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Exposition « Au temps de Klimt, la sécession à Vienne » : enluminures et menstruations

Exposition « Au temps de Klimt, la sécession à Vienne » : enluminures et menstruations

11 février 2015 | PAR Matthias Turcaud

 L’exposition, mise au point par le critique d’art et photographe Alfred Weidinger, se focalise autour du courant de l’Art Nouveau qu’est la Sécession, et notamment certaines oeuvres particulièrement iconiques de son président, Gustav Klimt. A noter qu’elles ne pourront pas être exposées hors d’Autriche pour la prochaine décennie ! Cela valait bien deux articles pour une même exposition !

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Après avoir introduit le contexte de l’empire austro-hongrois à l’aube du siècle dernier, l’exposition se dédie plus particulièrement à la vie et l’oeuvre de Klimt dans un moment d’ébullition culturelle extrêmement dense. Fils d’un orfèvre viennois, le peintre emblématique intègre l’Ecole des Arts et Métiers de Vienne en 1878 avant de travailler à des commandes officielles avec le peintre Hans Makart, puis d’ouvrir un atelier de décors de théâtre et de peinture murale avec son frère Ernst et son collègue Franz Match afin de répondre à des commandes officielles.

Ensuite, c’est, en 1897, la création de la Sécession proprement dite, l’émancipation en tant qu’artiste, et des premières oeuvres-clé  – telle une Frise Beethoven de 22 mètres de long, qu’on a le bonheur de retrouver dans l’exposition, ou La Philosophie qui scandalise la bourgeoisie viennoise sclérosée mais récolte la médaille d’Or lors de l’Exposition Universelle de Paris. Après des paysages, des peintures murales et des décors de théâtre, Klimt trouve sa voie en tant que peintre des femmes. Lui qui les a si bien connues pour avoir vécu toute sa vie avec sa mère et ses deux soeurs est familier de leurs cycles, de leurs menstruations, de leur intimité en somme, et donnera à voir femmes enceintes et femmes se masturbant dans un geste de dévoilement transgressif qui rompt violemment avec la codification viennoise très stricte – telle qu’on peut la retrouver, par exemple, dans le film A Dangerous Method de David Cronenberg (2011). On n’a pas néanmoins affaire avec Klimt à un naturalisme plat. Le recours à des figures mythologiques ou lointaines – telle que la Judith biblique – et le style visuel éblouissant, tout en dorures chargées et somptueuses enluminures, permet une transformation.

Si on ne ressent pas vraiment l’idée exprimée par le commissaire d’exposition Alfred Weidinger et belle sur le papier de concevoir chaque salle comme un baiser adressé à Paris, dans une exposition somme toute assez classique et didactique, on se régale tout de même à retrouver, dans des conditions assez optimales, l’art si singulier et envoûtant de Gustav Klimt, ainsi que quelques tableaux des artistes de son époque – le peintre Josef Engelhart, le sculpteur Cal Cauer ou le photographe Heinrich Kühn – ou des peintres expressionnistes qui l’ont suivi et qu’il a influencés – tels qu’Egon Schiele ou Oskar Kokoschka.

Pour plus d’informations, voir ici. Pour un autre article sur l’expo, ici.

Crédit photos : Matthias Turcaud.

Exposition Au temps de Klimt, la sécession à Vienne, à la Pinacothèque de Paris, 28 place de la Madeleine. Tél. : 01 42 68 02 01.

Infos pratiques

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

One thought on “Exposition « Au temps de Klimt, la sécession à Vienne » : enluminures et menstruations”

Commentaire(s)

  • c’est une critique qui donne envie d’aller voir cet exposition, très intéressant votre texte..

    février 15, 2015 at 8 h 56 min

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