Politique culturelle
Corinne Loisel nous parle des Zébrures de Printemps

Corinne Loisel nous parle des Zébrures de Printemps

17 mars 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Du 20 au 27 mars, à Limoges, les Zébrures de Printemps se tiendront malgré tout dans une version pour les professionnels et les scolaires. Corinne Loisel est responsable des activités littéraires et de la Maison des auteurs·trice, elle nous parle de cette édition militante et résistante

 

Pardon de commencer avec ce qui ressemble à un horrible marronnier. Quelles conséquences à la fermeture des lieux culturels sur votre festival ?

Le festival des Zébrures du printemps, dédié aux écritures francophones et à ses créateurs et créatrices, est pensé, à l’origine, comme un moment de partage et de découvertes, entre le public et les artistes, en proposant des lectures mises en espace, mais aussi des débats, des projections, des ateliers d’écriture partagés avec le public, des rencontres professionnelles, etc. La fermeture des lieux culturels nous a contraints à restreindre la programmation et ne permettra pas cette rencontre souhaitée avec le public.

D’un point de vue politique culturelle, quelle est votre position justement sur cette fermeture ?

Sur le long terme, la fermeture des lieux culturels pose un double questionnement : d’abord économique, les artistes ont souvent continué à travailler, pendant les confinements successifs et fermetures des lieux culturels mais leurs créations risquent de ne jamais être présentées au public car les reports de programmation de l’année passée sont nombreux. Il est regrettable que le travail des artistes ne puisse aller vers les premiers destinataires de la culture : les spectateurs de tous les horizons confondus. Les responsables de lieux culturels savent maintenant comment gérer l’accueil du public, en respectant les conditions sanitaires et nous savons que la pandémie ne va pas disparaître du jour au lendemain. Peut-être faudrait-il ne pas s’interdire de réfléchir à l’ouverture de certains lieux, de certaines salles, suivant la situation ? Par ailleurs, la relation aux œuvres d’art ne peut pas être remplacée en continu par des captations de spectacles ou d’expositions, ces dernières ne peuvent pas se substituer à l’expérience vécue du déplacement, à la confrontation vécue avec l’œuvre. Dans cette période de crise que nous traversons, le public est privé des espaces de représentation et d’imaginaire qu’offrent les lieux culturels et les œuvres, tout se rétrécit à l’espace domestique.

 Finalement, vous avez décidé, je le sais à regrets, de conserver une édition pro. Quels sont les spectacles auxquels vous avez dû renoncer ?

Déjà, nous avons dû renoncer à l’invitation des auteurs et autrices qui habitent en dehors de l’hexagone. Seuls Valentine Sergo et Souleymane Bah pourront être présents. La journée organisée en partenariat avec La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, Centre national des écritures du spectacle et l’Académie de l’Union, Ecole Supérieure Professionnelle de Théâtre du Limousin, autour de trois autrices du continent africain (Mireille Gandebagni, Pierrette Mondako et Salimata Togora) est reportée au 19 juin, et deviendra un événement « Hors-les-Murs » des Zébrures présenté à La Chartreuse.
Nous avons dû annuler un projet d’écriture participatif qui devait se tenir dans des lieux publics de la ville de Limoges. Enfin les propositions artistiques autres que les lectures (projection, concert, débat, scène ouverte) n’ont pu être maintenues.

Reprenons espoir, comment avez-vous construit ce programme ? Qu’y verrons-nous ?

Vous y verrez et entendrez dix textes d’auteurs et autrices d’horizons francophones divers : du continent africain et plus particulièrement d’Algérie, du Mali, de Guinée, mais aussi d’Haïti, du Canada (Québec), de la Suisse et de France (Martinique).
Nous avons construit ce programme en écho à nos différentes missions. Tout d’abord, l’accompagnement des écritures vers la scène est une priorité. Tafé fanga de Jeanne Diama (Mali) et Chaos de Valentine Sergo (Suisse) seront mis en scène et programmés aux prochaines Zébrures d’Automne et L’amour telle une cathédrale ensevelie de Guy Regis Junior (Haïti), La Cargaison de Souleymane Bah (Guinée) aux Zébrures d’Automne 2022, grâce à des coproductions des Francophonies/Des écritures à la scène. Cette programmation inclut aussi les textes des lauréat·e·s des Prix partenaires. Souleymane Bah est lauréat du Prix RFI théâtre 2020, Elle voulait ou croyait vouloir et puis tout à coup elle ne veut plus! d’Andrise Pierre (Haïti) a reçu le Prix SACD de la dramaturgie francophone 2020 et Juillet 1961 de Françoise Dô (France-Martinique) a été désigné meilleur texte francophone 2019 par le Prix ETC_Caraïbe. Elle inclut également, des textes écrits en 2020, dans le cadre d’une résidence à la Maison des auteurs·trices. C’est le cas du texte de Jeanne Diama mais aussi de Que ton règne vienne de Gaëlle Bien-Aimé (Haïti).
Nous avons aussi souhaité rendre hommage au grand écrivain algérien Kateb Yacine, avec une lecture musicale proposée par Mohamed Kacimi et Souad Massi. Enfin, nous avons sélectionné, pour un public plus jeune, le texte Martine à la plage de l’auteur québécois Simon Boulerice ainsi que le texte Les cinq fois où j’ai vu mon père du Guy Regis Junior qui seront présentés en lecture dans différents établissements scolaires (collèges, lycées et Université de Limoges). Il est heureux que ces lectures (dix, au total) dans les structures scolaires aient pu être maintenues!

Vous souhaitez faire entendre encore plus les mots des autrices ? Pouvez-vous m’en dire plus ?

Le constat qui repose sur l’Observatoire de l’égalité entre femmes et hommes paru en mars 2020, paraît dans un premier temps plutôt heureux concernant les autrices : 57 % des aides publiques à l’écriture leur ont été accordées, en 2018. Sauf qu’à l’étape de la programmation, la proportion de femmes diminue de moitié, tout comme le nombre de textes d’autrices édités.
Concernant l’accueil en résidence, force est de constater, depuis la naissance de la Maison des auteurs à Limoges en 1988, dorénavant rebaptisée Maison des auteurs et des autrices, que les auteurs y ont été plus nombreux que les autrices. Nous souhaitons dorénavant mettre en lumière les écritures féminines francophones et les accompagner jusqu’à la scène. Ceci s’inscrit dans la mise en place de quatre résidences par an, depuis deux ans. Deux résidences sont dédiées aux écritures féminines dramatiques émergentes, avec un accompagnement spécifique. Les deux autres résidences offrent la possibilité à une autrice plus confirmée de consacrer un temps à l’écriture pour terminer un texte en cours.

 Quelle sera la place des langues créoles dans cette édition ?

Les langues créoles sont représentées, dans cette édition, à travers un focus sur les écritures contemporaines d’Haïti, samedi 20 mars : trois lectures des textes d’Andrise Pierre, dirigé par Adrien Ledoux, de Gaëlle Bien-Aimé, lecture dirigée par Sandra Macedo et de Guy Regis Junior, lecture dirigée par Catherine Boskowitz.

Visuel : Les zébrures de printemps

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« Occupons, occupons, occupons ! »
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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