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Spolié, le Rosiers sous les arbres de Klimt retourne dans sa collection privée

Spolié, le Rosiers sous les arbres de Klimt retourne dans sa collection privée

17 mars 2021 | PAR Camille Bois Martin

Dans un communiqué de presse du lundi 15 mars 2021, le Ministère de la Culture annonçait une « proposition » de restitution du tableau Rosiers sous les arbres peint vers 1904-1905 par le célèbre artiste autrichien Gustav Klimt (1862-1918).

Propriété de la famille Zuckerkandl 

À la charnière du XIXe et XXe, la famille Zuckerkandl était très engagée sur la scène artistique viennoise, soutenant financièrement de nombreux artistes, et tout particulièrement Gustav Klimt, dont Viktor Zuckerkandl possédait environ neuf toiles en 1915. Le tableau Rosiers sous les arbres fut acquis par ce dernier en 1911 et régulièrement exposé jusqu’en 1928. À partir de cette date, et jusqu’à son exposition à la galerie Nathan fin 1970, les spécialistes n’en retracèrent aucune trace.

Sa nièce, Nora Stiasny, hérita du célèbre tableau dont elle se vit spoliée après l’Anschluss en 1938, au bénéfice du militant nazi Philipp Häusler. Sous pression économique et psychologique (ces deux protagonistes avaient entretenu une relation restée secrète dans leur jeunesse), Nora Stiasny fut contrainte de le lui vendre à moins de la moitié de son prix de valeur. Elle fut, ainsi que son époux et son fils, déportée en 1942 et assassinée. 

Après la mort de Phillip Häusler, sa femme céda l’oeuvre à la galerie Peter Nathan à Zurich, indiquant que son mari possédait le Rosiers sous les arbres depuis 1930. L’inquiétude d’une œuvre spoliée pendant la seconde guerre mondiale fut donc écartée lorsque l’État français en fit l’acquisition auprès de cette même galerie en 1980 (en prévision de l’ouverture du futur Musée d’Orsay).

Du Pommier au Rosier  

Depuis son 1911, l’oeuvre était, dans les documents historiques conservés, mentionnée jusqu’à la fin du siècle sous le titre de Pommier. De fait, les ayants droit de Nora Stiasny se sont vus restituer, en novembre 2001, un autre tableau de Klimt, intitulé Pommier II, par la Galerie du Belvédère (Vienne, Autriche).

Entre art et histoire, les experts du musée d’Orsay ont donc entamé un long et large travail de recherches qui ont mené à la conclusion que nous connaissons aujourd’hui. Les nouveaux documents d’archives ne sont en effet devenus accessibles aux chercheurs qu’à partir de la fin des années 1990, et ont ouvert le premier indice d’une longue enquête : la vente forcée d’une œuvre de Klimt par Nora Stiasny.

En 2018, les autorités autrichiennes avaient alors informé le musée ainsi que le gouvernement français, par un rapport de recherches, que le tableau spolié était, « selon une forte probabilité », le Rosiers sous les arbres. En 2019, les ayants droit de Nora Stiasny ont donc adressé une demande de restitution du tableau, auquel, après examen, les équipes scientifiques du musée et du ministère de la Culture ont finalement répondu positivement en 2021.

Pour la Ministre de la culture Roselyne Bachelot, c’est « un formidable motif d’espérance, ainsi qu’une source d’inspiration pour continuer encore nos recherches ».

Une « proposition » de restitution

Pourtant, la restitution des Rosiers sous les arbres n’a pour le moment que le statut de « proposition ». Seul tableau de Gustav Klimt conservé dans les musées français, son transfert des collections nationales vers une collection privée s’avère en effet plus complexe. 

Le communiqué de presse du Ministère de la Culture explique que « pour pouvoir déroger à l’inaliénabilité en fonction de motifs légitimes, une loi s’avère nécessaire« . En effet, la sortie du tableau doit d’abord être approuvée par un vote du Parlement, qui doit se faire « dès que possible ». 

Cette campagne de recherche est nécessaire pour rétablir la mémoire et les injustices commis au siècle dernier. Maintenant que ces œuvres d’arts spoliées réintègrent les collections privées, nous espérons qu’elles seront prêtées lors d’expositions  à venir.

Visuel : ©Laetitia Larralde 

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Camille Bois Martin
Étudiante en Master de Journalisme Culturel (Sorbonne Nouvelle)

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