Théâtre

« Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde » et j’ai une œuvre à achever…

« Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde » et j’ai une œuvre à achever…

11 octobre 2019 | PAR Magali Sautreuil

Surnommé « Esotérik Satie », Erik Alfred Leslie Satie est, selon Debussy, « un musicien médiéval et doux, qui se serait égaré au XIXe siècle ». Curieux portraits… Mais il est vrai que monsieur Satie est un artiste inclassable, hors du temps, capable d’émouvoir toutes les générations. Un homme intrigant à découvrir au théâtre de la Contrescarpe, à Paris, du 3 octobre 2019 au 4 janvier 2020.

Le texte de Laëtitia Gonzalbes décrit « par petites touches ce personnage pétri de contradictions », dont il se sort la plupart du temps par une simple pirouette. L’air de rien, Erik Satie manie avec adresse l’ironie et l’humour noir pour dépeindre son époque et répondre à ses détracteurs, pour le plus grand plaisir de son auditoire. La pièce nous invite à nous délecter de ces quelques bons mots, à travers la reprise de nombreuses citations du musicien, qui nous laisse entrevoir, de façon décousue, quelques aspects de sa vie.

Au début et à la fin du spectacle retentissent en off les voix d’Erik Satie enfant et de sa mère Jane Leslie Anton jouant à cache-cache, comme si nous allions remonter à le temps pour découvrir ce jeune Normand facétieux au fil des années.

Puis, plus rien. Seulement des murs blancs baignés de lumière. De Satie, il ne reste que les quelques partitions de musique suspendues de part et d’autre de la scène et éclairées par le bas à l’aide d’un projecteur posé au sol.

 

Changement d’atmosphère. Nous sommes dans le service psychiatrique du centre hospitalier d’Honfleur, ville natale d’Erik Satie. Il est 21 heures. L’orage gronde au-dehors et la pluie tombe dru. Un patient vient de se suicider. Deux autres manquent à l’appel. L’un est un homme qui ressemble étrangement à Erik Satie. Il est vêtu d’un costume trois pièces noir, d’une cravate avec faux col et d’un chapeau melon. Il porte un parapluie et des binocles, qui tiennent tant bien que mal en équilibre sur son nez. Il arbore une barbiche et une moustache. L’autre est une jeune femme, habillée d’une blouse blanche avec des motifs fantaisistes noirs (étoiles…). Est-ce la tenue d’une infirmière ou une chemise de nuit ? Difficile à dire.

Sur le mur du fond, un compte à rebours s’enclenche, nous ramenant une heure avant la tragédie.

Enfin, nous rencontrons Erik Satie. Le pauvre bougre est hospitalisé. Il souffre de plusieurs pathologies sévères (cirrhose du foie, pleurésie, pneumonie, rhumatisme, polype dans le nez, alcoolisme, tabagisme…). Heureusement, cette semaine, c’est Anna qui est de garde pour égayer ses après-midis.

Lors de son bilan de santé habituel, Satie se dévoile petit à petit et en musique s’il vous plaît ! Si les chansons La Bohème de Charles Aznavour et J’irai revoir ma Normandie de Frédéric Bérat n’appartiennent pas au répertoire du musicien et paraissent quelque peu anachroniques, elles transcrivent néanmoins l’atmosphère d’une époque et évoquent les origines de l’artiste.

Les autres morceaux sont, quant à eux, bien de Satie. De la mise en musique de Sylvie ! et Élégie, deux poèmes de J.P. Contamine à Vexations, un morceau un brin névrotique, né suite à sa rupture avec son grand amour, Suzanne Valadon, en passant par Trois morceaux en forme de poire, une œuvre composée pour railler non seulement ses détracteurs, mais aussi son grand ami Claude Debussy, qui lui reprochaient l’absence de forme dans sa musique, rien ne manque.

Bien entendu, Les Gymnopédies, orchestrées par Debussy, sont aussi de la partie. Le titre évocateur de cette œuvre, qui signifie littéralement la danse des enfants nus, inspire particulièrement Anna, qui se met à danser telle une petite fille, sa nudité à peine cachée par un voile…

Quelle étrange jeune femme que cette Anna ! Elle, qui semble être au départ un personnage rationnel, plutôt banal, se révèle au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire une personne bien plus complexe qu’il n’y paraît…, à l’instar de l’environnement dans lequel elle évolue. Animé par les illustrations et textes de Suki projetés sur le mur du fond, ce dernier nous emmène aux frontières du réel et de l’imaginaire. 

Nous avons tous des fêlures. Anna et Satie aussi. La différence réside dans la manière dont nous les surmontons… 

Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde, pièce écrite et mise en scène par Laëtitia Gonzalbes, avec Elliot Jenicot et Anaïs Yazit, présentée à Paris, au théâtre de la Contrescarpe, du 3 octobre 2019 au 4 janvier 2020, du mardi au samedi à 19h. Durée : 1 h 10.  

Visuels : Affiche et photographies ©Fabienne Rappeneau. Tous droits réservés, toute diffusion et utilisation interdites sans autorisation de l’auteur.

Infos pratiques

Zone Sensible – Ferme urbaine de Saint-Denis
Théâtre de la Contrescarpe
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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