tourner parce qu’on ne pouvait pas s’arrêter de rire !

Interview par Yaël Hirsch.

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