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« Au temps de Klimt » à la Pinacothèque : plus de Vienne que de Klimt

« Au temps de Klimt » à la Pinacothèque : plus de Vienne que de Klimt

11 février 2015 | PAR Géraldine Bretault

Après une exposition sur l’Art nouveau en 2013, la Pinacothèque poursuit son investigation autour de ce mouvement en abordant sa déclinaison viennoise, autour de Klimt et de la Sécession.

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Dissipons de suite tout malentendu : cette exposition n’est pas une monographie sur Klimt, comme pourrait le laisser penser l’affiche. Certes, la belle Judith I a fait le voyage, mais d’autres œuvres majeures du peintre sont restées bien au chaud à Vienne. En revanche, grâce aux nombreux prêts consentis par le Musée du Belvédère, la restitution du climat à Vienne autour de 1900 s’avère relativement complète. Le commissaire de l’exposition, Alfred Weidinger, conservateur de ce musée, résume ainsi ses intentions : présenter au public parisien un ensemble d’œuvres le plus riche possible, en hommage à l’accueil enthousiaste que Paris avait réservé aux artistes autrichiens, notamment lors de l’Exposition universelle de 1900.

Sous cet angle, l’exposition s’avère une réussite : après une brève introduction autour de la situation politique complexe de l’Autriche-Hongrie dans la seconde moitié du XIXe siècle, le parcours met en regard le vent de liberté que les peintres autrichiens découvrent à Paris par rapport à l’académisme et à l’historicisme qui caractérisent alors les beaux-arts viennois. La psychanalyse, l’architecture, la musique sont rapidement évoquées, avant de laisser place au clou du parcours : la reconstitution de la monumentale Frise Beethoven de Klimt, présentée lors d’une exposition de la Sécession en 1902. Alors que résonne « l’Hymne à la joie » de la Neuvième Symphonie de Beethoven, face à la maquette du pavillon de la Sécession, et grâce à la présence d’objets d’art décoratifs (céramiques de Powolny, broches de josef Hoffmann), la notion d’œuvre d’art totale s’incarne alors sous nos yeux, digne héritière du Gesamkuntswerk de Wagner.

Encore éblouis par les ors de la frise, nous abordons la dernière partie de l’exposition, qui s’intéresse aux différents volets de la figure féminine – fragile ou fatale -, puis au paysage et au portrait. L’exposition permet d’appréhender la spécificité de la Sécession viennoise : si la femme y occupe un rôle aussi central que dans l’Art nouveau français ou belge, la courbe et les formes sinueuses ou végétales en sont pratiquement absentes. Il est vrai qu’en mettant l’accent sur les liens entre Paris et Vienne, le parcours néglige une autre influence essentielle dans cette prédilection viennoise pour les formes géométriques et les lignes angulaires : celle de Charles Rennie Mackintosh, et du groupe de Glasgow, introduits à Vienne en 1900.

En revanche, saluons la part belle faite à la photographie : de bout en bout, les tirages sont présentés sur le même plan que les œuvres peintes ou sculptées, mettant ainsi en évidence la proximité des intentions picturales. Le parcours permet aussi d’apprécier un ensemble cohérent et représentatif d’œuvres de Carl Moll, Oskar Kokoshka, et Koloman Moser. Il se clôt (un peu abruptement) sur la transition vers l’Expressionnisme.

 

Visuels : © Belvédère, Vienne
Galerie bei der Albertina, Zetter, Vienne

Infos pratiques

Dorothy’s gallery
Théâtre du passage vers les étoiles
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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