Ingres et ses élèves : Le maître du Néo-Classique fait son retour aux Beaux-Arts

6 mars 2017 Par
Joanna Wadel
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Bien qu’il n’ait jamais quitté l’institution qu’il a présidée en 1829, le maître de la peinture Néo-Classique est à nouveau célébré entre les murs des Beaux-Arts depuis le 26 janvier avec l’exposition Ingres et ses élèves qui s’y tiendra jusqu’au 28 avril. Un panel de dessins préparatoires sortis des collections du Musée, concentré révélateur de la beauté exigeante de son œuvre et de son héritage perceptible au travers des productions de ses célèbres disciples : les frères Flandrin, Bertin et bien entendu Chassériau. Une rare occasion de contempler le détail de l’incroyable précision d’une génération de prodiges du dessin.

Nous connaissons tous Ingres pour son illustre Odalisque fantasmée, ses portraits de la bourgeoisie de l’Empire, de la Restauration et des personnalités politiques de la Monarchie de Juillet. Son réalisme idéalisé d’une beauté hypnotique, faisant revivre l’idéal Achéen a marqué l’Orientalisme et la peinture du XIXe siècle. Ce que l’on sait moins en revanche, c’est que le maître a fait de la reconnaissance du dessin son cheval de bataille, art qu’il considérait comme primordial, indispensable à la peinture et dans lequel il excellait. Une vocation que l’élève de Jacques-Louis David a cultivée lors de ses séjours à Rome en enchaînant les ébauches, études et portraits de la bourgeoisie Toscane et Romaine avec virtuosité.

ingres-etude-dessinRassemblée dans l’exiguïté du cabinet Jean Bonna situé au cœur des Beaux-Arts de Paris, la sélection de dessins, présentée aux murs de la pièce fait face au visiteur. Se sont en réalité des croquis préparatoires annonçant des chefs d’œuvres tels que Jésus remettant les clefs à Saint Pierre. Sur ces feuilles brunies, le trait de plume assuré de Jean-Auguste-Dominique Ingres apparaît, reconnaissable entre tous par sa précision innée, sa maîtrise immédiate et impressionnante des proportions du corps (peu scientifiques puisqu’il pestait contre l’anatomie), enrichi d’annotations griffonnées à la manière d’un journal. Au menu, des intérieurs classiques comme celui de l’église Praxede à Rome, ou des études de pieds, de main et de bras qui seront ceux des sujets de ses scènes comme les vitraux de la Chapelle royale de Dreux, rendant hommage à son ami le Prince Ferdinand-Philippe d’Orléans, dont il fit le portrait de son vivant. L’on perçoit aisément en fixant tous ces drapés réalisés à la pierre noire et rehauts de craie sur calque (détails récurrents chez le maître qui maîtrisait à la perfection la lumière et la vraisemblance du rendu, des matières), la quête d’un corps idéalisé que poursuivait le peintre, le rêve inaccessible d’une beauté antique retrouvée mêlant modèles vivants et visions raphaélesques, la parfaite symbiose entre l’art de la Renaissance et celui de l’Antiquité. C’est le même soin du détail que l’on retrouve chez son premier et sans doute plus célèbre élève, Théodore Chassériau, dont les premières esquisses rappellent celles de son maître. La filiation graphique est présente aussi chez les frères Paul et Hippolyte Flandrin, dont certains croquis poussent à l’admiration comme l’Apollon Sauroctone réalisé par Paul, une copie d’antique qui donne, avec de magnifiques nuances pour un résultat quasi-photographique, l’illusion parfaite de la pierre sculptée.

Quant aux autres, chacun d’eux a su développer son propre réalisme, avec autant d’exigence et plus ou moins d’originalité : le splendide Christ descendu de la croix crée par Sébastien Cornu à partir d’un modèle vivant pour l’église St Roch est d’une impressionnante beauté, le peintre s’est également illustré dans les commandes d’allégories sous la IIIe République et de scènes historiques, on reconnaît le style ingresque dans ses visages ronds, ses peaux brillantes et lumineuses, ce lyrisme Hellénique qui se dégage de ses sujets. edouard-bertin-paysage-d-italieUne autre découverte de l’exposition : les paysages d’Edouard Bertin, sa spécialité. Des natures vivantes d’une grande modernité qui pourraient passer pour des illustrations contemporaines présentant des enchevêtrements d’arbres noueux, de rochers et d’arbustes croqués à la plume et à l’encre avec vivacité dont certaines rappellent l’aquarelle.

Exigence, soin du détail et talent sont à contempler dans cette collection sortie exceptionnellement des fonds du Musée, pour les passionnées de dessin et bien-sûr tous les Ingristes en attendant le retour prochain de l’oeuvre du peintre Romulus vainqueur d’Acron porte les dépouilles opimes au temple de Jupiter capitolin au sein de l’institution.

Ingres et ses élèves jusqu’au 28 avril 2017, Cabinet Jean Bonna des Beaux-Arts de Paris. Entrée libre, participation laissée à la discrétion du visiteur. 

Visuels : Jean-Dominique Ingres, Femme nue couchée et études de têtes et de bras Graphite, don de Mme Valton © Beaux-Arts de Paris – Édouard Bertin, Paysage d’Italie, Graphite, plume et encre brune, lavis brun, rehauts d’aquarelle verte, ocre et bleue sur papier beige, don de Mme Bertin © Beaux-Arts de Paris