Fermeture du Musée des Beaux-Arts de Chartres : entre conflit politique et polémique

6 janvier 2017 Par
Léa Sanchez
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Depuis le 1er janvier 2017, les collections du Musée des Beaux-Arts de Chartres ne sont plus ouvertes au public. Une décision polémique, sur fond de querelles politiques entre la mairie de Chartres et le Département.  Explications.

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Ses derniers visiteurs, le Musée des Beaux-Arts de Chartres les a accueillis fin 2016. Depuis, pas un n’a pu découvrir les riches collection du musée et fouler le sol du Palais Episcopal où il est hébergé depuis la fin des années quarante. Les jardins épiscopaux ont également été fermés le 1er janvier.

Depuis, l’information est distillée au compte-gouttes par la mairie. « Du fait de la non-reconduction du bail emphytéothique entre le Conseil départemental, propriétaire du bâtiment, et la Ville de Chartres, occupant, le musée est fermé à compter du 1er janvier 2017 », est-il seulement indiqué sur le site de la mairie. Et sur les réseaux sociaux gérés par Chartres, nulle mention de la fermeture ni des raisons de cette décision n’apparaît.

Querelle entre collectivités

En cause : un conflit politique opposant le Département d’Eure-et-Loir, présidé par Albéric de Montgolfier (LR), et la Ville. Liées depuis 1913 par le bail dont fait mention la mairie, les collectivités avaient convenu depuis l’expiration de celui-ci en 2013 d’une convention d’utilisation annuelle. Le député-maire apparenté Les Républicains de Chartres, Jean-Pierre Gorges, n’a pas souhaité la renouveler en 2017. « Les collections sont menacées en raison de l’état du bâtiment. Le 31 décembre, je rends les clefs », expliquait-il au quotidien régional L’Echo Républicain près d’une semaine avant la fermeture. Pour lui, comme le rapporte Le Figaro, « le site a le potentiel et la vocation à devenir un musée du XXIe siècle, avec une thématique précise. Actuellement, ce n’est pas le cas ».

Sa condition pour financer les plusieurs millions d’euros nécessaire à la rénovation du lieu jugé vétuste : que la mairie en devienne propriétaire. Une réclamation qui n’est pas nouvelle, puisque cela fait une quinzaine d’années que celui-ci réitère cette demande. Mais le Conseil départemental, lui, affirme qu’il était prévu dans le bail que la ville de Chartres se chargerait de  l’entretien des lieux. Selon lui, le mauvais état du palais épiscopal, pourtant classé monument historique, serait donc imputable à la mairie.

Renvoi de responsabilités

D’après L’Echo Républicain, le Conseil départemental attendrait que Chartres présente “un projet d’aménagement muséographique” pour envisager une cession : “peut-être à l’euro symbolique” dans le cas d’un projet “d’intérêt général”. Mercredi 4 janvier, il a fait rouvrir les jardins de l’Évêché et, dans un communiqué dont fait état Le Figaro, a souligné le refus du maire d’accepter la proposition qui lui avait été faite « de laisser à sa disposition, à titre gratuit et pendant six mois le Palais Épiscopal ».

En attendant un accord des collectivités, les 50 000 oeuvres du musée municipal demeurent à l’abri des regards. Elles sont susceptibles de faire, selon le maire, l’objet d’expositions temporaires. Sur Twitter, il déclarait fin décembre « le Musée ne ferme pas mais quitte un lieu qui s’écroule !! » et insistait également sur le budget accordé à la culture par la Ville face aux critiques, notamment émises par La Tribune de L’Art. « Cet homme politique, qui ne doute de rien, est candidat à l’élection présidentielle de 2017 se présentant comme « Républicain indépendant ». On connaît désormais son programme pour les musées : s’en débarrasser », déplore le journal.

Des pétitions pour demander la réouverture du musée

D’autres voix se sont levées pour demander la réouverture du musée. Plusieurs pétitions ont été lancées, dont l’une atteint à ce jour 898 signatures (le 05/01/17 à 15h25). « Le renvoi des responsabilités entre collectivités n’est pas acceptable par les citoyens », écrit son auteur, qui vise les 1000 signatures. Il veut rappeler « qu’en 2013, un projet consternant échafaudé avec le Conseil départemental avait pour objet de transformer les lieux en musée du parfum et de la cosmétique ». Contacté par Toute La Culture, il explique ne pas souhaiter se mettre en avant mais vouloir montrer « que la situation révoltait un certain nombre de Chartrains, d’Euréliens et au-delà »

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Pour l’auteur de la pétition, le problème ne se résume pas à la fermeture du musée qu’il a toujours trouvé « sous estimé par la ville, et très peu mis en valeur » (voir également la tribune d’Hervé Joubeaux, ancien directeur du Musée). Il considère « peu étonnant » le faible nombre de visiteurs (8000 entrées payantes par an) sur lequel insiste le maire, et réclame dans sa pétition la réalisation de « travaux de rénovation de l’ancien palais épiscopal » et l’élaboration d' »un projet scientifique et culturel s’appuyant sur les collections existantes d’intérêt national, afin de permettre dans les meilleurs délais la réouverture du musée dans ses locaux historiques ». Car, pour lui, « le patrimoine de Chartres n’appartient pas au maire de Chartres, ni aux Chartrains, mais aux Français et même à l’Humanité puisque la cathédrale est classée au patrimoine mondial de l’Unesco ».


Visuel : Image Flickr –  ludovic (CC BY 2.0) / capture d’écran de la pétition sur Change.org