Critique du film « Egon Schiele » un biopic incarné et sensible

15 août 2017 Par
Joanna Wadel
| 0 commentaires

Dieter Berner signe un film biographique qui bien que peu hardi, rapprochant parfois trop Egon Schiele de son œuvre habitée, séduit par le charme de sa réalisation et la justesse de ses acteurs. Notre critique.

Synopsis :

Portrait de l’artiste Viennois Egon Schiele qui au début du XXe siècle pris part à la révolution plastique et picturale portée par des figures telles que Gustav Klimt. Jeune homme passionné, nourri d’obsessions pour le corps féminin, Egon a pour ambition de se faire le représentant d’un art nouveau, à l’époque où des courants tels que la Sécession Viennoise (équivalent de l’Art Nouveau français) viennent se heurter aux bonnes mœurs de l’art académique. Censuré, controversé, rien ne le dissuadera pourtant de mener une existence épicurienne, sacrifiant sa santé dans sa quête de liberté et d’idéal artistique.

 

egon-schiele-film

Egon Schiele (Noah Saavedra)

Seconde fiction filmique consacrée à l’artiste disparu en 1918 à l’âge de 28 ans, (après Egon Schiele : Excess and Punishment sorti en 1981), ce nouveau biopic qui tend vers le drame historique, présente un Egon Schiele fougueux, avide de références picturales, gourmand d’expériences visuelles et tactiles et déraisonnable, quitte à flirter parfois dangereusement avec l’immoralité. Campé par le comédien novice, artiste et modèle photo autrichien Noah Saavedra (son premier grand rôle au cinéma), le jeune peintre viennois se révèle plein de contradictions, de zones d’ombres, un tourment qu’il exprime au travers d’une vie dissolue entièrement dédiée à son œuvre, en grande partie érotique.

Mais en dépit d’une réalisation appliquée et d’une photographie élégante, aux tons ternes puis chauds, le tout mis au service du mimétisme pictural et du réalisme historique, qui dévoilent le contexte, les couleurs, la vie derrière les visages et les silhouettes de Schiele, ce récit ne parvient pas suffisamment à lever le voile sur la personnalité complexe de l’artiste, malgré l’attention portée à son caractère ambigu et ses désirs. La traduction de ses penchants enfouis, de ses non-dits jamais explicités, est délicate, suggérée, ne dépassant jamais le subtil et constitue en soi un murmure pudique qui hélas fait paraître le personnage quelque peu restreint, sinon étranger au spectateur, lui demeurant inaccessible malgré la rigueur de l’interprétation. Le compromis scénaristique entre les sources d’inspiration de l’artiste et sa façon d’être troublante étant trop prononcé, Schiele et son art demeurent égaux, rendant la vérité du héro moins évidente, en retrait, comme emportée par le cours de sa propre histoire, sinon occultée par le soucis de vraisemblance dont fait preuve Berner.

Si ce choix assumé de ne jamais dépasser le seuil du probable implique une narration assez classique, sans pour autant se faire linéaire, Egon Schiele propose une représentation fidèle, incarnée et sensible du la vie du peintre, ponctuée d’incontournables scènes de création en atelier empruntes de ferveur artistique, et de pastilles d’intimité plus romancées. Sa folle jeunesse, sa relation fusionnelle aux accents incestueux avec sa soeur Gerti (Maresi Riegner), son histoire d’amour avec Wally Neuzil (Valerie Pachner), modèle et maîtresse de Klimt, son procès pour détournement de mineur et son agonie de la fièvre espagnole, toutes les phases qui ont rythmé son existence sont illustrées avec finesse, au costume près, nous plongeant dans l’envers de nombreuses toiles et dessins.

Egon Schiele de Dieter Berner, avec Noah Saavedra (Egon Schiele), Maresi Riegner (Gerti Schiele) et Valerie Pachner (Wally Neuzil). En salles le 16 août 2017.

Visuels : © Bodega Films